Michel Nadeau sur la gouvernance des entreprises publiques et privées - Québec a besoin de sociétés d'État autonomes

Le directeur de l’Institut de la gouvernance, Michel Nadeau
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le directeur de l’Institut de la gouvernance, Michel Nadeau

Le Québec inc. a besoin qu'on le défende contre les investisseurs à la recherche de profits vite faits, mais aussi d'institutions publiques fortes à l'abri de la tentation centralisatrice de l'État, estime Michel Nadeau de l'Institut de la gouvernance.

«L'économie québécoise a besoin de sociétés d'État fortes et autonomes. Il faut à tout prix éviter de revivre des expériences comme celle de l'année passée à la Caisse de dépôt où le gouvernement a totalement ignoré le conseil d'administration et a choisi lui-même le nouveau président de l'institution», a-t-il déclaré hier en entretien téléphonique au Devoir quelques minutes après avoir présenté une allocution sur ce thème à la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.

Une fois les grandes orientations décidées par le gouvernement, les conseils d'administration et les dirigeants d'Hydro-Québec, de la Caisse de dépôts et placement, de la Société générale de financement (SGF) ou encore de Loto-Québec devraient avoir toute la liberté d'action nécessaire pour réussir, pense le directeur général l'Institut sur la gouvernance d'organisations privées et publiques (IGOP). Il n'a pas caché son agacement devant les débats soulevés par la rémunération des dirigeants de ces sociétés qui brassent des milliards. «Je ne vois pas vraiment de problème à ce qu'on verse des primes aux dirigeants qui livrent de bons résultats.»

Michel Nadeau voudrait aussi que les conseils d'administration d'hôpitaux, de collèges et d'universités soient principalement composés d'administrateurs compétents, indépendants et rémunérés et qu'ils aient beaucoup plus d'autonomie que maintenant. «Il me semble qu'il est plus que temps que l'on prenne le pari de la décentralisation dans ces domaines.»

Se défendre contre les vautours

Le succès du Québec inc. ne reposera pas seulement sur les grandes sociétés d'État, a-t-il poursuivi. On ne reconnaît pas assez, entre autres, les mérites des sociétés privées et des coopératives.

«Il ne faut pas être naïf» non plus en ce qui concerne les compagnies québécoises inscrites en Bourse, a-t-il déclaré. Elles resteront excessivement vulnérables à des prises de contrôle étrangères ou par des «vautours intéressés seulement par les profits à court terme» à moins que l'on resserre certaines règles.

Michel Nadeau voudrait, entre autres, qu'une action nouvellement acquise ne donne pas de droit de vote avant un an. Il voudrait aussi que l'on réhabilite le recours aux actions à droits de vote multiples à condition qu'il respecte certaines limites. «Si la famille Beaudoin n'avait pas bénéficié d'une telle disposition, il y a longtemps que Bombardier aurait été acheté par un concurrent et que l'on aurait probablement perdu une bonne partie de ses emplois.»
1 commentaire
  • Duarte M. Miranda - Inscrit 20 avril 2010 20 h 42

    Michel Nadeau sur la gouvernance des entreprises publiques et privées - Québec a besoin de sociétés d'État autonomes

    Généralement, je considère les propos et opinions de monsieur Nadeau plutôt justes et réfléchis. Ses interventions, en particulier depuis la mise à jour du cataclysme financier dans lequel certains pans du secteur financier ont failli nous mener, ont même été d'intérêt publique: sans rien pousser sous le tapis, il a su faire appel à la sérénité de tout le monde.

    Dans la situation actuelle, par contre, je crois que monsieur Nadeau fait erreur, tout au moins en partie. Je eme réfère tant au compte rendu de cte article qu'à une entrevue qu'il donnait aussi à Argent/Canoe hier. Il ne peut y avoir d'argument au fait que les objectifs "imposés" à l'ensemble des employés d'Hydro Québec soient "relativement faciles à atteindre dans un contexte de monopole." Il ne faut pas non plus laisser que quelque dirigeant de société d'État qui soit puisse empiéter (ou y porter jugement!) sur le rôle de l'État dans la distribution de ressources financières collectives (e.g. don de 250 000 $ à un collège privé.)

    Là où je rejoins totalement la pensée de monsieur Nadeau, c'est lorsqu'il invite le gouvernement à se tenir lois des nominations des dirigeants de nos entreprises d`État. En démocratie, les politiciens passent, alors qu'en bonne gestion et gouvernance nos entreprises publiques demeurent et doivent bénéficier de stabilité gestionnaire et administrative. Nous sommes privilégiés de pouvoir constater que nos fleurons collectifs sont, de façon générale, administrés par des hommes et des femmes très compétents. Leur compensation, hélas, n'est pas toujours à la hauteur de ce qui a cours dans le secteur privé. Nous n'arriverons, par contre, à trouver un certain équilibre et une certaine équité de ce côté-là – et là est, à mon avis, un élément important du débat -que lorsque nos gouvernants auront trouvé la formule (et le courage de l’imposer!) qui va mettre fin aux abus honteux et scandaleux qui prévalent dans le secteur privé depuis quelques années, particulièrement pour des entreprises cotées en bourse ou qui bénéficient de l’épargne publique ou d’importants appuis financiers gouvernementaux.
    Duarte M. Miranda