Le dilemme américain

Ben Bernanke, le grand patron de la Réserve fédérale américaine peut bien paraître songeur: l’économie américaine ne va pas aussi bien qu’il le souhaiterait, et certains croient que la Fed devra intervenir une fois de plus.<br />
Photo: Agence France-Presse (photo) Win McNamee Ben Bernanke, le grand patron de la Réserve fédérale américaine peut bien paraître songeur: l’économie américaine ne va pas aussi bien qu’il le souhaiterait, et certains croient que la Fed devra intervenir une fois de plus.

Washington — L'économie américaine est entrée dans une passe plus difficile, peinant désormais à confirmer ses progrès du début d'année, et suscitant un débat animé au sein de la banque centrale (Fed) sur de nouvelles mesures de soutien.

Les derniers chiffres publiés ne laissent plus de doute sur le ralentissement de la croissance aux États-Unis.

La Fed en a pris acte en abaissant sa prévision de croissance pour 2010, d'après les minutes de sa réunion de politique monétaire de juin publiées hier: au quatrième trimestre, elle devrait être comprise entre 3 et 3,5 % en glissement annuel.

La banque centrale est moins optimiste qu'en avril sur la rapidité à laquelle devrait décroître le chômage. Elle table sur 9,2 à 9,5 % fin 2010, puis 8,3 % au mieux fin 2011 et 7,1 % au mieux fin 2012.

Dernier indicateur en date, donnant une idée de la consommation, les ventes de détail, qui avaient aligné sept mois de progression entre octobre et avril, ont révélé hier un recul supérieur aux prévisions des économistes en juin, à cause de mauvaises ventes d'automobiles. L'appréciation de la consommation, traditionnel moteur de la première économie mondiale, oppose actuellement ceux qui voient le verre à moitié vide ou à moitié plein. «Le rebond des ventes de détail hors automobile en juin est un signe encourageant pour les perspectives du troisième trimestre», était convaincu Peter Newland, de Barclays.

Mais, à quatre mois d'élections législatives aux États-Unis, son optimisme semble très minoritaire dans l'opinion. «Malgré tout ce que peuvent dire les économistes, on dirait que nous sommes encore en récession», ont répondu 71 % des Américains à un sondage publié mardi par la société d'information financière Bloomberg. S'y ajoutent 13 % pour lesquels l'économie «est en train de s'affaiblir» et va «replonger dans une récession».

Les ménages perçoivent surtout un chômage obstinément élevé. La faiblesse des embauches contraste avec les profits éclatants que claironnent actuellement les plus grosses entreprises du pays.

C'est un souci quotidien pour le président Barack Obama et les autorités monétaires. La Maison-Blanche a revendiqué hier le succès de son plan de relance promulgué en février 2009: selon elle, trois millions d'emplois ont été «créés ou sauvés» grâce aux 787 milliards de dollars investis. Mais son action est limitée par de lourdes contraintes budgétaires.

La Fed a son taux directeur bloqué près de zéro depuis décembre 2008, et ses programmes exceptionnels de soutien au secteur financier ont pour la plupart expiré au printemps. Doit-elle en lancer de nouveaux? Leurs divergences sur cette question sont apparues publiquement dans les minutes de sa réunion de politique monétaire de fin juin.

Ses membres «ont noté qu'en plus de continuer à concevoir et tester des instruments pour sortir de la période de politique monétaire inhabituellement souple, le comité aurait à examiner si de nouvelles mesures de soutien pourraient devenir opportunes si les perspectives devaient empirer sensiblement».

Mais ces mesures restent au conditionnel, faute de consensus. Certains dirigeants de la banque centrale préfèrent attendre la suite des événements. D'autres, apparemment minoritaires («un petit nombre»), pensent qu'il est temps de relancer la machine, et invoquent même «un certain risque de déflation».