Vers un Starbucks syndiqué à Québec

Simon Gosselin et Dominic Dupont, deux employés d’un café Starbucks de Québec. «Les employeurs ne nous considèrent pas comme des êtres humains, ils nous considèrent comme une ressource qu’ils peuvent utiliser, un peu comme le café qu’ils ve
Photo: La Presse canadienne (photo) Simon Gosselin et Dominic Dupont, deux employés d’un café Starbucks de Québec. «Les employeurs ne nous considèrent pas comme des êtres humains, ils nous considèrent comme une ressource qu’ils peuvent utiliser, un peu comme le café qu’ils ve

Québec — Des employés d'un Starbucks de Québec, opposés à de nouvelles conditions de travail qui entrent en conflit avec leur horaire scolaire, ont déposé cette semaine une demande d'accréditation qui pourrait faire d'eux les premiers syndiqués de la multinationale du café dans la province.

Simon Gosselin a déclaré hier que l'exigence d'un seuil de 24 heures travaillées chaque semaine était irréaliste, compte tenu qu'une majorité d'employés de la succursale de Sainte-Foy sont aussi étudiants.

Lors d'une conférence de presse, M. Gosselin a affirmé que ce changement, qui doit entrer en vigueur le mois prochain, laisse certains employés devant le choix d'être rétrogradés ou de se chercher un autre emploi, ce qu'il associe à un congédiement illégal.

«On est tous pour la plupart des étudiants à l'Université Laval et on trouve que c'est irréaliste de travailler un minimum de 24 heures en même temps que les études», a-t-il dit.

Selon M. Gosselin, qui étudie en relations industrielles et travaille pour Starbucks depuis plus d'un an, l'entreprise est restée inflexible malgré les demandes des employés, qui préféreraient des horaires variables.

«Les employeurs ne nous considèrent pas comme des êtres humains, ils nous considèrent comme une ressource qu'ils peuvent utiliser, un peu comme le café qu'ils vendent, a-t-il dit. [...] Ils sont restés fermement campés sur leur position.»

Devant cette impasse, neuf des 15 employés de la succursale se sont prononcés pour une demande d'accréditation syndicale, qui a été déposée lundi à la Commission des relations de travail (CRT), a indiqué M. Gosselin.

Liberté de choix

Hier, Starbucks a affirmé que sa seule autre succursale syndiquée était à Regina, en Saskatchewan, et qu'aucun autre des établissements exploités directement par la multinationale ne l'était.

L'entreprise n'a cependant pas été en mesure de préciser si des magasins détenus par des exploitants franchisés sont syndiqués.

«Nous sommes fiers du caractère ouvert et direct des relations que nous entretenons avec nos partenaires, car elles nous ont permis de collaborer et de résoudre des problèmes reliés au milieu de travail, a indiqué l'entreprise. En même temps, nous respectons leur liberté de choix et nous nous conformons aux lois et règlements du travail, y compris ceux destinés à organiser les activités.»

Claude Métivier, de la CRT, a confirmé hier la réception de la demande d'accréditation et indiqué que l'employeur dispose de 15 jours pour déposer une contestation, qui devrait ensuite être débattue devant un commissaire du travail.

Autrement, l'organisme gouvernemental traite ce genre de demande en moins de deux mois dans la plupart des cas, à la suite de vérifications de la part d'un agent de la commission.

«Si à la suite de ses vérifications l'agent constate que le syndicat détient une majorité parmi les salariés, à ce moment-là il a le pouvoir d'accréditer le syndicat», a-t-il dit.

Une percée

En plus de faire d'eux les premiers syndiqués de Starbucks au Québec, cette demande pourrait aussi permettre aux International Workers of the World (IWW), auxquels ils seraient affiliés, de faire une première percée dans la province.

Ce syndicat militant, où les permanents ne sont pas rémunérés et les cotisations syndicales fixées à neuf dollars par mois, est plus accessible aux travailleurs qui touchent le salaire minimum, a déclaré Andrew Fletcher, un des représentants de l'IWW au Québec.

«Le but, pour nous, n'est pas de ramasser de l'argent, mais c'est important que les travailleurs soient indépendants financièrement», a-t-il dit.

M. Gosselin a affirmé que lors de discussions informelles, des représentants des grandes centrales syndicales québécoises avaient laissé entendre que ce type de commerces, où les salariés sont peu nombreux, engendraient des coûts trop importants.

«Ils nous disaient: "Vous êtes un petit nombre d'employés, avec des salaires peu élevés. Pour nous, vous représenter entraîne plus de coûts que de revenus"», a-t-il dit.

Mis au courant de la conférence de presse, le président du conseil régional de la Fédération des travailleurs du Québec dans Chaudière-Appalaches s'est présenté sur place afin d'assurer que sa centrale était prête à accueillir à bras ouverts la démarche des employés de Starbucks.

Mais Claude Maltais a affirmé que le taux de roulement du personnel rend difficile le maintient des accréditations dans ce type de commerce.

«Beaucoup d'efforts sont faits pour syndiquer les gens de la restauration, les petits groupes, a-t-il dit. Mais ce n'est pas facile, c'est souvent des gens à temps partiel et à statut précaire. Ça tourne beaucoup.»