Allemagne - Une obscure femme d'affaires à l'assaut de «Conti»

Le siège social du groupe Schaeffler est situé à Herzogenaurach, en Allemagne.
Photo: Agence Reuters Le siège social du groupe Schaeffler est situé à Herzogenaurach, en Allemagne.

Francfort — Jusque-là quasi inconnue du grand public, la richissime Maria-Elisabeth Schaeffler tient toute l'Allemagne en haleine, depuis qu'elle a lancé son groupe familial à l'assaut de son compatriote, l'équipementier Continental, près de trois fois plus gros que lui.

Cheveux blonds au brushing impeccable, collier de perles, tailleur pantalon sobre et chic, la «veuve joyeuse» de 66 ans ou la «lady des roulements à billes», comme la surnomme avec ironie la presse allemande, a entamé une véritable mutation d'une des entreprises familiales les plus secrètes du pays.

Née Kurssa, du nom d'un des fondateurs des voitures Skoda, en 1941 à Prague, elle fuit à trois ans vers l'Autriche voisine et grandit à Vienne, dans un milieu bourgeois, conservateur et catholique. D'aucuns rapportent qu'elle rêvait à quinze ans de prendre le voile.

Elle entame finalement des études de médecine... qu'elle abandonne vite en rencontrant à 22 ans un Allemand de 24 ans son aîné. Il s'appelle Georg Schaeffler et s'est fait un nom en créant avec son frère, au sortir de la Seconde Guerre mondiale, une entreprise de roulements à billes pour l'automobile et les machines-outils.

Maria-Elisabeth quitte alors la capitale autrichienne pour Herzogenaurach, une ville moyenne de Bavière, dans le sud de l'Allemagne, où sont aussi installés les équipementiers sportifs Adidas et Puma.

Dans l'ombre de son époux

Dans l'ombre de son époux, elle ne reprend les rênes qu'à sa mort en 1996, assise avec son fils unique sur la 104e fortune du monde, estimée à 8,5 milliards de dollars par le magazine Forbes. Officiellement, elle veut poursuivre «l'oeuvre d'une vie».

Mais en une décennie, elle a fait d'une société discrète, prospère grâce aux inventions de ses fondateurs et misant sur sa croissance organique, un groupe d'envergure mondiale, agressif, osant s'attaquer à tous les tabous. Et ce avec l'aide du directeur qu'elle a recruté, Jürgen Geissinger.

À l'automne 2001, Schaeffler lance ainsi un des raids les plus spectaculaires de l'histoire économique allemande en déposant une offre sur son concurrent coté en Bourse et bien plus gros que lui, FAG Kugelfischer.

Un an plus tard, au terme d'une opération intitulée «Mozart» par amour de l'opéra, FAG devient une marque du bavarois et disparaît de la cotation.

Sept ans plus tard, la milliardaire récidive et fait cette fois tourner la tête de Manfred Wennemer, patron de l'équipementier automobile Continental, en le prenant au piège via un montage financier complexe qui lui assure déjà 36 % du groupe de Hanovre (nord).

Le tout entouré d'un secret quasi absolu. Groupe familial, non coté, Schaeffler ne dispose pas de conseil de surveillance paritaire et ne publie pas ses résultats. «Nous ne savons pas quels bénéfices ils font», admet Matthias Jena, du syndicat IG Metall en Bavière, interrogé par l'AFP.

Rien d'étonnant alors à ce que les syndicalistes aient appelé à une «résistance massive». «Maria-Elisabeth Schaeffler a par le passé foulé aux pieds les intérêts des salariés et des syndicats», dénonce Harmut Meine, membre du conseil de surveillance de «Conti».