Rappels de voitures - Akio Toyoda s'excuse de sa conduite

Akio Toyoda, président de Toyota
Photo: Agence Reuters Jason Reed Akio Toyoda, président de Toyota

Geste sans précédent dans l'histoire du premier constructeur automobile de la planète. Le président de Toyota, Akio Toyoda, a fait le voyage jusqu'à Washington afin de défendre la façon dont son entreprise a réagi aux graves défectuosités qui ont provoqué des dizaines de morts et le rappel de neuf millions de véhicules dans le monde, dont les deux tiers aux États-Unis. Un mea culpa visiblement forcé qui n'a pas semblé convaincre les parlementaires américains, qui ont passé le dirigeant japonais sur le gril.

«Je regrette que cela se soit traduit par les problèmes de sécurité décrits dans les rappels que nous avons effectués, et je suis profondément désolé pour tout accident que des conducteurs de Toyota ont pu subir», a affirmé M. Toyoda, stoïque, dans une allocution prononcée devant la Commission de surveillance et de réforme du Congrès. «Nous allons écouter les plaintes de clients très humblement», a promis du même souffle le petit-fils du fondateur du constructeur automobile.

«Je crains que le rythme auquel nous nous sommes développés ait pu être trop rapide, a également admis M. Toyoda, en lisant un texte destiné à redorer le blason d'un constructeur à l'image durablement écornée. Nos priorités se sont embrouillées et nous n'avons pas pris le temps de réfléchir afin d'apporter les améliorations voulues comme nous le faisions par le passé.»

«Nous partageons entièrement les informations dont nous disposons avec les autorités», a-t-il ajouté, en guise de réponse aux nombreuses informations voulant que Toyota savait, semble-t-il depuis plus d'un an et demi, que les problèmes de pédales d'accélération étaient sérieux et répandus. Les rappels n'ont pourtant été annoncés qu'à partir de l'automne dernier, et ce, au compte-gouttes. Le président de la multinationale a toutefois assuré hier que le constructeur avait tiré des leçons de ses cafouillages et qu'il modifiera la façon dont il gère les plaintes des clients, en demandant notamment davantage leur avis aux utilisateurs et aux experts en sécurité lors d'éventuels rappels de véhicules.

Peu convaincant

Mais l'acte de contrition de M. Toyoda — qui a longtemps refusé d'aller témoigner en sol américain et qui répugne à s'exprimer en anglais malgré ses études dans une prestigieuse école de commerce américaine — n'a pas convaincu démocrates et républicains, qui ont multiplié les questions pendant près de trois heures. Ils ont notamment insisté sur la négligence dont a fait preuve l'entreprise dans toute cette affaire. «Toyota a ignoré ou minimisé les rapports faisant état d'accélérations brusques», a ainsi affirmé d'entrée de jeu le président de la commission, Edolphus Towns.

Il a en outre fait état, à l'instar de plusieurs parlementaires, d'un document interne du géant automobile plutôt incriminant et qui a été coulé à la presse la fin de semaine dernière. Toyota s'y vante d'avoir minimisé l'impact financier de précédents rappels grâce à son bureau de Washington, d'où il peut plaider sa cause auprès des institutions gouvernementales. Dans cette présentation réalisée en juillet 2009 par le président de l'entreprise aux États-Unis, Yoshimi Inaba, on énumère parmi les «gains pour Toyota et le secteur» réalisés grâce au bureau de la capitale américaine: «des rappels à l'issue favorable» et la «garantie de réglementations sur la sécurité favorables à Toyota».

«Culture du secret»

Danny Davis, un représentant démocrate de l'Illinois, a pour sa part insisté sur la «culture du secret» qui semble caractériser le géant de l'automobile. Archétype de la multinationale, Toyota est aussi effectivement l'archétype de l'entreprise nippone, avec des qualités japonaises par excellence comme la culture du consensus, la cohésion interne ou la prudence en matière de finances. Mais aussi des défauts typiquement japonais comme l'opacité, la lenteur à réagir ou l'absence de leader fort, illustrés de façon patente lors de la crise actuelle.

La communication du groupe s'avère effectivement, depuis le début, d'une extrême confusion, le siège de Toyota au Japon démentant parfois ce qui est simultanément annoncé par sa filiale américaine. M. Toyoda a aussi mis près de deux semaines avant de s'exprimer publiquement après l'éclatement de la crise. «Ils ont totalement manqué de sensibilité. Ils n'ont pas réussi à se rendre compte instantanément de ce qui se passait sur les marchés étrangers», résumait récemment un analyste automobile au Tokai Tokyo Research Centre.

Le Congrès américain a ouvert mardi deux jours d'auditions sur les problèmes d'accélération soudaine touchant des modèles du constructeur. Interrogé par la sous-commission d'enquête de la Commission du commerce et de l'énergie de la Chambre des représentants, le p.-d.g. de la filiale américaine de Toyota, James Lentz, a notamment déclaré que les rappels massifs de véhicules de la marque pourraient ne pas résoudre «totalement» les problèmes d'accélération. Il a également présenté à plusieurs reprises des excuses. Reste à voir si les consommateurs vont croire à la sincérité de celles-ci.

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Avec l'Agence France-Presse, Associated Press, CNN et Reuters
1 commentaire
  • Roland Berger - Inscrit 25 février 2010 09 h 39

    À la fois triste et amusant

    Il est à la fois triste et amusant de voir le Congrès américain tomber à bras raccourcis sur Toyota, qui n'a rien fait d'autre que d'imiter la croissance à tout prix à l'américaine qui a fait sombrer les trois grands de l'automobile.
    Roland Berger
    St Thomas, Ontario