Restructuration des PCAA - Crawford donne le crédit à Rousseau

«Je veux simplement témoigner du rôle crucial qu’a joué Henri-Paul Rousseau. Tout le crédit du succès de l’opération lui revient», a déclaré Purdy Crawford au cours d’un entretien au Devoir.
Photo: Pascal Ratthé «Je veux simplement témoigner du rôle crucial qu’a joué Henri-Paul Rousseau. Tout le crédit du succès de l’opération lui revient», a déclaré Purdy Crawford au cours d’un entretien au Devoir.

Purdy Crawford ne veut pas s'immiscer dans le débat qui fait rage présentement au Québec autour de la Caisse de dépôt et placement du Québec. Mais l'influent avocat, qui a présidé la délicate opération de restructuration des papiers commerciaux adossés à des actifs (PCAA), a voulu témoigner, hier, du rôle crucial et rassembleur qu'a joué l'ex-président de la Caisse, Henri-Paul Rousseau, afin d'éviter l'effondrement de ces titres. Il y avait pour 32 milliards de dollars en jeu.

Purdy Crawford ne peut s'empêcher de réagir aux propos sur la Caisse de dépôt qui lui viennent de Québec. Et cette incompréhension entourant les PCAA et l'efficacité du rôle joué par Henri-Paul Rousseau qui a permis d'éviter l'effondrement de ces titres le fait sursauter. Celui qui a piloté avec succès la plus grosse opération de restructuration financière de l'histoire canadienne attribue tout le crédit à l'ex-président de la Caisse. Et l'avocat réitère que plus de 90 % des sommes en jeu seront récupérées.

«Je n'ai pas à commenter le poids ou l'exposition de la Caisse de dépôt dans les PCAA. Je veux simplement témoigner du rôle crucial qu'a joué Henri-Paul Rousseau. Tout le crédit du succès de l'opération lui revient», a déclaré, d'entrée de jeu, Purdy Crawford au cours d'un entretien au Devoir. Le célèbre avocat s'est vu confier la présidence du comité pancanadien des investisseurs de PCAA en vue de piloter le processus de restructuration de ces titres et leur transformation en titres de plus long terme. Ce mandat lui a valu le titre de Personnalité la plus influente en 2008 selon The Canadian Investment Awards.

Ce vaste et complexe chantier, lancé en août 2007 dans la foulée de l'éclatement de la bulle des subprimes aux États-Unis, s'est terminé en janvier dernier, avec l'assentiment de la cour. Mais hier encore, le comité des investisseurs s'est réuni afin de peaufiner les derniers détails. «Ce sont des titres de qualité. Je réitère qu'à terme, plus de 90 % des sommes en jeu seront récupérées.»

Purdy Crawford a été invité par Henri-Paul Rousseau à présider le comité en août 2007. La bulle des subprimes venait d'éclater aux États-Unis. Les débordement de l'effondrement du marché du crédit hypothécaire à haut risque aux États-Unis emportaient les PCAA sans discernement, même si à peine 7 % de ces titres pouvaient renfermer ces fameux subprimes. Un des émetteurs, Coventree, ne parvenait plus à trouver preneur pour 250 millions de dollars de titres arrivés à échéance et la Deutsche Bank a décidé de lui retirer ses facilités de crédit. Un événement de marché, ou «market disruption», venait de se produire, déstabilisant les 32 milliards de dollars de PCAA non bancaires encore sur le marché. La Caisse a agi promptement pour éviter l'effondrement de ces titres et une liquidation désordonnée des entités émettrices. L'Entente de Montréal a pris forme.

«L'idée est venue de Henri-Paul Rousseau. Il affichait le savoir-faire et les connaissances appropriées dans le contexte. Et il a eu cette capacité et ce leadership de mobiliser les intervenants stratégiques et de réunir tout le monde autour de l'Entente de Montréal. Les Banque Nationale, Mouvement Desjardins, Office d'investissement du Régime de pension du Canada et autres ont vite compris leur intérêt.» Aujourd'hui, le plan de restructuration prévoit un moratoire de 18 mois empêchant tout recours. Les PCAA ont été transformés en titres de long terme de qualité, offrant une plus grande valeur. Et un potentiel de récupération des 32 milliards en jeu très élevé. «Ce ne sera pas 100 %, mais pas loin.»

Quant aux évaluations actuelles, qui imposent des radiations de plus de 40 % à des détenteurs telles la Caisse de dépôt et la Banque Nationale, «ce sont des écritures comptables qui s'appuient sur le concept de "mark-to-market"», d'évaluation à la juste valeur marchande des placements absorbant le plein impact de l'extrême volatilité des marchés. M. Crawford a précisé que l'ex-gouverneur de la Banque du Canada, David Dodge, avait déjà évoqué les limites de ces normes de comptabilisation. L'actuel gouverneur, Mark Carney, a également émis des réserves à leur endroit.