AbitibiBowater annonce un plan de recapitalisation - La forestière vend à Hydro-Québec la centrale Manicouagan

AbitibiBowater a signé un accord de principe avec Hydro-Québec pour la vente de sa participation de 60 % à un prix de 615 millions $CAN dans une installation hydroélectrique qu'elle détient en partenariat avec Alcoa. La conclusion de cette transaction devient par ailleurs une condition essentielle pour la réalisation d'un vaste projet de restructuration globale qui aurait pour effet une réduction de 2,4 milliards $US de la dette nette de cette immense société papetière qui connaît de très sérieux problèmes financiers.

La mise en oeuvre de la restructuration du capital est prévue d'ici le début de mai 2009. Toutefois, l'urgence est telle que dans le cadre de cette restructuration, AbitibiBowater prévoit émettre des actions ordinaires et des bons de souscription convertibles en actions ordinaires qui, après dilution, constitueront plus de 90 % des actions ordinaires actuellement en circulation. Aussi bien dire que les détenteurs actuels d'actions ordinaires vont être relégués au rang d'investisseurs marginaux à la suite d'une restructuration de cette ampleur. Pour que cette restructuration soit dûment établie, AbitibiBowater demandera à la Chambre commerciale de la Cour supérieure du Québec à Montréal de rendre une ordonnance provisoire en vertu de la loi canadienne des sociétés par action, pour la convocation d'assemblées des prêteurs et de porteurs de billets touchés.

Normalement, une transformation aussi majeure exigerait d'abord l'accord des actionnaires actuels, mais le conseil d'administration et le comité de vérification ont établi que s'il fallait attendre leur approbation, les délais qui en découleraient «compromettraient sérieusement la viabilité financière d'AbitibiBowater, étant donné les échéances des titres de créance et les contraintes importantes sur la liquidité d'Abitibi-Consolidated, et la situation actuelle des marchés financiers et du crédit». En conséquence, conformément à la dispense prévue par la politique d'approbation des actionnaires de la Bourse de New York, le conseil d'administration et le comité de vérification d'AbitibiBowater ont décidé de recourir à cette dispense, ce qui a été accepté par la Bourse de New York.

Même si Abitibi-Consolidated et Bowater ont fusionné, il y a près de 18 mois, les deux entités ont continué d'exister séparément en ce qui concerne les états financiers. À ce jour, les porteurs de billets détenant des billets d'Abitibi, et non pas de Bowater ou d'AbitibiBowater, pour un capital de plus d'un milliard, soit environ 34 % du total en circulation, ont convenu de voter en faveur de la restructuration. AbitibiBowater entend solliciter le soutien d'autres porteurs de billets, de ses porteurs de billets garantis et de ses prêteurs, en ce qui concerne la restructuration.

Si la restructuration du capital avait lieu au début de mai prochain, comme cela est demandé par le conseil d'administration, la dette nette serait réduite de 2,4 milliards, les frais d'intérêts annuels seraient réduits de 162 millions. Il y aurait 350 millions de nouveaux fonds qui seraient réunis avec une nouvelle dette ne venant pas à échéance avant 2014. Ce serait le statu quo pour les employés, les créanciers commerciaux et les clients, en ce sens que la restructuration serait sans effet sur les obligations envers les créanciers commerciaux et les employés, y compris les régimes de pension et d'avantages sociaux de la société, et pour eux comme pour les clients, elle assurerait la continuité des activités. Pour ce qui est du prêt à terme venant à échéance à la fin de ce mois, le plan de restructuration prévoit que les intérêts courus et impayés seront payés au comptant et une tranche du capital sera remboursée, ce qui ramènera le capital impayé à 200 millions, dont la date d'échéance sera reportée au 30 mars 2012.

L'entente avec Hydro-Québec

AbitibiBowater et Hydro-Québec disent s'être engagés à respecter un échéancier accéléré pour en arriver à une entente finale. Pour l'instant, une vérification diligente de l'installation hydroélectrique est en cours. Il s'agit en fait d'un barrage et d'une centrale qui ont été construits en 1949 et qui sont situés tout près de l'embouchure de la rivière Manicouagan, à proximité d'ailleurs d'une centrale jumelle qui, elle, appartient déjà à la société d'État. La centrale dont 60 % est mise en vente à une capacité de production de 335 MW. Elle alimente en électricité l'usine de pâte thermo-mécanique que possède AbitibiBowater à Baie-Comeau et qui emploie 550 personnes. L'entente de principe annoncée hier contient d'ailleurs une convention d'alimentation électrique à long terme au tarif «L».

Pour sa part, l'entreprise considère cette usine comme étant stratégique pour son avenir. Celle-ci exporte présentement près de 80 % de sa production ailleurs qu'en Amérique du Nord, soit en Europe de l'Est, en Asie et en Amérique du Sud. L'objectif est d'en arriver à exporter 100 % de sa production lorsqu'un entrepôt sera construit à proximité du port. L'apport en énergie est important, mais le port de mer l'est tout autant. La compagnie, qui a déjà apporté plusieurs améliorations à cette usine, s'engage à faire d'autres investissements de l'ordre de 100 millions. Un groupe de travail a été formé pour se pencher sur les projets d'amélioration à apporter aux installations. AbitibiBowater possède d'autres actifs hydroélectriques au Saguenay d'une capacité installée de 162,5 MW, dont elle n'a pas l'intention de se départir, dit-on. En tout cas, il n'y a aucune discussion à ce sujet présentement, affirme Pierre Choquette, dont la fonction dans l'entreprise est d'être directeur des relations gouvernementales pour le Québec.

Rien ne garantit que cette entente de principe mènera à une transaction, mais il y a de fortes probabilités qu'elle y conduira. «Cette opération est une étape clé du plan global d'AbitibiBowater visant à garantir plus de liquidité et de souplesse financière», déclare David Paterson, président et chef de la direction, dans le communiqué émis hier. Pourtant, il y a quatre jours à peine, il affirmait devant le Cercle canadien de Montréal qu'il n'y avait aucun lien entre la vente d'actifs et le refinancement d'une dette venant à échéance le 31 mars, ce qui était de sa part, pourrait-on dire, jouer sur les mots, car la restructuration du capital annoncée hier est beaucoup plus globale.