La Russie met en service un oléoduc stratégique vers le Pacifique

Lors de l’inauguration des nouvelles installations à Nakhodka, en Extrême-Orient russe, le premier ministre Vladimir Poutine a indiqué que le nouvel oléoduc allait permettre à la Rusie de pénétrer davantage le marché asiatique.
Photo: Agence France-Presse (photo) Alexey Nikolsky Lors de l’inauguration des nouvelles installations à Nakhodka, en Extrême-Orient russe, le premier ministre Vladimir Poutine a indiqué que le nouvel oléoduc allait permettre à la Rusie de pénétrer davantage le marché asiatique.

Moscou — La Russie a mis en service hier le premier tronçon de l'oléoduc Sibérie-Pacifique, partie d'un réseau stratégique de quelque 5000 kilomètres qui va à terme alimenter en brut russe l'Asie, région en forte croissance où la demande en énergie augmente de jour en jour.

Le Premier ministre Vladimir Poutine, qui inaugurait un terminal pétrolier près de Nakhodka, dans la baie de Kozmino (Extrême-Orient russe), a appuyé sur un bouton lançant le chargement en brut d'un tanker, qui devait ensuite faire cap vers Hong Kong, selon des images retransmises par la télévision.

«C'est un projet stratégique qui permettra à la Russie de pénétrer les nouveaux marchés sur le Pacifique et en Asie où elle n'est pas suffisamment présente», a-t-il déclaré, dans des propos mis en ligne sur son site Internet.

Il a aussi salué le travail de Transneft, la compagnie publique en charge du transport du brut russe, pour «avoir réussi tout cela en dépit de la crise économique mondiale». «Je vous félicite, c'est un beau cadeau de Nouvel An pour la Russie», a-t-il dit.

Le terminal pétrolier est le point final de cet oléoduc connu aussi sous l'acronyme russe VSTO, dont seul le premier tronçon a pour l'heure été terminé.


Deux tronçons

Cette première partie, un tube de 2694 km d'une capacité annuelle de 30 millions de tonnes de pétrole, relie Taïchet (Sibérie orientale) à Skovorodino (région de l'Amour, Extrême-Orient russe).

Elle a coûté quelque 12 milliards de dollars, dont 1,5 milliards ont été consacrés à la construction du port.

Un deuxième tronçon de plus de 2000 km doit encore être construit pour relier Skovorodino à la baie de Kozmino. En attendant que ce dernier soit achevé, des trains doivent transporter l'or noir de Skovorodino au terminal, où il doit être chargé à bord de pétroliers.

«Le premier chargement, qui a été chargé aujourd'hui [hier], partira pour Hong Kong», a précisé le président de Transneft, Nikolaï Tokarev, lors de la cérémonie.

Ce responsable avait par ailleurs indiqué la semaine dernière qu'un appel d'offres serait lancé fin 2009 ou début 2010 pour la construction du deuxième tronçon de l'oléoduc.

Transneft et le groupe pétrolier chinois CNPC avaient par ailleurs signé en octobre 2008 un accord pour la construction d'une autre branche vers le nord de la Chine, qui aura ainsi directement accès aux immenses ressources de son voisin.

Ce tronçon de 67 km, de Skovorodino à la frontière chinoise, d'un débit initial de

15 millions de tonnes par an, devrait être mis en exploitation en 2010.

Mais déjà, la première partie du tube offre «de nouvelles options d'exportations et allège considérablement la menace planant sur leur croissance [...] du fait de la congestion du Bosphore», jusqu'à présent point de passage essentiel des pétroliers russes vers les marchés étrangers, souligne dans une note Chris Weafer, économiste de la banque d'investissement moscovite Uralsib.


Toile d'araignée énergétique

L'oléoduc Sibérie-Pacifique est l'un des éléments de la toile d'araignée énergétique tissée par la Russie en direction de l'Asie et du Pacifique, zone où la croissance économique suscite une importante consommation d'énergie, attisant toutes les convoitises.

En février, le géant gazier Gazprom a ainsi inauguré une usine de gaz naturel liquéfié (GNL) sur l'île de Sakhaline, à quelques encablures du Japon. Fin juillet, il a lancé la construction du premier tronçon du gazoduc Sakhaline-Khabarovsk-Vladivostok.