Total veut conjuguer sables bitumineux et environnement

Le président de Total E&P Canada, Jean-Michel Gires, estime que l’image négative des sables bitumineux est surtout le résultat d’une grande incompréhension.
Photo: - Le Devoir Le président de Total E&P Canada, Jean-Michel Gires, estime que l’image négative des sables bitumineux est surtout le résultat d’une grande incompréhension.
Ce dernier ne nie pas pour autant les conséquences néfastes de cette industrie. «C'est vrai que l'impact environnemental de ce pétrole non conventionnel est plus important que celui du pétrole conventionnel. Il est plus difficile de le sortir du sol, alors on a besoin de consommer davantage d'eau et d'énergie. Et pour les techniques minières, il y a une empreinte au sol qui est plus marquée», explique-t-il, en entrevue au Devoir.

M. Gires estime toutefois que l'image négative de cette énergie fossile est surtout le résultat d'une grande incompréhension. «Je pense qu'il y a beaucoup de confusion entre sables bitumineux et pétrole sale. Personne n'y comprend rien, alors il y a un gros effort d'explication à faire pour parler de la réalité du sujet», ajoute-t-il dans le cadre d'une série de rencontres avec les médias montréalais. Un exercice visiblement destiné à redorer le blason du géant français, qui compte multiplier les investissements dans l'extraction des sables bitumineux albertains.

L'effort de communication des compagnies pétrolières doit selon lui se concentrer sur les façons dont elles comptent diminuer leur empreinte écologique. «Si on veut augmenter la production dans le futur, il faut expliquer notre capacité à améliorer les technologies, à réduire l'impact environnemental et à concilier le développement économique avec les aspects sociaux et environnementaux. Car il n'y a pas de futur de la production des sables bitumineux sans progrès importants dans le domaine de la protection environnementale.» Total, par exemple, cherche des moyens de réduire ses émissions de gaz à effet de serre, de consommer moins d'eau ou encore de réhabiliter les sols une fois l'exploitation des sites terminée. Reste à se fixer des objectifs en ce sens, lorsque les technologies seront au point.

La compagnie pétrolière française semble ainsi vouloir démontrer qu'elle consacre beaucoup d'efforts à améliorer son bilan «vert». Pas étonnant puisque les sables bitumineux ont très mauvaise presse, écologistes et scientifiques ne manquant pas une occasion de rappeler leurs effets désastreux pour la planète, mais aussi pour l'image du Canada à l'étranger. «Il y a des amalgames comme quoi les pétroliers travailleraient n'importe comment et que personne ne surveillerait ce qu'ils font, qu'ils en profitent au maximum, réplique M. Gires. Ce n'est pas du tout la réalité qu'on observe en Alberta.» Selon lui, l'approbation des projets fait au contraire l'objet d'un processus rigoureux.


Investissements colossaux

Derrière les critiques à peine voilées à l'endroit de groupes comme Greenpeace, il y a surtout la volonté de défendre des investissements qui s'annoncent colossaux au cours des prochaines années. Uniquement dans le cas de Total — la sixième entreprise au monde en importance selon le Fortune 500 —, on parle de 15 à 20 milliards de dollars d'ici 10 à 15 ans en Athabasca, et ce, dans le but de produire plus de 250 000 barils par jour.

La multinationale est présente, par l'entremise de sa filiale Total Exploration & Production Canada, dans trois projets d'extraction de sables bitumineux en Alberta, où se trouve la deuxième réserve mondiale d'or noir. Il s'agit d'abord de Surmont, qui produit actuellement 20 000 barils par jour et devrait en produire 110 000 d'ici 2015. Total s'implique aussi dans le projet Joslyn, qui devrait être lancé d'ici deux ans et pourrait produire 200 000 barils par jour. Il y a enfin celui de Northern Lights, pour lequel les études d'avant-projet ne sont pas terminées. On espère en outre exploiter un jour une raffinerie dans la région d'Edmonton.

Le ralentissement économique n'a d'ailleurs pas véritablement freiné les projets de la compagnie pétrolière en sol canadien. «On développe les projets de sables bitumineux pour le long terme, explique M. Gires. Nos objectifs sont plus à l'horizon 2020, et nos projets produiront pendant plusieurs décennies.» Sans s'avancer sur l'évolution du prix du baril, il souligne que Total «voit des tensions sur le marché à long terme», entre une demande qui va continuer de croître dans les marchés émergents et une offre qui risque de s'essouffler dans le pétrole dit traditionnel. «Le développement des sables bitumineux va donc avoir encore plus de sens dans les prochaines décennies», conclut-il.

Jean-Michel Gires met donc en garde contre un resserrement des règles environnementales qui aurait pour effet de «matraquer les sables bitumineux». «Ça ferait flamber les coûts des sables bitumineux canadiens au point de ne plus les rendre compétitifs», juge-t-il. «C'est pour cela qu'on est amené à faire du lobbying, parce qu'on est soucieux d'un certain équilibre», ajoute le dirigeant de Total au Canada. Un «équilibre» que les conservateurs ne semblent pas vouloir remettre en question, selon lui.

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