Dubaï en crise - Inquiétude à l'ombre des folies architecturales

Les expatriés constituent, avec la main-d’œuvre étrangère, plus de 80 % des habitants de Dubaï.
Photo: Agence France-Presse (photo) KARIM SAHIB Les expatriés constituent, avec la main-d’œuvre étrangère, plus de 80 % des habitants de Dubaï.

Dubaï — De nombreux expatriés de Dubaï ne cachaient pas hier leur inquiétude pour leur avenir, suscitée par l'annonce-surprise des difficultés financières de l'émirat après des années fastes de mégalomanie architecturale.

Dans la ville-émirat, les rues étaient bondées en ce début de week-end de la fête de l'Aïd al-Adha avec des animations spéciales dans les centres commerciaux, une forte fréquentation des lieux publics et une circulation dense.

Les établissements hôteliers ont fait le plein de clients de la région et d'ailleurs pour le week-end de quatre jours qui a débuté jeudi, au lendemain de l'annonce d'un moratoire de six mois pour les dettes de Dubai World.

Pourtant le c¶ur n'y est pas, notamment parmi les expatriés qui constituent — avec la main-d'¶uvre étrangère — plus de 80 % des 1,7 million d'habitants l'émirat. «La situation était déjà mauvaise et j'ai été licencié cette année en raison de la crise mais là je pense que je vais commencer à faire mes valises pour aller chercher du travail ailleurs», déclare Abdel Halim Ahmad, 50 ans, un commercial syrien du secteur du bâtiment.

L'onde de choc concernant ce large conglomérat — présent notamment dans l'immobilier et la gestion des ports — s'est propagée à travers le monde, les milieux financiers s'inquiétant pour la filiale immobilière Nakheel dont une dette de 3,5 milliards $US arrivait à échéance le 14 décembre.

L'annonce brutale — pourtant précédée par de nombreuses assurances officielles sur la solidité de l'économie locale — est mal digérée par les expatriés. «Les mégaprojets ne seront plus financés même si le gouvernement de Dubaï, grâce à ses revenus propres, ne sera pas affecté en définitive», estime M. Ahmad.

Les projets pharaoniques se sont succédé ces dernières années: Burj Dubai, la plus haute tour au monde avec plus de 800 mètres, construction de trois îles artificielles en forme de palmier, plus grande station de ski couverte au monde...

La réouverture lundi de la Bourse de Dubai est redoutée. Rami Nasser, un directeur commercial libanais de 46 ans, craint de voir la situation «empirer pour la Bourse» mais aussi «l'immobilier et les affaires». La Bourse de Dubaï avait cédé 67 % en 2008, sous l'effet de la crise et plus particulièrement de l'effondrement de l'immobilier, moteur du développement de Dubaï.

«Dubaï s'est employé pendant des années à devenir un centre financier mais je ne suis pas sûr qu'il va retrouver sa réputation et sa stabilité. Peut-être que les grosses compagnies vont partir maintenant», dit M. Nasser.

«Le boom a été trop rapide et sans planification réelle et la contraction a été sévère et rapide», explique l'Anglaise Dawn Evens, à propos du secteur immobilier de Dubaï. Professionnelle du secteur, elle a perdu son emploi il y a huit mois. «Un pays ne peut pas compter seulement sur l'immobilier», dit-elle à propos des mégaprojets, encore annoncés à coups de dizaines de milliards de dollars par Dubaï juste avant le début de la crise l'automne dernier.

«Je pense que les mois à venir seront très difficiles», estime Julien Daim, 46 ans, un homme d'affaires européen se disant heureux pour une seule chose «les prix de l'immobilier vont encore baisser». Après avoir quadruplé en quelques années, les prix de l'immobilier ont dégringolé de 50 % depuis le début de la crise financière et de nombreux projets ont été remisés dans les tiroirs.