Portrait - La roue tourne pour Pneus Ratté

Stéphane Ratté est l’actuel président de l’entreprise familiale Pneus Ratté, qu’il possède à égalité de parts avec sa soeur Charlyne.
Photo: Jacques Grenier Stéphane Ratté est l’actuel président de l’entreprise familiale Pneus Ratté, qu’il possède à égalité de parts avec sa soeur Charlyne.

Les entreprises qui survivent jusqu'à la quatrième génération sont fort peu nombreuses, encore moins celles qui demeurent de petites entreprises. Mais une PME qui a fait vivre quatre générations d'une même famille dans le commerce du pneu, il n'y en a probablement qu'une seule, et c'est Pneus Ratté.

En mai 1934, il y a précisément 75 ans, Adrien Ratté ouvrait un magasin de pneus sur le boulevard Charest à Québec. Les changements de pneus se faisaient à l'époque tout simplement dans la rue, en face du magasin. Puis, l'éclatement de la Seconde Guerre mondiale en 1939 entraîna un rationnement de plusieurs produits, dont le caoutchouc et les pneus. Adrien se rendit donc en Floride pour acheter les moules et l'équipement de rechapage, une innovation technologique pour l'époque. Au plus fort de la production, il manufacturait plus de 12 000 pneus par année, devenant le plus important atelier de rechapage au Québec. La deuxième génération a repris l'entreprise en 1955 et la troisième, en 1978.

Celle-ci a eu une influence significative sur l'évolution du commerce de pneus au Québec, grâce à la vision de Claude Ratté, laissé seul au gouvernail à la suite du décès accidentel de son frère Jacques. Avec quelques autres vendeurs de pneus, il a contribué à la création d'une coopérative d'achat qui compte aujourd'hui 85 membres sociétaires et qui est propriétaire d'une enseigne, Unipneu, qui compte 132 magasins au Québec. Unipneu détient une part de marché des pneus d'autos et de camionnettes de 38 %, ce qui n'est pas rien dans un marché qui devrait atteindre le milliard dans quelques années. Unipneu devance Canadian Tire, dont la part de marché serait de 18 % au Québec (plus de 22 % au Canada). Les grandes surfaces comme Wal-Mart, Cotsco, etc. auraient 16 %. Unipneu pense pouvoir augmenter sa part de marché à 40 % l'an prochain, tant par la croissance naturelle que par le recrutement de nouveaux membres. Mais d'ores et déjà, les fabricants de pneus doivent passer par Unipneu s'ils veulent connaître un grand succès auprès des automobilistes du Québec.

Claude Ratté est aussi celui qui a donné à la PME familiale un mandat de distribution en 1992. Le rechapage était en déclin et il y avait de plus en plus de dimensions différentes de pneus. En plus de faire partie d'Unipneu, il s'est fait distributeur auprès des garages qui n'étaient pas membres de la coopérative, dont des concessionnaires d'autos. En 1995, il a ajouté le service de mécanique générale pour les dessous d'auto, parallélisme des roues, suspension, etc. Il y a eu aussi au fil du temps des déménagements et des acquisitions. Puis, en 2000, 2,6 millions ont été investis dans un grand virage. «Ce n'est pas vrai que ça pue et que c'est sale dans un garage», s'est-il dit. Pour les clients en attente, il a aménagé un restaurant, des postes Internet, une console de jeux vidéo. Très rapidement, le chiffre d'affaires a doublé. En 2001, il a sauté sur une occasion d'achat d'un commerce de pneus de Grand-Mère.

Les pneus d'hiver

En 2003, la quatrième génération a pris les commandes et a poursuivi les acquisitions dans la région de Québec. La PME a maintenant un chiffre d'affaires de plus de 30 millions, soit la vente de 200 000 à 300 000 pneus par année. Évidemment, l'adoption d'une loi à l'Assemblée nationale obligeant les automobilistes à rouler avec des pneus d'hiver entre le 15 décembre et le 15 mars a eu un impact sur les ventes, mais variable selon les régions. Avant la loi, au moins 92 % des autos utilisaient les pneus d'hiver dans la région de Québec, comparativement à 70 % dans la région de Montréal. La loi a fait augmenter les ventes d'environ 8 % à Québec et de 30 % à Montréal.

Stéphane Ratté, l'actuel président de l'entreprise familiale, qu'il possède à égalité de parts avec sa soeur Charlyne, constate qu'il y a eu une énorme évolution dans l'industrie du pneu depuis 1934. En 1950, il n'y avait que trois dimensions de pneus, alors qu'il y en a maintenant plus de 8000 sur le marché. Cela force les vendeurs de pneus à conserver des quantités de pneus importantes en stock, 150 000 dans le cas de Pneus Ratté. On constate que le profil du pneu change; alors que la roue s'agrandit, le pneu devient plus petit. L'indice de vitesse du pneu a augmenté de 160 km à 210 km. Cet indice de durée est établi sur la vitesse qui pourrait être maintenue pendant toute la vie d'un pneu, ce qui implique une gomme plus adhérente et une carcasse (de pneu) plus solide. Bien sûr, cela a une répercussion sur le prix des pneus, particulièrement pour les voitures les plus populaires, comme Honda Civic et Toyota Corolla. En 2000, l'achat de quatre pneus coûtait 450 $; il a augmenté à 800 $ en 2009. Comme il n'y a aucune école du pneu, Pneus Ratté doit former ses employés à partir des informations fournies par le fabricant et aussi transmettre aux clients ce qu'il faut savoir sur les pneus.

Selon des statistiques de 2003, le marché mondial du pneu (y compris les autos, les camions et autres véhicules) était de 70 milliards $US. Les trois principaux fabricants étaient et sont encore la société française Michelin, qui possède aussi les marques BF Goodrich, Uniroyal et quelques autres, Bridgestone, qui appartient à des intérêts japonais, et Goodyear, une propriété américaine. Chacun de ces trois groupes a une part de marché de près de 20 %. Il y a dans cette industrie plusieurs autres noms connus, comme Pirelli, Yokohama et Toyo.