Crise financière: une hausse de la criminalité est à craindre

La crise financière qui secoue la planète depuis 2007 risque d'engendrer une hausse de la criminalité dont les femmes, les migrants et les enfants vont faire les frais.

Dans un rapport inédit dont Le Devoir a obtenu copie, le Centre international pour la prévention de la criminalité (CIPC) formule un sombre pronostic sur la sécurité dans le monde.

Plusieurs agences internationales, dont l'UNESCO, prévoient une augmentation des taux de mortalité infantile, une hausse du chômage et un accroissement généralisé du nombre de victimes de la pauvreté et de la faim chronique au cours des prochaines années. Ce climat d'incertitude est l'héritage durable de la crise financière de 2007 et des nombreux soubresauts de l'économie mondiale.

Le CIPC se montre prudent dans son rapport, étant donné que les taux de criminalité et de violence dépendent d'une multitude de facteurs. L'organisme non gouvernemental, dont le siège social est à Montréal, prédit néanmoins que la récession mondiale accentuera les inégalités dont sont victimes les femmes, les travailleurs migrants et les jeunes.

«Ces groupes sont frappés plus durement par les licenciements, la fragilité de l'emploi et les difficultés à accéder à un marché de l'emploi plus compétitif», souligne le rapport, intitulé Prévention de la criminalité et sécurité quotidienne: tendances et perspectives.

L'UNICEF a aussi mis en exergue l'impact de la récession sur la santé et le bien-être des enfants. «La crise, a prévenu l'organisme, risque de plonger des millions d'enfants de plus dans la pauvreté et d'exacerber les carences actuelles», explique le rapport du CIPC.

Une augmentation du travail des enfants est à prévoir dans certaines régions du globe. L'érosion des services sociaux de base, du filet de protection sociale et des programmes d'éducation risque par ailleurs d'exposer davantage d'enfants à «des conditions de vie dangereuses, et limiter leur potentiel de développement», avertit le CIPC.

Des groupes à risque

Le contexte de crise n'a rien de reluisant pour les groupes marginalisés, les habitants de zones très criminalisées, les femmes (surtout celles qui sont chefs d'une famille monoparentale), les membres des minorités et les migrants. Tout comme les enfants, ils font partie des groupes les plus susceptibles de faire l'objet d'une victimisation accrue en cas de récession.

Les chômeurs seront aussi des cibles de choix. Il existe en effet une forte corrélation entre taux de chômage et taux d'emprisonnement dans certains pays où la justice pénale prend le relais de l'État pour résoudre les problèmes sociaux et l'agitation qui en découle.

Le cas des migrants clandestins est particulièrement saisissant. Il s'agit d'une clientèle de choix pour le crime organisé, qui diversifie ses activités illicites, en ciblant notamment les plus vulnérables. Selon le Département d'État américain, entre 600 000 et 800 000 personnes font l'objet d'un trafic de migrants dans le monde chaque année. Elles se déplacent souvent au péril de leur vie. Environ 2000 Africains meurent en traversant la Méditerranée pour atteindre l'Europe. Et 400 Mexicains poussent leur dernier soupir en essayant de passer aux États-Unis.

Une fois à destination, les migrants clandestins ne sont pas au bout de leur peine. Ils connaissent l'exploitation au travail, voire des situations de quasi-esclavage, la discrimination dans leur société d'accueil et parfois même l'exploitation sexuelle. La prostitution est une affaire de 78 milliards de dollars dans le monde. En Europe, à la faveur de la création d'une zone libre de frontières, elle a pris les traits de la migrante. La moitié des prostituées de Paris ne sont pas françaises. En Italie, le nombre de prostituées albanaises est passé de 100 à près de 5000 en moins de cinq ans.

Mine d'or

L'étude du CIPC, qui sera rendue publique jeudi, comprend une mine d'or de renseignements sur l'état de la criminalité dans le monde et les efforts investis en prévention. Elle déboulonne par exemple le mythe de la violence urbaine. Les zones à forte densité ne sont pas nécessairement plus violentes que les campagnes ou les régions dépeuplées. La criminalité, en particulier les crimes contre la propriété, est souvent liée aux inégalités sociales. Plus les inégalités sont flagrantes, comme en Afrique et dans certaines villes d'Amérique latine, et plus la criminalité est élevée.

