Panneaux neufs: une manne de 700 millions pour le privé

Le ministère des Transports a entrepris de remplacer tous les panneaux de signalisation du réseau routier afin de les rendre plus faciles à lire, une tendance nord-américaine, selon le MTQ. La fabrication des nouveaux panneaux a été confiée au privé, en vertu des réformes pilotées par Monique Jérome-Forget.
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Le ministère des Transports a entrepris de remplacer tous les panneaux de signalisation du réseau routier afin de les rendre plus faciles à lire, une tendance nord-américaine, selon le MTQ. La fabrication des nouveaux panneaux a été confiée au privé, en vertu des réformes pilotées par Monique Jérome-Forget.

On efface tout et on recommence. La population vieillit, sa vue baisse. Le ministère des Transports du Québec (MTQ) a donc décidé de réagir en amorçant le remplacement progressif de l'ensemble des panneaux de signalisation du réseau routier de la province, et ce, pour répondre aux besoins des conducteurs dont l'acuité visuelle va en diminuant, a appris Le Devoir.

Cette mise à niveau des panneaux, qui s'inscrit dans une logique nord-américaine, selon le MTQ, doit s'étaler sur dix ans et vise les principaux axes de communication du Québec, au rythme de 40 000 panneaux chaque année. La mesure de rajeunissement visant à «accommoder une population vieillissante» pourrait coûter au-delà de 700 millions de dollars en fabrication et en installation de cette nouvelle signalétique routière.

Des documents obtenus en vertu de la Loi d'accès à l'information confirment que les travaux de remplacement des panneaux ont débuté en juin dernier le long de l'autoroute 20, entre Québec et Montréal, dans les deux sens. Ils doivent se poursuivre jusqu'au milieu de 2012 et visent des équipements qui ne sont pas forcément en mauvais état, a précisé le MTQ.

En substance, cette réfection touche tant les panneaux dits de supersignalisation, soit ceux en structure aérienne ou sur le côté de la route qui annoncent les villes à venir, que les panneaux dits de petite signalisation, qui prescrivent les comportements à adopter ou annoncent les dangers éventuels, en plus d'indiquer les noms de lieux ou de rivières.

Afin de les rendre plus lisibles pour les conducteurs, le MTQ a fait modifier la police de caractères utilisée sur ces panneaux. Le lettrage de type Highway Gothic, un classique des autoroutes jusqu'à aujourd'hui, est désormais remisé pour être remplacé par la police ClearView 5, de taille légèrement supérieure. Les panneaux sont également recouverts d'un film visant à mieux réfléchir la lumière des phares de voiture et de l'éclairage public pour améliorer la visibilité nocturne.

Techniquement, la pellicule dite de haute intensité à microbilles de verre est désormais remplacée par une pellicule à «microprisme qui offre un coefficient de retroreflexivité supérieur», a indiqué au Devoir Rock Legault, président de la firme Signotech qui a obtenu, par appel d'offres, une partie du contrat de remplacement de ces panneaux. «Des études menées aux États-Unis et au Canada ont démontré que cette combinaison de la police ClearView et de la pellicule à haute intensité à microprisme était à préconiser pour faciliter la lecture des panneaux par une population vieillissante dont l'acuité visuelle va en diminuant», ajoute-t-il.

Au total, selon les documents du MTQ, sur la seule autoroute 20, ce sont 5600 panneaux qui doivent être remplacés, et ce, en marge de ce que Québec affirme être des «opérations courantes d'entretien» qui amèneraient le ministère à renouveler annuellement 40 000 panneaux vieillissants ou endommagés sur le réseau. Deux contrats, l'un pour la supersignalisation et l'autre pour la petite signalisation, ont été accordés en 2008, respectivement à la firme Signotech de Montréal et à la compagnie Spectralite de Trois-Rivières, pour un montant total de 11,4 millions, a indiqué le ministère. Cela représente en moyenne 1900 $ par panneau.

