Dubaï fait ressurgir le spectre des faillites d'États

Dubai World, le moteur financier de l’Émirat, a prié mercredi ses créditeurs de lui laisser au moins jusqu’au mois de mai pour rembourser ses 60 milliards $US de dettes.
Photo: Agence Reuters Steve Crisp Dubai World, le moteur financier de l’Émirat, a prié mercredi ses créditeurs de lui laisser au moins jusqu’au mois de mai pour rembourser ses 60 milliards $US de dettes.
Dubai World, le moteur financier de l'Émirat, a prié mercredi ses créditeurs de lui laisser au moins jusqu'au mois de mai pour rembourser ses 60 milliards $US de dettes. Le gros de cette somme a été emprunté par sa branche immobilière Nakheel, qui développe des projets tels que l'île en forme de palmier dans le Golfe. En annonçant son souhait de différer le remboursement d'une partie de sa dette, le petit Émirat du Golfe a affolé les marchés qui redoutent une seule et même chose: le défaut de paiement, autrement dit la reconnaissance par un pays qu'il n'honorera pas ses engagements vis-à-vis de ses créanciers.

La banqueroute d'un État n'est pas chose courante. La dernière en date remonte à 2001 lorsque l'Argentine a fait défaut sur sa dette publique externe, créant de graves troubles sociaux et ouvrant une crise dont le pays peine encore à se relever.

Mais avec la récession, ce scénario noir revient en force. Contraints de secourir les contribuables et les banques, les États ont massivement emprunté auprès des marchés pour financer leurs déficits. Selon l'agence Moody's, la dette publique mondiale aura bondi de 45 % entre 2007 et 2010.


En première ligne

Les pays de l'Est sont en première ligne. Après la chute de l'URSS, les capitaux étrangers y ont afflué en masse avant de se retirer au moment de la crise, laissant des économies exsangues. Aujourd'hui, les pays baltes, la Roumanie ou l'Ukraine, par ailleurs en butte à l'instabilité politique, figurent parmi les pays «les plus à risque», selon Juan Carlos Rodado, économiste à Natixis.

Ces pays sont-ils condamnés à la faillite? Jusqu'à présent, le Fonds monétaire international (FMI), dont les ressources ont gonflé à la faveur de la crise, a joué les pompiers — et banquiers — de service. «Mais maintenant que le gros de la crise est passé, le FMI pourrait changer sa politique», le risque de contagion étant pour le moment écarté, estime Agnès Bénassy-Quéré, du Centre d'études prospectives et d'informations internationales .

L'inflexion semble amorcée. Le Fonds a récemment reporté le versement d'une partie de son aide à la Roumanie en raison de l'instabilité politique, et à l'Ukraine, sanctionnée pour ne pas avoir mis en oeuvre les coupes budgétaires réclamées.

Les inquiétudes ne se limitent pas aux pays émergents. Fleuron de la finance et, à ce titre, durement frappée par la récession, l'Islande a dû recourir à un prêt du FMI pour échapper à la faillite. La zone euro n'est pas épargnée. Il y a quelques mois, l'agence Standard and Poor's, qui évalue la capacité d'un emprunteur à rembourser ses dettes, a dégradé la note de l'Espagne et de l'Irlande, en raison du niveau de leurs déficits. La Grèce suscite également des interrogations. Selon l'OCDE, son économie continuera à se contracter en 2010 et sa dette publique atteindra 111,8 % de son PIB.

«Il y a des questions sur la solvabilité mais le risque d'une faillite d'un pays développé est extrêmement faible notamment en zone euro», relativise Isabelle Job, du Crédit Agricole. «On voit mal la Commission refuser d'apporter son aide à un pays membre», ajoute-t-elle.

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