La bataille pour Cossette reprend

Le Groupe Cosmos, piloté par d'anciens dirigeants de Cossette, en a surpris plusieurs en choisissant d'égaler l'offre déposée par la société américaine Mill Road Capital et acceptée par la direction de l'agence. Cette dernière n'a d'ailleurs pas réagi hier, mais les marchés anticipent déjà une surenchère.

Cosmos, qui a fait connaître sa nouvelle offre à 7,87 $ par action en soirée mardi, pourrait même la bonifier une fois qu'il aura eu «accès à toutes les informations non divulguées publiquement que Cossette a rendues disponibles aux autres parties intéressées. [...] Cosmos demeure très intéressé et veut demeurer dans le processus. Il n'est pas question d'abandonner», a d'ailleurs tenu à préciser sa porte-parole, Sylvia Morin.

«Notre décision d'égaler l'offre actuelle démontre notre volonté de poursuivre la démarche d'acquisition de Cossette et notre confiance dans les perspectives futures de la compagnie», a expliqué pour sa part François Duffar, président du conseil et chef de la direction de Cosmos, par voie de communiqué.

Mme Morin voit également mal comment Cossette pourrait refuser l'accès à ses livres à Cosmos, groupe dirigé par M. Duffar, ex-vice-président et ex-président de l'agence, et Georges Morin, ex-vice-président principal. Surtout que la direction de la plus importante agence de publicité de propriété canadienne répète depuis le début de cette saga que son intention est de maximiser la valeur pour les actionnaires de l'entreprise. Or, insiste Mme Morin, «les actionnaires pourraient en sortir gagnants parce qu'ils pourraient recevoir une offre plus généreuse».

Cossette examinera l'offre

Dans un communiqué publié en fin de journée, Cossette a simplement fait savoir qu'elle «examinera l'offre modifiée annoncée». Le conseil d'administration de l'agence décidera par la suite «si des mesures doivent être prises». Il n'a pas été possible de savoir si on donnera à Cosmos accès aux données de l'entreprise.

Si l'offre de Cosmos a été rendue publique en soirée mardi, c'est que le groupe avait jusqu'à cette date pour renchérir sur celle de Mill Road Capital afin de s'assurer de l'appui des deux importants actionnaires qu'il a rallié à sa cause, soit Burgundy et Goodman Beutel. Ainsi Cosmos, les membres de son groupe, ses alliés et les personnes avec qui il a des liens détiennent ou exercent un contrôle sur 18,7 % des actions en circulation de Cossette. Lorsque combinées aux actions déposées dans le cadre des conventions de dépôts, cela représente 37,3 % de toutes les actions.

Cosmos est donc en position de blocage de l'offre de la firme américaine Mill Road, qui doit normalement être approuvée par les deux tiers des voix. La haute direction de Cossette contrôle pour sa part 30 % des actions.

Les marchés anticipent

L'offre de Mill Road à 7,87 $ l'action — soit 131,5 millions pour le tout — pourrait donc être revue à la hausse dans les prochains jours. Déjà hier, l'annonce de la nouvelle offre de Cosmos a fait passer le titre à 8,00 $ à la Bourse de Toronto, les marchés anticipant le dépôt prochain d'une mise plus élevée pour les titres de Cossette. Il s'agit d'une hausse de 20 ¢ par rapport au cours de clôture de la veille.

L'analyste Adam Shine, de la Banque Nationale, croit d'ailleurs dorénavant que la transaction se concrétisera à plus de 7,87 $ par action. «Il est dans le meilleur intérêt des investisseurs que Cossette permette à Cosmos de prendre connaissance de ces informations pour lui donner l'occasion de formuler une offre plus élevée», a-t-il indiqué dans une note rendue publique hier.

M. Shine estime aussi que cette décision de Cosmos témoigne de son «désir intense» d'acquérir Cossette. «En d'autres mots, Cosmos n'a pas l'intention de disparaître», a-t-il ajouté.

Frank Palmer, le président et chef de la direction de l'agence de publicité et communications DDB Canada, croit pour sa part que Cossette pourrait profiter de l'expertise de Cosmos et de sa connaissance du milieu de la publicité. «Si Cosmos l'achète, je pense que ce sera nettement meilleur pour la compagnie et ses clients, a-t-il expliqué depuis Vancouver. C'est meilleur pour tout le monde d'être acheté par une entreprise qui comprend le milieu en général.»

La direction de Cossette a répété à plusieurs reprises que les propositions successives présentées par le Groupe Cosmos étaient «opportunistes» et ne représentaient pas «la véritable valeur de l'entreprise». La proposition hostile déposée par Cosmos le 20 juillet — celle qui a lancé la saga de la vente de Cossette — s'élevait à 4,95 $ par action.

La volonté de Cosmos de racheter l'entreprise découlerait d'une mésentente quant à la gestion de celle-ci. Une mésentente qui aurait mené au départ de MM. Duffar et Morin. L'agence a également perdu des contrats importants — dont Bell, Molson et le Groupe Pages jaunes —, en plus de devoir affronter une crise économique profonde et d'assister à la diminution de la diffusion publicitaire dans les médias traditionnels.