Première entrevue avec Colin Hunter, président de Sunwing, après l'alliance entre le voyagiste et TUI Travel - De nouveaux horizons à conquérir pour le crooner

Le propriétaire et fondateur de Sunwing Colin Hunter
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Le propriétaire et fondateur de Sunwing Colin Hunter

L'alliance entre Sunwing et le géant mondial TUI Travel Plc est cimentée. La phase du processus de regroupement des activités au Canada est désormais complétée. La consolidation qui en résulte a été bien accueillie dans l'industrie et vient confirmer Sunwing dans son rôle de deuxième voyagiste intégré au pays, tout en lui offrant de nouvelles potentialités à l'international.

Colin Hunter a été rencontré mardi, la veille d'une prestation de deux soirs au Upstairs Jazz Bar and Grill. Le président crooner était accompagné du pianiste Joe Sealy et de trois musiciens montréalais renommés. Sa seconde passion, après celle du voyage, compose un répertoire désormais réparti entre quatre CD, dont le premier, Come Fly with Me, a été lancé en 2003. Un cinquième est en voie d'être complété.

Le propriétaire et fondateur de Sunwing accordait sa première entrevue depuis l'annonce, à la fin de septembre, de la fusion entre Vacances Sunwing et First Choice Canada, comprenant Vacances Signature. Dans ce partenariat stratégique avec le géant mondial TUI Travel, Colin Hunter conserve le contrôle de l'entité née de l'alliance des activités canadiennes avec une participation de 51 %. L'entreprise britannique, qui revendique le premier rang mondial parmi les voyagistes, détient 25 % des droits de vote et 49 % des actions du Groupe de voyage Sunwing.

La transaction a été annoncée à la fin de septembre, mais l'aval réglementaire a été obtenu le 13 janvier. «Le processus de regroupement est complété. Puisqu'on ne couvre pas un exercice complet, des ajustements comptables doivent encore être apportés.» Le portrait final n'est pas encore disponible. Les marques Sunwing et Signature vont cohabiter. «Signature est un nom connu à la grandeur du Canada», a précisé Colin Hunter, qui souligne que Signature demeure unie au transporteur aérien Skyservices en vertu d'une entente de deux ans. «Nous allons honorer ce contrat.»

Dans cette alliance avec TUI Travel, Colin Hunter récupère une entreprise qu'il avait vendue à First Choice en 1995. Au moment de cette vente, le grossiste abritant les Adventure Tours et Sol Vac affichait une liste de 800 000 clients, des revenus bruts de 600 millions et un bénéfice net de 16 millions. Retenant tantôt comme composante aérienne Canada 3000, tantôt Royal puis Skyservices, la marque n'est plus que l'ombre d'elle-même depuis. L'image a pâli, notamment au Québec et à Toronto, et le cumul des pertes atteignait les 60 millions. «Ce n'est pas pareil lorsqu'une entreprise est contrôlée à l'étranger, lorsque la propriété est loin des activités. Le marché canadien est différent de celui en Europe. Il est également différent d'une province à l'autre. Nous observons ici différentes saisonnalités. Tu ne peux gérer cela à partir du Royaume-Uni ou de l'Australie.»

Le contact s'est fait il y a deux ans. «Nous étions à la recherche d'un partenaire stratégique qui nous apporterait la capitalisation nécessaire pour nous permettre de franchir une nouvelle étape dans notre croissance, d'envisager des choix d'appareil tel le 787» et de regarder vers les marchés d'Europe. L'entente avec TUI se voulait un arrimage parfait. «TUI était heureuse de faire cette transaction avec nous. Ils disposaient d'éléments d'actif sous-utilisés et ils étaient soulagés de trouver une solution à leurs activités canadiennes. Ils transforment des activités déficitaires en une compagnie rentable.»

La consolidation a été bien accueillie par l'industrie. Colin Hunter en veut pour preuve le comportement de l'action de Transat. Au moment de l'annonce, fin septembre, l'action classe B de Transat s'échangeait autour de 15 $. Elle a touché un sommet des 52 dernières semaines, à près de 25 $, en janvier, pour se négocier présentement autour de 20 $ (avant la chute de 30 % de jeudi). «Il y a toujours de la place pour la concurrence, pour autant que cette concurrence permette à chacun d'être rentable.» Celui qui préside le conseil d'administration du Groupe de voyage Sunwing pointe, ici, en direction d'Air Canada et de WestJet, ces deux transporteurs réguliers ayant décidé d'ajouter la carte des destinations soleil à leur offre de services. «On ne peut savoir si ces activités sont rentables aux transporteurs réguliers. Leurs résultats financiers sont consolidés, les différents segments ne sont pas comptabilisés distinctement.»

Cette alliance hausse l'offre de Sunwing à 900 000 sièges et ses revenus annuels à 900 millions. Elle accole une valeur marchande de quelque 230 millions à l'entreprise, qui abrite désormais quelque 1200 employés. «Soyons toutefois réalistes. L'apport de Signature, ce ne sera pas 2 + 2 = 4. Ce sera 2 + 2 = 3.» Donc, au final, possiblement davantage 800 000 que 900 000 passagers, contre 600 000 présentement.

S'ajoutent les potentialités. Colin Hunter salue notamment cette association avec la chaîne hôtelière Riu, de grande renommée. «C'est une entreprise familiale, comme nous.» Et l'accès à la composante aérienne de TUI permet à Sunwing d'ouvrir le marché Québec-Europe dès cet été, et ce, dans les deux sens. Sam Char, directeur général de Vacances Sunwing au Québec, a déjà dit de cette transaction qu'«elle nous fait avancer de deux à trois ans sans que le contrôle majoritaire change de mains».

Une croissance que le fondateur qualifie de «surprise bienvenue». Quant à la barre du million de passagers et du milliard comme chiffre d'affaires, il se refuse d'avancer une cible, tout en souriant. Ce ne sera toutefois pas au terme du présent hiver, une saison marquée par une baisse de la demande. Sunwing a réduit ses capacités et abaissé le nombre de ses appareils de 14 à 12 pour répondre à un recul de 10 % de la demande par rapport à l'hiver dernier. «La récession, les pertes d'emploi et l'hiver doux viennent expliquer ce recul», a-t-il énuméré.

Ce ralentissement a cependant épargné les activités au Québec. La capacité offerte au Québec est passée de 185 000 l'hiver dernier à 200 000 cet hiver, et la demande est en hausse entre les deux saisons.

Sunwing en est à sa neuvième année d'activité, à sa quatrième au Québec. Elle aurait souhaité s'installer au Québec plus tôt, mais des délais administratifs dans l'octroi des différentes autorisations ont entraîné des retards. «En rétrospective, ce fut une bonne chose. Ce retard nous a permis de prendre plus de temps pour réunir les bons ingrédients, pour offrir aux Québécois le bon produit au bon moment. Nous copier serait non économique» pour la concurrence, résume-t-il.