De tous les pays du monde, ceux qui dépendent de l'aide internationale sont les plus susceptibles de connaître un accroissement des inégalités et de la criminalité. Le Liberia, le Burundi, la Guinée-Bissau, la Sierra Leone et l'Érythrée sont «tout particulièrement fragiles», souligne le CIPC. Comble de malchance, les pays de l'Afrique subsaharienne traînent déjà un lourd fardeau de violence. C'est dans cette région du monde que les taux d'homicides sont les plus élevés: entre 20 et 30 homicides par tranche de 100 000 habitants. C'est 10 à 15 fois plus qu'au Canada.

Le CIPC passe également en revue les différentes initiatives de prévention dans le monde. En 2008, lors de la publication de la première étude, 37 pays disposaient de stratégies de prévention, comparativement à 57 en 2010. En dépit de ces progrès, les stratégies de prévention demeurent souvent «marginalisées» au sein des politiques de sécurité publique. Selon le CIPC, ces politiques devraient accorder la priorité à la prévention au cours des prochaines années.
4 commentaires
  • Jacques Morissette - Abonné 25 mai 2010 08 h 54

    Au fait, qu'est-ce qui a causé la crise financière?

    Il y a des gens qui pensent que la crise financière a été provoquée par ceux surtout qui engrangent des profits faramineux. En d'autres mots, il y a des spécialistes de l'économie politique qui engrangent sans complexe de plus en plus beaucoup de foin. Ils le font au nom de la spéculation de nature égoïste et au détriment des pâturages qui ont de moins en moins d'herbe à brouter.

    C'est en fait la criminalité de la pauvreté qui veut survivre. Au fond, c'est la spéculation qui a causé la crise financière. Quand tu n'as plus d'herbe à brouter et qu'on cherche même à t'empêcher d'en trouver, il reste souvent une seule alternative : et c'est la criminalité. Donc, les spécialistes de la spéculation devraient savoir que trop d'abus conduit au risque d'allumer des mèches de criminalité tout partout, et qui va à l'encontre de la stabilité sociale.

  • Jacques Morissette - Abonné 25 mai 2010 09 h 48

    Au fait, qu'est-ce qui a causé la crise financière? (bis)

    Il y a des gens qui pensent que la crise financière a été provoquée surtout par ceux qui engrangent des profits faramineux. En d'autres mots, il y a des spécialistes de l'économie politique qui engrangent sans complexe de plus en plus beaucoup de foin. Ils le font au nom de la spéculation de nature égoïste et au détriment des pâturages qui ont de moins en moins d'herbe à brouter.

    C'est en fait la pauvreté qui, pour survivre, tend à se criminaliser, même si elle ne voulait pas. Au fond, c'est la spéculation qui a causé la crise financière. Quand tu n'as plus d'herbe à brouter et qu'on cherche même à t'empêcher d'en trouver, il reste souvent une seule alternative : et c'est la criminalité. Donc, les spécialistes de la spéculation devraient savoir que trop d'abus conduit au risque d'allumer des mèches de criminalité tout partout, et qui va à l'encontre de la stabilité sociale.

  • Jacques Morissette - Abonné 25 mai 2010 14 h 16

    Pour un gouvernement responsable, il faut à la fois du libéralisme et du socialisme.

    Quand un gouvernement met l'accent sur trop de libéralisme ou sur trop de socialisme, c'est de l'irresponsabilité. Une crise financière m'indique que trop de libéralisme a été favorisé par le pouvoir en place, au passé ou au présent.

  • Dionisio Dussart - Inscrit 26 mai 2010 00 h 41

    Mal tournée, cette phrase

    "Un pronostic sombre dont femmes, enfants et migrants risquent de faire les frais". Est-ce le pronostic qui est supposé porter tort à ces catégories, ou est-ce la criminalité ? C'est ambigu. On comprend que les femmes et les enfants aient à souffrir de l'insécurité mais en ce qui concerne les "migrants", on n'a pas spécialement l'impression qu'ils souffrent beaucoup d'une fragilité particulière ... si ce n'est d'être désignés comme fauteurs de troubles.
    Deuxième remarque ...
    Concernant les "migrants", est-ce qu'on va se décider à utiliser un jour le terme français "immigrés" ?? Les immigrés s'installent ici et comptent y rester. Leur présence n'est pas due au hasard.
    Lorsqu'ils s'ils s'installent quelque part c'est souvent dans l'espoir d'y rester, plutôt que d'être "migrants". Y en a marre de ces anglicismes rampants, bourrés de préjugés sournois.
    On est immigré ici, on est fier de l'être, dans cette situation due à un double choix, de la part de soi-même et des autorités canadiennes.