Le Brésil, un mastodonte en plein essor

L’ambassadeur du Brésil au Canada, Paulo Cordeiro de Andrade Pinto, a déjà proposé au gouvernement fédéral l’établissement d’un accord Canada-Mercosour.
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir L’ambassadeur du Brésil au Canada, Paulo Cordeiro de Andrade Pinto, a déjà proposé au gouvernement fédéral l’établissement d’un accord Canada-Mercosour.

Cinquième pays du monde par ses dimensions et par sa population, le Brésil a beaucoup diversifié son économie au cours des dernières décennies. Et en raison d'une économie florissante, ce géant de l'Amérique latine est désormais un interlocuteur respecté et écouté sur la scène internationale, en l'occurrence à titre de membre du G20.

Dans le cadre d'un déjeuner-causerie organisé jeudi par le Conseil des relations internationales de Montréal, l'ambassadeur du Brésil au Canada a affirmé que son pays espère réduire les obstacles au commerce et approfondir ses relations avec tous les pays du monde, y compris avec «ses frères» du Canada.

«Le Brésil est un mastodonte qu'on ne regarde pas. Pourtant, ce n'est pas un nouveau venu. Il ressemble à un éléphant qui avance lentement mais sûrement», a lancé d'entrée de jeu Paulo Cordeiro de Andrade Pinto, ambassadeur du Brésil au Canada. «Mon message est que le Brésil n'est pas un pays nouveau, c'est un pays qui est en construction depuis deux cents ans. [...] C'est un pays en évolution et non en révolution. Contrairement à plusieurs autres pays, le Brésil n'a pas choisi la révolution afin d'éviter l'hécatombe sociale.»

L'ambassadeur a rappelé que la taille de l'économie brésilienne a dépassé celle du Canada. Aujourd'hui, elle atteint les 1572 milliards $US, alors que celle du Canada oscille autour de 1510 milliards $US. Toutefois, dans ce pays de 190 millions d'habitants, le revenu par habitant y est cinq ou six fois moindre qu'au Canada. «Contrairement au Canada, le Brésil est un pays déséquilibré, dans le sens où on y trouve un énorme écart entre les classes sociales et entre les diverses régions du pays», a souligné M. Cordeiro de Andrade Pinto.

«Le président Lula a voulu que la richesse soit mieux partagée. La droite et les classes conservatrices ont protesté, mais ses politiques ont abouti à la création d'une énorme classe d'entrepreneurs et d'hommes d'affaires. La classe moyenne représente aujourd'hui plus de

50 % de la population. Les salaires augmentent en raison de la productivité et de l'industrialisation. La classe moyenne s'enrichit donc, ce qui veut dire qu'elle consommera davantage», a indiqué l'ambassadeur, qui a précisé que, dans le creux de la crise en 2009, l'économie brésilienne a connu une très légère décroissance de 0,02 %, mais qu'on prévoit une croissance de 5 % pour 2010.

Les PME prospèrent

Le Brésil se transforme, passant «de la quantité à la qualité». En 1906, il n'y avait qu'une seule université au pays, alors qu'aujourd'hui on en compte 200. Le Brésil investit 1,5 % du PIB dans les sciences et technologies et

5 % dans l'éducation. De la ferme tropicale qu'il était dans les années 1930, le Brésil est désormais devenu un joueur important dans les secteurs industriel et tertiaire. Il continue d'être le plus grand producteur de café du monde, mais cette production ne constitue aujourd'hui que 3 % de son économie. De plus, la découverte en 2008 d'immenses gisements pétroliers ouvre de nouvelles avenues économiques au Brésil, qui est le pays le plus grand et le plus peuplé de l'Amérique latine.

L'ambassadeur a indiqué que son pays souhaitait un «régime beaucoup plus accueillant pour les PME», qui sont en plein essor au Brésil. «Nous croyons que les PME accéléreront la croissance et qu'elles seront bénéfiques pour notre population. [...] Il faut démocratiser l'économie et je crois que le gouvernement canadien pense la même chose. Si c'est le cas, nous encouragerons les PME à entrer dans le marché des uns et des autres», a déclaré M. Cordeiro de Andrade Pinto, après avoir rappelé que de grandes compagnies canadiennes, comme SNC-Lavalin, sont déjà bien installées au Brésil et sont en voie d'acquérir des compagnies brésiliennes. Et inversement, des compagnies brésiliennes, comme la minière Vale, qui a acheté la canadienne Inco, et InBev, qui contrôle aujourd'hui la brasserie Labatt, sont bien implantées au Canada.

Expertise québécoise

En entrevue, l'ambassadeur a aussi énuméré quelques expertises québécoises auxquelles le Brésil pourrait bien avoir recours dans un avenir prochain. «Le Québec est reconnu pour ses technologies de transmission de l'électricité sur de très longues distances. Or le Brésil aura sans doute besoin de l'expertise québécoise en cette matière, car de grands barrages hydroélectriques sont en chantier. Le Brésil poursuit actuellement un programme d'amélioration de son infrastructure de transport [réseau routier, construction de nouveaux ports et aéroports]. Pour ce faire, le pays aura besoin d'experts en gérance de construction, dont le Québec est bien pourvu», a-t-il indiqué.

M. Cordeiro de Andrade Pinto, qui visitait récemment l'École de technologie supérieure (ETS), laquelle se distingue par la recherche appliquée qu'on y mène dans le cadre d'études doctorales et de stages postdoctoraux, s'est dit très intéressé par «cette manière de faire la science et y voit une possibilité de commerce des services du Québec vers le Brésil».

L'ambassadeur a fait savoir que son pays était «prêt et avait même déjà proposé au gouvernement canadien la mise sur pied d'un accord Canada-Mercosur», ainsi que la création d'un forum de dialogue économique entre le Canada et son pays. Malgré quelques différends commerciaux (dont celui entre Bombardier et Embraer) et réglementaires survenus par le passé, le Brésil a surtout beaucoup d'affinités et de ressemblances avec le Canada, a souligné l'ambassadeur.

Le Brésil aura des élections en octobre prochain et le président Lula, qui termine son second mandat avec une popularité atteignant les 80 %, ne sera pas de la course, comme le prévoit la Constitution. Toutefois, tous les candidats qui sont susceptibles de lui succéder ont affirmé qu'ils poursuivront la même approche économique, laquelle a porté ses fruits, a assuré l'ambassadeur.