Factures salées pour les Canadiens

Au Canada, une consommation dite moyenne de communications mobiles coûte 200 $, soit quatre fois plus qu’au Danemark.
Photo: Agence Reuters Au Canada, une consommation dite moyenne de communications mobiles coûte 200 $, soit quatre fois plus qu’au Danemark.
Le recul canadien en matière de technologie de l'information se confirme... par les chiffres. L'an dernier, la facture des consommateurs d'ici pour transmettre voix et données par cellulaire a été l'une des plus salées du club des 30 pays membres de l'organisme international.

Pis, il leur a fallu également payer 55 fois plus cher que les Japonais pour naviguer à haute vitesse sur la Toile, indique la plus récente analyse comparative portant sur les coûts et la pénétration des technologies au sein de l'OCDE. Le document a été rendu public hier.

En matière de communications mobiles, le Danemark fait aujourd'hui figure de modèle sur la scène internationale. Une consommation annuelle dite moyenne (six heures d'appels, 396 messages textes et huit messages multimédias) y coûtait en 2008 un peu plus de 50 $US. Au Canada, il en coûtait 200 $ en moyenne, soit quatre fois plus, pour une utilisation identique.

Autre constat, les inconditionnels du cellulaire gagneraient à déménager aux Pays-Bas, où les accros aux échanges en mode nomade ont versé 131 $ pour 780 heures de bla-bla, 600 textos et huit documents multimédias. C'est, là encore, quatre fois moins cher qu'au Canada, où, pour la même consommation, il fallait payer l'an dernier plus de... 500 $, plaçant le pays en queue de peloton, aux côtés de l'Espagne et des États-Unis, indique le rapport de l'OCDE.

Retard désolant

Outre les Pays-Bas, la Scandinavie dans son ensemble, tout comme la Pologne, la Hongrie, le Portugal et le Mexique, offre aujourd'hui à ses habitants des tarifs de téléphonie sans fil à des prix moindres qu'au Canada.

«On ne s'étonne pas d'assister à une telle chute du Canada en matière de coût de la technologie, mais on s'en désole, a commenté hier Patricia Tessier, vice-présidente du marketing chez Sun Media et militante active dans le cyberespace depuis quelques années pour un renouveau technologique canadien. Nous avons déjà été premiers de classe, mais là, c'est terminé. Les prix chutent partout ailleurs sauf ici en raison du manque de concurrence sur le marché de la téléphonie et même de l'accès à Internet. Et le consommateur ne semble pas trop s'en préoccuper.»

Pourtant, en 2008, un megabit par seconde — la mesure de base de la vitesse de transfert des données pour Internet — coûtait en moyenne au Canada 4 $. Contre... 0,07 $ au Japon, 0,25 $ en France et 0,34 $ en Corée du Sud. C'est entre 11 et 55 fois plus que chez ces meilleurs élèves de l'OCDE en la matière, ce qui place désormais le Canada au bas de la liste, juste avant la Turquie et le Mexique.

«Tout ça confirme l'impression générale que l'on a dans l'industrie: le Canada est désormais dans le Tiers-Monde technologique, a résumé hier Sylvain Carle, responsable du dossier Internet à l'Alliance numérique, un groupe de pression du secteur des communications. Mais pour le moment, nous ne sentons pas de mouvement important qui cherche à renverser la vapeur, ce qui est certainement encore plus inquiétant.»

Depuis plusieurs mois, la débâcle technologique du Canada anime de vifs débats sur Internet, où quelques groupes de pression déplorent le manque d'empressement des gouvernements à remédier sérieusement à la situation. En moins de 10 ans, le pays est en effet passé de leader au dernier rang en matière de coût des communications par Internet ou sans fil, mais aussi d'infrastructure. Une situation qui risque, estiment plusieurs observateurs, de nuire autant au développement de nouveaux contenus qu'à la capacité technologique du Canada à mondialiser son savoir.

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