Claude Blanchet en entrevue au Devoir - La SGF veut «turbocharger»les économies régionales

«Quand je suis arrivé en poste [en 1997], on investissait moins de 80 millions de dollars par année et aujourd’hui, on est rendu à plus de trois milliards», se réjouit Claude Blanchet.
Photo: Jacques Nadeau «Quand je suis arrivé en poste [en 1997], on investissait moins de 80 millions de dollars par année et aujourd’hui, on est rendu à plus de trois milliards», se réjouit Claude Blanchet.

Mettant en preuve son bilan des cinq dernières années, la Société générale de financement (SGF) promet des interventions encore plus énergiques dans un tout nouveau plan d'affaires centré sur le développement régional.

«Quand je suis arrivé en poste [en 1997], on investissait moins de 80 millions de dollars par année et aujourd'hui, on est rendu à plus de trois milliards, a laissé tomber jeudi dernier le président de la SGF, Claude Blanchet, lors d'une entrevue éditoriale avec Le Devoir. Les gens nous trouvaient ambitieux de viser un investissement de 10 milliards sur cinq ans, mais on a réussi et la suite ne nous inquiète pas.»

D'ici 2006, la SGF estime pouvoir réaliser son plan d'investissement de 12,75 milliards, soit près de 2,55 milliards par année. Pour ce faire, elle concentrera son énergie sur le concept des filières industrielles. Ainsi, la Société groupera ses interventions dans 24 domaines qu'elle a identifiés comme ayant un fort potentiel économique. Ces domaines vont de la pétrochimie dans l'est de l'île de Montréal jusqu'à l'aquaculture en Gaspésie.

Plus particulièrement, la SGF essaiera de développer son projet ACCORD afin de «turbocharger» les économies régionales. «On va faire le même travail, mais on va cibler les régions, précise Claude Blanchet. On a constaté que, pour remplir notre mandat, il fallait s'aligner sur les préoccupations du Québec. Mais attention, nous n'avons pas créé une armée d'animateurs sociaux. On a trois personnes qui travaillent là-dessus. Ceux qui sont dans les comités ACCORD, ce sont des gens d'affaires.»

Autre nouveauté, la SGF veut mettre sur pied des fonds de capital de risque spécialisés en santé en haute technologie, des fonds qui seraient gérés de façon indépendante. La société d'État compte elle-même y verser 100 millions de dollars. «Il y a du capital pour les petites compagnies, mais pas pour celles qui ont besoin de 25 à 50 millions pour prendre de l'expansion, souligne Claude Blanchet. On veut être les chefs de file de ce type de capital de risque et on espère être capables de lever entre 400 et 500 millions dans ces deux secteurs.»

Demander moins au contribuable

Et tout cela, le bras industriel du gouvernement du Québec compte le faire en demandant moins d'argent des contribuables. On prévoit en effet une contribution de un milliard sur cinq ans, une baisse comparativement à la contribution de deux milliards pour le précédent plan d'affaires. «C'est probablement la dernière fois qu'on va demander de nouveaux fonds à notre actionnaire [le gouvernement du Québec]. À l'avenir, on devrait générer notre propre capital», a précisé M. Blanchet.

De toute façon, avec un rendement comptable de 5,4 % par année, la SGF ne coûte rien à l'actionnaire, ajoute son président. «Notre rendement apparaît faible, mais il faut rappeler que 30 % de notre portefeuille est constitué de projets qui ne sont pas encore à maturité et qui, à terme, seront gagnants.»

La SGF est la seule à se mouiller dans les projets de type «greenfield» (de l'achat du terrain à la mise en activité de l'entreprise) et ce secteur représente plus de la moitié de l'argent qu'elle investit, rappelle M. Blanchet. «Ça prend cinq ans avant de retirer de l'argent de ce type de projet, ce qui fait une pression énorme sur la rentabilité de la SGF. Si on arrêtait de faire du développement, notre rendement grimperait à 10 ou 15 %. On erre en nous comparant à la Caisse [de dépôt et placement] et au Fonds de solidarité [de la FTQ]. Ici, ça prend du capital patient.»

De 1998 à 2002, la SGF a participé à 221 projets qui ont généré des investissements de 10,6 milliards dans l'économie québécoise. De ce chiffre, la société d'État compte pour 2,3 milliards en mises de fonds dans des entreprises. Et elle estime que le fruit de ses efforts financiers ont généré 56 000 emplois. «On parle ici de création et non de sauvegarde. On ne tient pas compte d'entreprises où on est entré comme RONA», précise Claude Blanchet.

Claude Blanchet n'a pas caché que la fermeture de l'usine Magnola aurait des conséquences directes sur le bilan de la SGF qui sera présenté à la mi-juin. Si la société d'État devait radier une partie de son investissement, elle le ferait dans le cours de son année financière 2002 et cela transformerait l'encre noire de ses états financiers en encre rouge. «Magnola aura un effet sur nos résultats, mais nous n'avons pas encore dit notre dernier mot. Divers scénarios sont à l'étude.»