Éthiques au travail - L'éthique dans la peau

Alain Renaud, président fondateur de DRUIDE
Photo: Alain Renaud, président fondateur de DRUIDE

Du temps des Celtes, les druides se réunissaient pour partager leur savoir en matière de soins et de remèdes. Il y a 30 ans, le photo-journaliste Alain Renaud a repris un peu de leur philosophie pour créer les produits DRUIDE, une gamme complète de produits de soins corporels, la première à avoir reçu la certification de cosmétique écologique et biologique par Écocert. Alain Renaud veut montrer à travers ses produits qu'il est possible d'allier respect du corps, respect de la nature et respect de l'éthique en affaires.

Qu'est-ce qui vous a mené du journalisme à la fabrication de produits corporels?
À la fin des années 1970, j'ai voulu vivre un retour aux sources, principalement en ce qui concerne les valeurs de la société. Il me semblait que nous allions vers une dégradation croissante. J'ai trouvé refuge dans les Appalaches. Je me disais que l'essentiel est en nous et que l'on pourrait aller plus loin en retrouvant ce que la nature peut nous donner de vrai, en nous attachant à ses éléments fondamentaux. Et je me suis mis à creuser le domaine de l'herboristerie.
Parce qu'en même temps, je voyais l'importance des produits de beauté qui livraient leur lot d'ingrédients toxiques à tout le monde. Peu de gens faisaient alors le lien entre l'augmentation importante des cancers (par exemple celui de la peau) et l'utilisation de produits chimiques dans la composition des cosmétiques. Un peu comme les médicaments, on considérait que les produits de peau étaient inoffensifs puisqu'ils étaient vendus en pharmacie.


Mais comment responsabiliser les gens?
Il fallait démontrer par la pratique que l'on pouvait offrir des produits de soins sains et naturels, qui remplissaient le rôle que l'on attend de ces nécessités quotidiennes sans nuire à la santé ou à l'environnement.
C'est comme cela que j'ai créé une gamme complète de produits de soins écologiques. En 2001, on a été la première firme en Amérique à faire certifier ses produits par Écocert, et nous sommes encore la seule à avoir obtenu cette certification pour une gamme complète de produits corporels. En matière d'éthique, on peut dire que la certification est l'assurance pour le public qu'un produit respecte réellement des normes de qualité et de fabrication. Avec la certification, on n'oeuvre pas seulement au niveau de la publicité: on s'engage à ce que nos produits ne contiennent aucun produit de synthèse.


Vous évoquez les liens entre la santé humaine et l'écologie. Vous dites souvent que «vivre bio, c'est une forme d'amour: amour de la terre, de la vie, des gens, des animaux». Cela reste vos convictions?
Chez DRUIDE, nous ne sommes qu'une vingtaine d'employés. Tout est pris en charge et fabriqué sous un même toit. Nous ne faisons appel à aucun sous-traitant — ce serait pourtant plus rentable. Les petites cuves que nous utilisons ne permettraient pas à de grandes entreprises de s'en sortir économiquement.
Mais notre petite taille nous protège: nous arrivons à proposer des formules sans molécules de synthèse, qui rivalisent au niveau des prix et de la qualité avec les grands fabricants. Avec tout ce qui se passe dans le monde, il faut avoir une conviction profonde, pour garder l'élan qui guide les actions quotidiennes. Sans cela, on se perd rapidement. Aujourd'hui, le bio est à la mode. On voit les grands groupes s'en emparer. Nous, au laboratoire, on est un peu comme en retrait des grands jeux du marché, je dirais comme une boulangerie de campagne dans son coin de pays. J'ai cependant la fierté de dire aux gens que ces produits leur permettent de vivre leur désir de respecter la nature, de vivre l'écologie.


Testez-vous vos produits?
C'est essentiel de faire des tests, car un laboratoire qui fabrique des produits de soins corporels est une cuisine où l'on agence des ingrédients qui proviennent de nombreuses sources. Naturel ne veut pas dire inoffensif: que l'on pense à Cléopâtre qui s'est empoisonnée avec des colorants ou aux Romaines qui se mettaient de l'arsenic sur le visage pour être belles...
Au départ, les tests de chaque ingrédient sont faits pour garantir la non-toxicité des matières premières en évitant les matières synthétiques et les allergènes connus. Ces tests bien sûr n'impliquent jamais les animaux. Dès les débuts de l'entreprise, en 1979, nous avons suivi un nombre important de groupes qui conscientisaient la population à l'inutilité de tests cruels.