Les appels d'offres lancés avant les orientations du MTQ

Sur cette base, le remplacement des quelque 400 000 panneaux comptabilisés par le ministère sur le réseau routier du Québec pourrait représenter une facture totale de 760 millions de dollars. Comme c'est le cas sur l'autoroute 20, la plupart de ces équipements destinés à la signalisation n'a toutefois pas encore dépassé sa durée de vie utile, confirme le ministère. Cette dépense est toutefois justifiée par le MTQ, qui a adopté, en décembre 2008, des «orientations [qui] s'inscrivent dans une perspective d'amélioration en continu de la sécurité routière afin que tous les usagers de la route puissent mieux détecter, voir et lire les panneaux de signalisation», ajoute l'institution.

Notons que les appels d'offres lancés pour le remplacement des panneaux sur la 20 ont précédé l'adoption des orientations du ministère. Ces appels ont été faits entre mai et juin 2008 pour les panneaux de petite signalisation et entre juin et juillet 2008 pour les panneaux de supersignalisation, indiquent les documents obtenus auprès du MTQ.

Jusqu'en 2008, le ministère des Transports du Québec était chargé de la fabrication et de l'installation des panneaux. Dans la foulée des réformes de l'appareil gouvernemental pilotées par Mme Monique Jérome-Forget, la production de ces équipements a été depuis confiée au secteur privé. Le ministère conserve toutefois la mainmise sur l'installation. Une dizaine d'entreprises spécialisées, dont la multinationale américaine Minnesota Mining and Manufacturing Company (3M), évoluent désormais sur ce nouveau marché du panneau routier.
59 commentaires
  • Bernard Gervais - Inscrit 4 août 2010 01 h 22

    La signalisation déficiente de notre réseau routier

    C'est bien beau de vouloir remplacer les panneaux de signalisation actuels du réseau routier du Québec par des nouveaux, qui sont plus visibles, encore faudrait-il également que ceux-ci soient beaucoup nombreux.

    Plein de gens vous le diront : la signalisation routière au Québec est loin d'être aussi bonne et précise que dans bien d'autres provinces, États américains et pays européens.

    À maints endroits, il n'y a souvent, par exemple, qu'un seul panneau pour indiquer la sortie d'une route et, si on oublie de porter attention, on peut facilement la rater et être obligé de faire un long détour pour l'emprunter.

  • meme moi ici - Inscrite 4 août 2010 06 h 08

    haaaaaaaaaaaa bon!

    encore un ti nami très généreux du parti qui a fait sa demande
    et on met cela sur le dos de la population "vieillissante"
    quand la vue baisse, on s'achète des lunettes
    de belles pancartes pour rouler sur des nids de poules
    on va se sentir en sécurité pas à peu près
    Quand va t on mettre ce gouvernement pourri dehors???

  • Fabien Nadeau - Abonné 4 août 2010 06 h 41

    PPP

    Ceci me semble un exemple parfait de PPP: des entreprises qui se cherchent des partenaires disposant de budgets gouvernementaux pour créer de la richelle... Pour elles, évidemment...

  • Simon-Pierre Desrosiers - Abonné 4 août 2010 07 h 08

    lunettes

    Il me semble que nos vieillards pourraient mettre leurs lunettes.

    Au moins ce sont des compagnie québécoises et non pas les petits amis de Jean Charest de Toronto ou de Calgary qui ont rafflé le contrat.

  • Eric Martel - Inscrit 4 août 2010 07 h 26

    Euh...?

    Remplacer des panneaux en parfait état pour accommoder une baisse de la vue de la population? Est-ce qu'on va aussi demander aux piétons d'engraisser pour qu'ils soient mieux vus...? C'est quoi cette histoire? Si une personne passe le test de la vue de la SAAQ, me semble qu'elle devrait pouvoir lire les panneaux, non? Est-ce qu'on va aussi réduire les critères de cet examen «pour accomoder la population vieillissante»? Depuis quand dit-on aux conducteurs: «Vous voyez moins bien sur la route? Pas de problème, pas besoin de vous acheter des lunettes: on va simplement grossir les caractères pour vous accomoder!». Et pourquoi maintenant? Pourquoi tout d'un coup ça devient une priorité? Bel exemple de décision complètement loufoque, de dépense inutile et de mauvaise administration. Je ne peux même pas croire que quelqu'un, quelque part, a vraiment pensé que c'était une bonne idée.