Richard Boudreault, président et chef de la direction d'Exploration Orbite - Le flair et la patience, des atouts pour réaliser des projets ambitieux

Exploration Orbite détient les droits miniers sur un vaste dépôt d’argile de 3500 hectares, en Gaspésie.
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Exploration Orbite détient les droits miniers sur un vaste dépôt d’argile de 3500 hectares, en Gaspésie.

En février 2009, Richard Boudreault, président et chef de la direction d'Exploration Orbite, une toute petite entreprise inscrite à la Bourse de croissance TSX, était invité en Jamaïque au 15e Séminaire international de la bauxite et de l'alumine. Et pourtant, son entreprise n'avait jamais vendu une seule once de bauxite ou d'alumine... D'ailleurs, celle-ci n'en a pas vendu encore, mais elle espère y arriver dans deux ans, en révolutionnant du même coup le marché de l'alumine et de la bauxite. C'est sans doute pour cette raison qu'il avait été invité à cette réunion internationale.

Son nom n'est peut-être pas très connu dans les médias, mais M. Boudreault a déjà un parcours exceptionnel dans le monde des affaires et des technologies. Détenteur d'une maîtrise en ingénierie de l'Université Cornell aux États-Unis et d'un MBA de l'Université de Sherbrooke, il a d'abord voulu devenir astronaute, mais il a été parmi les derniers candidats refusés à l'époque de Marc Garneau. Il s'est alors tourné vers les systèmes spatiaux spécialisés dans les nouveaux matériaux, dans la microgravité. Il a travaillé pour Oerlikon Aérospatiale et l'Agence spatiale canadienne, ainsi que pour Sofinov, filiale de la Caisse de dépôt. Il est présentement membre des conseils d'administration d'Énergie atomique du Canada et de Mechtronix.

En 2005, avec l'Institut national de recherche scientifique il s'est penché sur un projet minier concernant un dépôt d'argile alumineuse en Gaspésie. «Ma première réaction? Il n'y a pas grand-chose à faire avec ça, mais si l'on avait un nouveau procédé on pourrait produire de l'alumine de haute qualité», s'est dit M. Boudreault. On savait depuis longtemps que l'extraction de l'alumine de l'argile était trop coûteuse pour concurrencer la bauxite, dont provient la plus grande partie de l'alumine utilisée par les alumineries. Toutefois, pensait-il, si l'on avait une nouvelle technologie compétitive pour extraire l'alumine de l'argile, il y aurait un marché potentiel fabuleux. Les alumineries, qui doivent importer de la bauxite de pays lointains, s'inquiètent d'être de plus en plus à la merci de certains impondérables, comme le transport, qui pour une raison ou l'autre pourrait être interrompu, comme les prix de la bauxite qui vont augmenter en même temps que les prix du pétrole et, enfin, comme la qualité du produit qui ne serait plus au rendez-vous. Le créateur d'entreprises qu'est M. Boudreault a vu évidemment les possibilités d'affaires qu'un tel contexte pouvait susciter: «Il y a beaucoup d'avantages à s'alimenter localement.»

Préalablement à l'acquisition par Orbite des droits miniers sur le site de Grande-Vallée, des chercheurs de l'Université Laval, dans le cadre de la thèse de doctorat de Valérie Ouellet sur l'extraction de l'alumine dans l'argile de la région, ont effectué 25 essais d'extraction en utilisant des méthodes de dissolution par acides suivies par un processus de pyrohydrolyse à haute température. En 2006 et 2007, le Centre d'études des procédés chimiques du Québec a fait des recherches pour le développement d'un laboratoire du procédé d'extraction de l'alumine, en vertu d'un contrat avec Orbite qui s'est appuyé sur les résultats de ces travaux pour déposer une demande de brevet.

Bref, Orbite en est rendue à l'étape de passer à l'action. Orbite détient 100 % des droits miniers d'un vaste dépôt d'argile sur 3500 hectares en Gaspésie. Il y a là des réserves pour environ 150 ans à raison d'une production de 300 à 500 tonnes par jour. À elles seules, les alumineries québécoises utilisent 6 millions de tonnes d'alumine par année. À 400 $ la tonne, cela représente un marché annuel de plus de 2 milliards.

Le processus d'extraction de l'alumine métallurgique a franchi l'épreuve du laboratoire, et une usine pilote expérimentale d'une capacité d'une tonne métrique par jour est installée à Cap-Chat pour évaluer les risques technologiques et économiques, et optimiser les paramètres du procédé. L'aluminerie Alouette de Sept-Îles est devenue partenaire dans le projet avec un investissement d'un million dans cette usine expérimentale, en plus d'offrir son soutien technique.

Objectif de production en 2012

Si l'expérience pilote donne les résultats espérés, l'usine de Cap-Chat sera adaptée pour produire de l'alumine dite de spécialité, c'est-à-dire une alumine extrapure qui représente 8 % de la production totale d'alumine et qui se vend plus cher pour la fabrication de saphirs et de rubis artificiels, ainsi qu'à des applications dans les systèmes de communications par fibres optiques, le revêtement des cônes de missiles, les nanomatériaux, etc. Cette usine pourrait employer une trentaine de personnes, comparativement à une demi-douzaine pendant la phase pilote.

Par ailleurs, le marché de l'alumine métallurgique utilisée par les alumineries est nettement plus considérable, soit 77 millions de tonnes en 2008, vendues pour une valeur de 26 milliards. Les 10 alumineries québécoises représenteraient un marché d'environ 2 milliards. Pour cette production locale d'alumine, Orbite construirait vraisemblablement une usine dans le voisinage de Gaspé, où il y a un port en eau profonde, et qui pourrait employer de 300 à 400 personnes. «Nous espérons pouvoir commencer à fonctionner en 2012, mais je serais quand même content si c'était en 2013», confie M. Boudreault.

Jusqu'à maintenant, Exploration Orbite s'est alimentée en capitaux auprès d'investisseurs privés. Entre 3 et 4 millions ont déjà été dépensés et il faut environ 7 millions pour l'étape de l'usine pilote, dont près de 5 millions proviennent des gouvernements sous forme de crédits d'impôt et de subventions, ce à quoi s'ajoute le million d'Alouette et le reste apporté par des investisseurs privés.

M. Boudreault est entouré au conseil d'administration de plusieurs personnes ayant une solide expertise dans le monde des affaires, de l'énergie, des technologies et de l'industrie.

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Collaborateur du Devoir