Domtar - Trois ans de lock-out à Lebel-sur-Quévillon

Une centaine de personnes ont manifesté hier devant les bureaux montréalais de Domtar.
Photo: Jacques Grenier Une centaine de personnes ont manifesté hier devant les bureaux montréalais de Domtar.

Les employés de l'usine de Domtar à Lebel-sur-Quévillon, appuyés par des collègues syndiqués de Montréal, ainsi que le président de la FTQ, Michel Arsenault, sont venus rappeler hier midi aux dirigeants de la papetière qu'ils attendent toujours de retrouver leur gagne-pain, même après trois ans d'attente.

«Si la direction nous a oubliés, nous on ne l'oublie pas», a déclaré Mario Pothier, président de la section locale 1492 de Lebel-sur-Quévillon, du Syndicat canadien des communications, de l'énergie et du papier (SCEP-FTQ). Le 24 novembre 2005, Domtar imposait un lock-out en invoquant le refus des employés d'accepter des concessions patronales. La partie syndicale fait valoir qu'il s'agissait d'un prétexte. «À l'époque, Domtar avait invoqué la hausse du dollar pour justifier ses demandes, mais aujourd'hui le dollar canadien est retombé et le prix de la pâte à papier s'est amélioré de façon substantielle», affirme Renaud Gagné, vice-président pour le Québec du SCEP-FTQ, qui se demande ce que la compagnie attend pour rouvrir l'usine.

Michel Rathier, vice-président aux communications de Domtar, soutient en revanche que la situation ne s'est pas du tout améliorée avec un dollar qui se situe à 81 ¢ et un prix de la pâte affecté par le ralentissement économique et une crise financière dans le monde. En fait, M. Rathier soutient que la situation s'est dégradée depuis le rapport Boutin, qui amenait à la conclusion qu'il fallait fermer l'usine. Le printemps dernier, Raymond Royer, ex-président de Domtar, mentionnait qu'avec un dollar à 89 ¢, il fallait vendre la pâte à un prix supérieur de 150 $ à ce qu'il était alors. Malheureusement, constate le porte-parole de Domtar, il n'est pas davantage possible aujourd'hui de faire fonctionner cette usine de façon rentable. Il n'est donc pas question de retourner à la table de négociations, comme le propose le syndicat.

Il n'en reste pas moins que, pour la population de Lebel-sur-Quévillon, la situation est dramatique. «C'est toute la population de Lebel qui vit un drame. Avec la scierie et la papetière qui sont arrêtées, et maintenant la mine, il ne reste plus vraiment de possibilité d'emplois. C'est inhumain de traiter les gens de cette manière», déplore Michel Arsenault, président de la FTQ, une situation qu'il peut facilement comprendre. «Je sais de quoi je parle, je viens de Murdochville», rappelle-t-il. Il est d'autant plus préoccupé par cette situation que les employés des trois entreprises concernées font partie de syndicats affiliés à la FTQ. M. Arsenault se dit confiant que la mine de zinc puisse reprendre ses activités avec une remontée des prix des ressources naturelles. Pour ce qui est de Domtar, «je vais lancer ma ligne à l'eau», se limite-t-il à dire, en espérant qu'il y aura quelqu'un à la nouvelle haute direction de ce groupe résultant de la fusion de Domtar et Weyerhaeuser qui sera tenté de l'attraper. Des réunions récentes de certains employés avec le premier ministre Jean Charest à Val-d'Or et ensuite entre le premier ministre et le maire de la ville n'ont donné aucun résultat concret. Lebel-sur-Quévillon a une population de 3300 habitants et les fermetures de l'usine et de la scierie de Domtar, ainsi que celle de la mine Langlois ont pour conséquence qu'il y a près de 800 chômeurs de plus dans cette localité fondée officiellement de toutes pièces en 1965 par Domtar pour y loger ses employés et leurs familles. «En plus de perdre leur emploi, ces gens perdent aussi leurs maisons, qui n'ont plus de valeur puisque personne ne veut les racheter. Ce n'est pas comme une entreprise qui ferme ses portes à Montréal», souligne le président de la FTQ. À Lebel-sur-Quévillon, il n'y a plus d'employeur à portée de vue. Le Fonds de solidarité FTQ et la municipalité ont cherché des moyens de relancer l'usine, sans réussir à convaincre Domtar de se mettre à la même table qu'eux.