Pourquoi avoir choisi le nom de DRUIDE?
Cela correspond à une démarche de retour vers la nature. Les druides sont parmi les premiers à avoir interrogé les plantes pour trouver comment mieux soigner l'homme et mieux vivre avec la nature. Et surtout, ils se sont regroupés pour échanger cette information — on connaît ces grands lieux de rassemblements en Angleterre, par exemple. On trouve la même démarche chez les peuples amérindiens, dans cette recherche d'harmonie avec les forces qui nous entourent. Pour moi, ce partage de l'information fondamentale est le moteur d'une évolution profonde.

Cela explique-t-il pourquoi DRUIDE ne fait pas de publicité en promettant de faire disparaître les rides ou en jouant sur les fantasmes habituels?
Certainement. Mais cette approche ne touche pas seulement la publicité, elle concerne l'ensemble des activités: fabrication, stockage, distribution. À tous les niveaux, j'essaye de faire passer le message que nos choix influent sur notre avenir. On voit éclore cette société qui essaye de vivre plus en harmonie avec la nature, mais comment l'encourager? Nous devons la soutenir dans toute notre manière de gérer l'entreprise. Et les consommateurs devraient aussi s'impliquer dans cette évolution. Ils ont la possibilité de dire aux commerçants qu'il n'y a pas qu'une façon de consommer, que le prix n'est pas le seul critère qu'ils considèrent, qu'ils optent pour des produits bons pour la planète, pour leur corps, etc.

Il y a cinq ans, vous avez contacté l'ACDI pour leur proposer un projet en Afghanistan. Parlez-nous de cette initiative.
Une des missions que nous avons définies pour l'entreprise, c'est de s'impliquer socialement afin de participer à la construction d'une société plus humaine. C'est ce qui nous a amenés en Afghanistan à lancer une savonnerie où travaillent surtout des veuves de guerre. C'était avant que notre pays ne s'engage de façon active dans ce conflit. Nous avons appris que toutes les savonneries avaient été bombardées et que les Afghans devaient importer le savon, pourtant un produit de base. Nous avons donc mis sur pied ce projet avec l'ACDI. C'est notre devoir, comme entrepreneur, d'utiliser les connaissances que l'on a au service des autres, pour les soutenir dans leur développement.


Fabriquer des produits de soins bios, c'est donc aussi une question d'influence sociale?
Oui, je le crois. Il faut montrer aux gens que l'on peut faire des affaires tout en respectant une démarche éthique intégrée. Nous informons beaucoup sur le pourquoi et le comment de la fabrication de nos produits de soin. Le contact et la communication sont les premiers déclencheurs d'un changement. Les gens peuvent devenir partie prenante de leur existence. L'écologie, c'est beaucoup plus qu'une affaire de publicité tapageuse sur un look «éco-chic». Malheureusement, le prix, l'odeur ou la couleur d'un flacon de produits de beauté éclipsent encore trop souvent les critères qui devraient nous guider: des soins responsables, l'équilibre de notre santé et celui de la planète.

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Laurent Fontaine
Thierry Pauchant
Une collaboration de la Chaire de management éthique, HEC Montréal.

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Cette entrevue est extraite de l'émission Éthiques au travail, diffusée tous les jeudis soir sur Radio Ville-Marie. L'intégralité des entrevues est disponible sur www.ethiquesautravail.com
1 commentaire
  • math_36 - Inscrit 13 mai 2010 15 h 08

    Une entreprise révolutionnaire

    C'est formidable de découvrir la vision de l'entreprise Druide et ses perpectives écologiques sur le monde. Ça doit être difficile de toujours maintenir le cap vers des comportements éthiques qui tienne compte des gestes que l'humain cause par ses multiples besoins en produit cosmétique. Druide se classe parmis les entreprises qui ont le plus de vision à long terme, c'est ce qui mènera cette entreprise loin dans ce qu'elle entreprend. C'est ce que j`appelle une révolution !