La SEC accuse Goldman Sachs de fraude

Goldman Sachs, dont on voit ici les quartiers généraux à New York, nie avoir fabriqué et vendu des produits financiers extrêmement complexes en sachant très bien qu’ils allaient s’effondrer.
Photo: Agence France-Presse (photo) Mario Tama Goldman Sachs, dont on voit ici les quartiers généraux à New York, nie avoir fabriqué et vendu des produits financiers extrêmement complexes en sachant très bien qu’ils allaient s’effondrer.

En janvier 2007, alors que le consommateur américain n'en finit plus d'acheter des maisons trop cher grâce à des hypothèques réservées aux mauvais dossiers de crédit (les subprimes), un vice-président de Goldman Sachs, Fabrice Tourre, écrit un courriel à un ami.

«L'édifice au complet est sur le point de s'effondrer à tout moment. [...] Le seul survivant, le fabuleux Fab[rice]... debout au milieu de ces produits complexes qu'il a créés sans nécessairement comprendre toutes les conséquences de ces monstruosités!»

Du bonbon pour quiconque a gardé l'oeil sur le nuage de soupçons qui pèse sur Goldman depuis des mois, ce passage, extrait de la page 7 de l'acte d'accusation transmis hier à Goldman Sachs et M. Tourre, résume parfaitement l'arrogance, la cupidité et le détachement que les autorités reprochent à la firme pour son rôle dans la crise financière.

C'est une véritable bombe que la Securities and Exchange Commission (SEC), gendarme des marchés boursiers aux États-Unis, a larguée en affirmant — accusations de fraude sous le bras — que Goldman a fabriqué et vendu des produits financiers extrêmement complexes en sachant très bien qu'ils allaient s'effondrer. Goldman nie tout.

«La SEC accuse Goldman et un de ses vice-présidents d'avoir fraudé les investisseurs en fournissant de l'information trompeuse et en omettant des données clés au sujet d'un produit financier lié aux hypothèques risquées [les subprimes] au moment même où le marché immobilier montrait des signes de faiblesse», a écrit la SEC.

Les accusations donnent des munitions aux démocrates, qui tentent de faire adopter un projet de réforme entourant la réglementation financière.

Faire de l'argent dans les deux sens

Depuis l'an dernier, la raison pour laquelle Goldman est la seule firme new-yorkaise a avoir fait des profits stratosphériques malgré l'effondrement de l'immobilier et de la Bourse a suscité de plus en plus d'intérêt et fait l'objet de multiples reportages.

Ces enquêtes ont relevé que d'un côté, Goldman participait à la création de produits financiers liés au marché hypothécaire. Comme d'autres firmes, elle emballait des milliers d'hypothèques en un seul petit paquet, et saucissonnait la chose en tranches pour les revendre au grand public et à toutes sortes d'établissements, comme des caisses de retraite et des firmes d'investissement. Une partie de ces hypothèques étaient de très mauvaise qualité.

De l'autre, elle pariait secrètement sur le fait que les produits financiers en question — appelés CDO, pour collateralized debt obligation — n'avaient aucune chance de survie. Goldman savait que le contenu était si toxique que l'implosion n'était qu'une question de temps.

L'acte d'accusation de la SEC ne concerne qu'un seul de ces petits paquets. La SEC reproche à Goldman d'avoir caché au public que la confection d'un CDO en particulier — baptisé «Abacus 2007-AC1» — a été faite conjointement avec un fonds de couverture (hedge fund), d'avoir caché que le hedge fund a choisi d'y inclure des actifs toxiques. Et d'avoir caché que ce hedge fund, sachant ce qu'il y avait dans Abacus, plaçait ses pions sur le marché de manière à faire d'énormes profits avec l'effondrement de ce CDO.

Le hedge fund en question n'est nul autre qu'un client de Goldman: Paulson & Co, dont le grand patron, John Paulson, figure régulièrement au palmarès des gestionnaires de fonds les mieux payés au monde. C'est à la demande de Paulson & Co que Goldman a conçu Abacus, ce pour quoi Paulson a payé 15 millions. Lorsqu'Abacus a périclité, Paulson a fait un milliard, selon la SEC.

Selon le New York Times, Goldman aurait agi de la même façon à 25 reprises, permettant à elle et à certains clients triés sur le volet de faire des profits à contre-courant des marchés.

«Le produit était nouveau et complexe, mais la supercherie et les conflits sont vieux et simples, a dit Robert Khuzami, directeur de l'application des lois à la SEC. Goldman a permis à un client qui pariait à contre-courant du marché immobilier d'influencer la composition du portefeuille en question et en même temps disait à d'autres investisseurs que le portefeuille avait été sélectionné par un tiers parti indépendant.»

«La SEC continue d'enquêter sur les pratiques des firmes d'investissement impliquées dans la titrisation de produits financiers complexes liés au marché immobilier alors que ce dernier commençait à vivre des problèmes», a ajouté Kenneth Lench, chef de la division des produits structurés.

«Les accusations de la SEC sont sans fondement en droit et en fait. Nous les contesterons vigoureusement et nous défendrons la firme et sa réputation», a affirmé Goldman dans un bref communiqué.

À la Bourse de New York, l'action de Goldman a perdu 13 % à 160,70 $US.