Hydro maintient le cap sur la croissance

La baisse actuelle de la demande qui amène Hydro-Québec à ajuster en conséquence ses prévisions de ventes d'électricité ne modifie en aucune façon sa perspective de forte croissance à long terme. Son plan stratégique 2009-2013, dévoilé hier, prévoit des investissements de 25 milliards de dollars au cours des cinq prochaines années.

«Hydro-Québec poursuivra le développement des grands projets hydroélectriques, avec des projets comme Romaine et Petit-Mécalina, en plus d'intégrer 4000 MW de production éolienne au réseau. Des investissements importants sont prévus sur les réseaux de transport et de distribution d'électricité. La technologie des réseaux évoluera considérablement au cours des années qui viennent», déclare Thierry Vandal, président-directeur général de la société d'État. Ce plan stratégique déjà remis au gouvernement sera présenté et discuté en commission parlementaire l'automne prochain.

À ceux qui soutiennent que les surplus actuels d'énergie pourraient coûter cher aux consommateurs, M. Vandal exprime son désaccord complet en répondant que «ces surplus sont gérés par Hydro-Québec cette année et l'an prochain sans qu'il y ait d'incidence importante sur les clients». Il en veut pour preuve le fait qu'au premier avril 2001 la hausse des tarifs sera de 0,2 %, en comparaison d'une hausse de 1,2 % en avril dernier. Il répond que le coût de ne pas recourir à l'énergie qui proviendrait de l'usine au gaz naturel de Bécancour est de loin inférieur à 250 millions, et que ce coût est inclus dans les tarifs actuels, tout comme il le sera en 2010. Serait-il rentable de faire produire cette centrale pour en exporter la production? Non, répond le p-d.g., satisfait d'une gestion qui dans ce cas permet d'éviter les coûts variables. Il précise que chaque année Hydro-Québec soumet à la régie de l'énergie son évaluation des besoins énergétiques. «En 2005, on nous reprochait de sous-évaluer les besoins, mais c'est facile après coup», ajoute-t-il, en notant que la baisse des besoins actuels découle essentiellement du ralentissement industriel, particulièrement des secteurs des pâtes et papiers et des alumineries.

En revanche, le plan stratégique divulgué hier met nettement le cap sur la croissance. M. Vandal ne voit aucune contradiction avec la situation présente, puisque la production qui découlera des investissements en cours et futurs n'arrivera qu'en 2014, dans le cas des installations de la Romaine, et plus tard pour les autres projets.

Selon le plan, la société d'État prévoit augmenter ses tarifs de 1,5 % en 2011 et de 2,5 % par année en 2012 et 2013. Son bénéfice net devrait atteindre 2,7 milliards cette année et se stabiliser à 2,4 milliards au cours des quatre exercices financiers suivants. Cependant, les redevances hydrauliques payées au gouvernement passeront de 563 millions à 642 millions en 2013. Les dividendes versés au gouvernement seront de 2,25 milliards cette année, pour diminuer progressivement jusqu'à 1,6 milliard en 2013.

Hydro-Québec prévoit atteindre ses objectifs d'efficacité énergétique de 11 milliards de kWh en 2015. Sur les 25 milliards d'investissements, 10,4 milliards serviront à augmenter la capacité de production hydroélectrique de 1000 MW d'ici 2013, avec la réalisation du projet Eastmain-Sarcelle-Rupert. Celui de la Romaine aura ajouté 1550 MW en 2020. Hydro-Québec Production compte élaborer un portefeuille de 3500 MW dans le cadre du Plan nord du gouvernement libéral, dont 3000 MW dans des projets hydroélectriques majeurs, qui seront présentés dans un prochain plan stratégique, c'est-à-dire pas avant 2014.

Réactions politiques

Cette dernière information a fait réagir Sylvain Gaudreau, député de Jonquière et porte-parole de l'opposition officielle en énergie. Selon lui, «on est loin du grand bâtisseur que prétend être Jean Charest». M. Gaudreau voit une mise en veilleuse de ce projet qui s'explique par l'élection de Barack Obama, lequel privilégie les énergies renouvelables, dont l'hydroélectricité ne fait pas partie, aux yeux des Américains. Le député péquiste reproche à Hydro-Québec de rater l'occasion de se positionner comme un leader important en énergie renouvelable, alors qu'il aurait tous les outils pour le faire. Enfin, il déplore que la société d'État n'ait pas comparu devant une commission parlementaire depuis deux ans, en raison de la tenue de deux élections.

Nathalie Normandeau, ministre des Ressources naturelles et de la Faune, ainsi que ministre responsable du Plan nord, a fait savoir que «le plan [celui d'Hydro] serait examiné de façon rigoureuse en commission parlementaire l'automne prochain, pour s'assurer qu'il sera adapté au contexte économique actuel, en intégrant les nouvelles possibilités d'affaires, notamment les exportations d'électricité additionnelle aux États-Unis». La ministre parle aussi du Plan nord en disant ceci: «Nous nous assurerons que ce plan stratégique permette de poser de nombreux gestes concrets favorisant la mise en oeuvre du Plan nord.»

Pour revenir aux investissements d'Hydro, la division TransÉnergie prévoit investir 7,8 milliards dans l'intégration de nouvelles capacités éoliennes, dans la pérennité du réseau de transport et dans l'ajout d'une interconnexion avec la Nouvelle-Angleterre. En 2015, près de 4000 éoliennes seront disponibles.

La division Distribution entend investir 6,2 milliards d'ici à 2014 dans l'amélioration de son réseau. Une part de 1,7 milliard ira au plan global en efficacité énergétique. D'ailleurs, le distributeur a présenté hier à la régie de l'énergie sa demande d'ajustement de tarif de 0,2 % en avril 2010, ce qui représente pour une maison moyenne une augmentation inférieure à 5 $ par année.