Voitures de métro - La STM forcée de relancer l'appel d'offres

Métro de Montréal
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Métro de Montréal
La firme Hatch Mott MacDonald, chargée d'examiner la proposition déposée par CAF à la suite du lancement de l'avis international du 22 janvier dernier, a terminé son analyse. Selon les informations obtenues par Le Devoir, les conclusions sont claires: le constructeur espagnol remplit toutes les conditions imposées par la STM.

L'entreprise a notamment réussi à démontrer qu'elle possédait la capacité technique et financière de fabriquer des voitures de métro dotées de pneumatiques comme l'exige la STM. L'avis stipulait aussi que le constructeur devait respecter l'exigence de contenu canadien de 60 % et que l'assemblage final devait être fait au Canada.

Hatch Mott MacDonald a fait part de ses conclusions à la STM hier de façon verbale et son rapport sera déposé aujourd'hui aux autorités de la société de transport, selon une source proche du dossier. La STM et le gouvernement du Québec, qui assume 75 % de la facture, n'auront d'autre choix que de lancer un nouvel appel d'offres, ce qui pourrait retarder d'au moins un an la livraison des premières voitures, initialement prévue pour 2012.

La commande triple

Le contrat, qui prévoit la fourniture de 765 voitures avec une option pour 288 voitures supplémentaires, semblait presque dans la poche pour le consortium Alstom-Bombardier qui avait conclu une entente avec la STM au terme de huit mois d'intenses négociations. Mais comme l'appel d'offres initial prévoyait le remplacement de 342 voitures et qu'au fil des mois, la commande était finalement passée à 1053 voitures, la STM se retrouvait dans l'obligation de lancer un avis international pour inciter les concurrents de Bombardier et Alstom à manifester leur intérêt, conformément à la Loi sur les sociétés de transport en commun.

À la suite de l'avis international du 22 janvier dernier, deux entreprises ont manifesté leur intérêt, soit Zhuzhou Electric Locomotive et CAF. La STM a d'emblée rejeté la candidature de la société chinoise, qui proposait des voitures montées sur roues d'acier alors que la société de transport exigeait des voitures sur pneumatiques. Pour sa part, CAF était en mesure de fabriquer des voitures sur pneus, ayant déjà fourni ce type de matériel roulant pour les métros de Mexico et de Santiago, au Chili.

Le constructeur espagnol, dont le carnet de commandes au 31 décembre 2009 s'élevait à 6,58 milliards de dollars canadiens, ne possède pas d'usine au Canada, mais a promis d'effectuer la fabrication et la finition des voitures au Québec si elle obtenait le contrat. Le 7 avril dernier, les dirigeants de CAF avaient même visité l'ancienne usine de Hyundai, à Bromont, ainsi qu'une usine désaffectée de la rue Sherbrooke Est, à Pointe-aux-Trembles.

L'entreprise avait toutefois manifesté une certaine irritation à l'égard de la STM qui, selon elle, réclamait des informations jugées non pertinentes à l'étude de sa proposition. Elle laissait entendre qu'elle doutait de l'intégrité du processus.

Dans l'attente d'une décision concernant CAF, les constructeurs Alstom et Bombardier cachaient mal leur impatience. Le consortium répète depuis le mois de mars qu'il est prêt à entreprendre promptement la réalisation du contrat.

Malgré les retards appréhendés, le lancement d'un nouvel appel d'offres et l'arrivée d'un nouveau concurrent seraient peut-être pour la STM l'occasion d'obtenir un meilleur prix pour le remplacement de son parc vieillissant. La société de transport n'a jamais voulu dévoiler la valeur de l'entente conclue avec Alstom-Bombardier, mais celle-ci pourrait dépasser les 3 milliards de dollars.

Saga sans fin

Le lancement d'un nouvel appel d'offres constituera donc un nouvel épisode dans la rocambolesque saga des voitures du métro. En 2006, le gouvernement du Québec avait autorisé la STM à négocier de gré à gré avec Bombardier, mais Alstom avait contesté ce traitement préférentiel qui, selon le constructeur européen, contrevenait à la loi. En donnant raison à Alstom, le tribunal avait obligé la STM à lancer un appel d'offres public international, ce qui fut fait le 31 juillet 2008. À cette époque, la STM avait aussi communiqué avec CAF et d'autres constructeurs, dont la compagnie japonaise Kawasaki et l'allemande Siemens. Finalement, seuls Bombardier et Alstom avaient signifié leur intérêt en déposant une offre conjointe.

Il a été hier soir impossible d'obtenir les commentaires de la porte-parole de la STM, Odile Paradis.

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