Cascades lance un «papier intelligent»

Les trois frères Lemaire, dirigeants de Cascades, essayant leur nouveau papier aujourd'hui.
Photo: - Le Devoir Les trois frères Lemaire, dirigeants de Cascades, essayant leur nouveau papier aujourd'hui.

Après les savons antibactériens, voici le papier essuie-mains antibactérien. La fabricant de papier et de produits d’emballage Cascades a lancé aujourd’hui cette nouveauté, qu’il a présentée comme une première mondiale, fruit de cinq ans de recherches qui ont coûté 1 million $.

Il s’agit d’un papier contenant du chlorure de benzalkonium, lequel est libéré à une concentration maximale de 0,1 pour cent au contact de l’eau. Cet ammonium quaternaire, largement utilisé dans les shampoings et les désinfectants, est généralement sans danger.

«On a été la première compagnie papetière à stabiliser un agent antibactérien dans un papier sec», a déclaré Nathalie Comeau, directrice du marketing chez Cascades Groupe Tissu, en conférence de presse à Montréal.

«On complète l’arsenal de produits existants. On n’est donc pas là pour partir en guerre contre les gels alcoolisés», a ajouté Mme Comeau, en précisant que l’essuie-mains antibactérien protégeait contre les contaminations pendant au moins une demi-heure.

«C’est un produit innovateur qui va faire sa marque et celle de Cascades», s’est réjoui Bernard Lemaire, vice-président directeur du conseil d’administration de Cascades.

Le nouvel essuie-mains, fabriqué à l’usine de Lachute, n’est disponible qu’au Canada pour l’instant. On vise un lancement aux États-Unis l’an prochain, une fois que la Food and Drug Administration (FDA) l’aura approuvé, comme vient de le faire Santé Canada. Cascades a de plus déposé une demande de brevet provisoire à Ottawa.

«On aurait bien aimé ça (lancer le produit) au mois de novembre l’an passé, mais on n’avait pas encore reçu l’approbation, a indiqué M. Lemaire. Il était pourtant là, le produit. (La pandémie de grippe) H1N1 aurait été pour nous un lancement incroyable!»

D’autres papiers intelligents?

Cascades espère que l’essuie-mains antibactérien, qui coûte entre 15 et 20% plus cher que les serviettes de papier traditionnelles, pourra accaparer dix pour cent de ses ventes dans cette catégorie de produits. On cible particulièrement les hôpitaux, les garderies, les écoles et l’industrie agroalimentaire.

Pour Cascades, l’essuie-mains antibactérien n’est que le premier d’une nouvelle gamme de produits de papier dits «intelligents». On songe notamment à des papiers détecteurs de drogue ou à des produits d’emballage spécialisés pour le secteur alimentaire.

Le docteur Richard Marchand, microbiologiste-infectiologue à l’Institut de cardiologie de Montréal, a salué l’arrivée du nouveau produit.

«Dans mon domaine, c’est une avancée qui n’est pas négligeable», a-t-il commenté, en rappelant que 400 000 intoxications alimentaires survenaient chaque année au Canada du fait que les gens ne se lavent pas correctement les mains.

Bernard Lemaire n’a pas manqué de déplorer la réticence de certaines institutions publiques québécoises à offrir du papier essuie-mains dans leurs salles de bain alors que la province est un important fabricant de ce produit. Selon Cascades, les séchoirs électriques sont moins efficaces pour combattre les bactéries que le papier essuie-mains, même ordinaire.

Comme la vaste majorité des produits de l’entreprise, l’essuie-mains antibactérien est fabriqué à 100% de fibres recyclées et recyclables.

M. Lemaire a tenu à rappeler le chemin que lui et ses deux frères, Alain et Laurent, avaient parcouru depuis la fondation de Cascades, en 1964.

«A ce moment-là, on se cachait pour ne pas dire qu’on prenait des vieux papiers pour faire du papier, parce que c’était de la cochonnerie», a-t-il raconté, en soulignant que les mentalités avaient bien changé depuis.

L’action de Cascades a clôturé à 6,52 $ aujourd’hui, en hausse de 1,4%, à la Bourse de Toronto.

À voir en vidéo