Les CMA veulent s'approprier l'expression «comptables créatifs»

L'Ordre des comptables en management accrédités du Québec a lancé sa campagne publicitaire. Une campagne que l'on voulait «audacieuse», «subtile» et «un brin provocante». Elle prend la forme d'un avis public formel, émis dans les médias électroniques puis dans les médias écrits, prévenant que, désormais, la référence aux «comptables créatifs» est l'exclusivité des CMA. Cette expression et sa version anglaise «creative accountant» sont l'objet d'une demande d'enregistrement à titre de marque de commerce. Si cette demande est acceptée, l'expression «comptable créatif» devra rimer avec CMA, et non plus avec Enron.

Les CMA font le voeu qu'ils sauront faire oublier les scandales à la Enron et renverser l'image négative associée à la comptabilité créative. Du moins, Sylvie Brousseau reconnaît que la référence demeure encore bien vivante. La vice-présidente Affaires publiques et Communications à l'Ordre des CMA ramène cependant le caractère audacieux et provocateur au niveau du concept publicitaire, du format «avis public».

Surtout, il ne faut donc pas y voir de flèche décochée à l'endroit de ces rivaux de toujours, de ces comptables agréés qui défendent jalousement leur acronyme CA et qui, jusqu'en décembre dernier, revendiquaient l'exclusivité de la vérification comptable. Après tout, ces cas de malversations et de fraudes à la Enron, Worldcom, Parmalat et cie, qualifiés de comptabilité créative, étaient une affaire d'écritures et de vérification comptables, donc une affaire de CA. Et le scandale Enron n'a-t-il pas causé la mort du cabinet d'audit Arthur Andersen, l'un des cinq grands cabinets d'experts-comptables au monde, en juin 2002? «Nous ne décochons aucune flèche à l'endroit de la profession comptable. Jamais nous ne viserons une autre profession.»

Sylvie Brousseau explique que l'Ordre professionnel des comptables en management tente, ici, de s'approprier le concept de créativité dans sa forme la plus positive. Elle parle du concept devenu LE thème du XXIe siècle. Celui que tous les grands gestionnaires et visionnaires placent au premier rang des priorités. Elle pense à cette capacité de créer, devenue synonyme de survie pour les entreprises, selon des dirigeants-vedettes tel Steve Job (Apple). Mme Brousseau rappelle, au passage, cette image de créateurs de valeur ajoutée que l'on tente d'accoler aux CMA.

Pour y arriver, il faudra cependant surmonter la connotation négative que revêt encore la comptabilité créative. «Enron, c'est une histoire de malversation, de comportement frauduleux. Ce que la comptabilité créative dit, c'est que la comptabilité n'est pas une science exacte. L'idée est donc de changer l'image, et non de nourrir cette association avec des gens qui ont fait de la fraude.»

On s'en remet donc à la définition officielle, qui emprunte à la subjectivité, mais dans le respect des principes comptables généralement reconnus. Ici, la définition retenue par Wikipédia peut convenir: la comptabilité créative désigne l'ensemble des techniques utilisées en comptabilité par une entreprise pour modifier légalement la présentation de ses comptes dans un sens plus favorable à ses attentes.

Question de bien cimenter le tout, l'Ordre des CMA a déposé une demande d'enregistrement auprès de l'Office de la propriété intellectuelle du Canada pour faire de l'expression sa marque de commerce. L'ordre se dit confiant d'obtenir une réponse favorable. «Cette procédure prend toujours un certain temps, mais on nous a dit qu'il n'y aura pas de problème. Ce que nous voulons protéger, c'est l'expression "comptables créatifs" et non "comptabilité créative"», a pris soin de nuancer Sylvie Brousseau.

Est-ce à dire que toute association négative à ces comptables créatifs sera désormais passible de menace de poursuite juridique? Sylvie Brousseau s'esclaffe: «Ça n'ira jamais jusque-là», assure-t-elle. À l'Office de la propriété intellectuelle, on ne veut pas commenter, préférant renvoyer cette question à l'avis d'avocats-experts. Ces derniers préciseront toutefois que lorsqu'une marque est enregistrée, elle concerne une certaine description de marchandises ou de services. Cet enregistrement confère un monopole au titulaire de la marque, et un droit de la défendre s'il perçoit que son image est attaquée.

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