Conférence de Montréal - Le développement durable peut rapporter gros

La crise économique aura eu l'avantage d'amener les gouvernements à augmenter leurs investissements en faveur d'un développement plus durable. Le retour de la croissance et les luttes contre les déficits ne doivent pas renverser cette tendance, met en garde l'OCDE, au contraire.

«Certaines économies peuvent finir par coûter très cher à long terme», a prévenu hier le secrétaire général de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), Angel Gurría, au deuxième jour de la Conférence de Montréal qui était consacré aux questions de l'énergie, du développement durable et la protection de la biodiversité.

De nombreux gouvernements ont augmenté les dépenses pour l'enseignement, la recherche et les énergies renouvelables dans le cadre de leurs programmes de relance, a-t-il noté. «Maintenant qu'ils s'engagent sur la voie de la consolidation budgétaire, il est à craindre qu'ils réduisent cet effort. Ce serait une erreur», a-t-il martelé.

S'il est un bon moyen de stimuler la croissance et l'emploi, c'est bien en encourageant l'innovation et l'entrepreneuriat, a-t-il expliqué, citant les grandes lignes d'une Stratégie de l'innovation dévoilée le mois dernier par l'OCDE. Mais, pour ce faire, il faut absolument l'implication financière et politique des gouvernements pour investir dans la recherche et le développement, relever le niveau d'éducation et de formation de la main-d'oeuvre, aider la formation de nouvelles entreprises, insuffler le goût du risque entrepreneurial, favoriser la diffusion de la connaissance et renforcer la coopération entre les pays.

La révolution a commencé

La crise aura aussi eu l'avantage de donner un coup de pouce à la «transition historique» que l'humanité doit effectuer vers la «décarbonisation du secteur de l'énergie», a observé plus tard le directeur général de l'Agence internationale de l'énergie (AIE), Nobuo Tanaka. Elle a notamment eu pour effet de donner un sérieux coup de frein à la croissance de la consommation des carburants fossiles. Elle a aussi donné lieu à une augmentation du nombre d'éoliennes, d'autos électriques et de projets de captation du carbone.

«Le changement de paradigme est commencé, mais d'immenses investissements restent à faire», a déclaré Nobuo Tanaka. L'AIE évalue qu'un total de 46 000 milliards $US sera requis pour atteindre l'objectif du sommet de Copenhague de réduction des émissions de gaz à effet de serre de 50 % d'ici 2050. Cet énorme effort financier serait toutefois largement récompensé, ses retombées économiques étant estimées à 112 000 milliards, soit plus du double.

Mais il ne faut pas perdre de temps, a mis en garde le patron de l'AIE. Chaque année perdue ajoute 500 milliards à la facture. Aussi faut-il s'atteler sans délai à une stratégie qui reposerait pour plus de la moitié sur des augmentations d'efficacité énergétique, pour environ le quart sur les énergies renouvelables et pour 10 % chacun sur le recours à l'énergie nucléaire et à des systèmes de captation du carbone.

Les avancées en la matière ne viennent pas toujours d'où on s'y attendrait, avait souligné en matinée le président-directeur général pour l'Amérique du Nord GDF Suez, Zin Smati. C'est en effet au Texas que l'on assiste actuellement à l'un des plus importants déploiements d'éoliennes aux États-Unis. «Ces projets ne seraient pas possibles sans l'aide financière des gouvernements», a noté le représentant du géant français de l'énergie.

L'heure est grave

Le virage vers une économie verte se fait de plus en plus pressant, a rappelé le secrétaire général de la Convention sur la diversité biologique, Ahmed Djoghlaf, aux dirigeants du monde des affaires et du secteur public venus l'entendre une heure plus tôt. «Le message est très clair, a-t-il dit. Si nous continuons dans cette dangereuse illusion d'une croissance effrénée et irrespectueuse de la nature, nous allons bientôt atteindre le seuil de l'irréparable. L'avenir de la planète pour les 10 millions d'années à venir sera déterminé par ce qu'une seule espèce décidera de faire, ou ne pas faire, dans les 10 ou 50 prochaines années.»