Portrait - Minuit approche pour l'industrie porcine

Pour le ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, le déblocage dans le secteur porcin, qui est en pleine crise et dont l’avenir est menacé, est devenu un enjeu fondamental et incontournable.
Photo: Agence Reuters Pour le ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, le déblocage dans le secteur porcin, qui est en pleine crise et dont l’avenir est menacé, est devenu un enjeu fondamental et incontournable.

Se pourrait-il que la minute de vérité approche pour l'industrie porcine au Québec? Après avoir reçu au début de ce mois «l'avis» de Guy Coulombe confirmant l'incapacité de sortir les producteurs et les transformateurs de l'impasse dans laquelle ceux-ci se trouvent depuis des années, le ministre Laurent Lessard, fortement déçu de ce nouvel échec, a reçu lui-même la semaine dernière les principaux intervenants pour les supplier de trouver «une solution qui les habille». Et il leur a donné «quelques semaines tout au plus» pour y arriver.

Ce sont là les propos du ministre tels que rapportés par son attaché de presse, Jack Roy. Celui-ci ajoute que, si le ministre devait intervenir, il essaierait d'être le plus impartial possible, mais en cherchant à «sauver les producteurs qui en arrachent à travailler 15 heures par jour». Sa décision risquerait forcément de faire des mécontents. Pour le ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation, le déblocage dans le secteur porcin, qui est en pleine crise et dont l'avenir est menacé, est devenu un enjeu fondamental et incontournable.

Cela apparaît maintenant comme le premier pas à faire dans la perspective d'une réalisation des réformes proposées par la Commission sur l'avenir de l'agriculture et de l'agroalimentaire québécois (CAAAQ), laquelle a demandé au ministre et au gouvernement de faire preuve de leadership. On sait que celui-ci se donne deux ans pour élaborer une politique agricole d'ensemble.

Pour ce qui est de la crise porcine, le gouvernement avait d'ailleurs jugé bon de ne pas attendre le rapport de la commission pour s'attaquer à ce dossier, en confiant un mandat spécial à Guy Coulombe en vue d'aider les parties à se mettre sur la voie d'un consensus. Cela a débouché sur un cul-de-sac et un encouragement à poursuivre les discussions. En substance, M. Coulombe fait les mêmes constats que la CAAAQ et propose le même remède, à savoir plus de souplesse dans le système, afin de permettre à l'industrie porcine de s'ajuster sans délai aux changements sur les marchés mondiaux et à leurs répercussions sur les marchés locaux.

Dans l'avis qu'il faisait parvenir le 3 mars au ministre et au sous-ministre de l'Agriculture, M. Coulombe écrivait ceci: «La simplicité apparente du système de mise en marché des porcs vivants dissimule et cache en fait des luttes de pouvoir et des stratégies commerciales et économiques opposées entre les partenaires. Qui va exercer le contrôle sur l'ensemble de la filière? Quelles sont les relations précises entre les producteurs indépendants et les transformateurs, entre les transformateurs totalement ou partiellement intégrés et la Fédération? Qui va contrôler les diverses lignes de produits? Etc.»

Le statu quo mène au désastre

M. Coulombe ne s'est pas limité à poser des questions. Il a fait aussi des affirmations: «Les récentes discussions me démontrent qu'un tel compromis ne sera possible que le jour où les principaux partenaires seront vraiment convaincus que le statu quo les conduit graduellement, mais inexorablement, à un mur incontournable.» Et que se passerait-il alors? «Pour les producteurs, à moins d'une diminution importante de leurs coûts de production, ce mur prendra la forme d'une hausse importante de leur contribution au programme de l'assurance stabilisation du revenu agricole [ASRA]. Cette hausse, s'ajoutant aux pressions financières existantes, contraindra sans doute plusieurs producteurs à se retirer de la production. Les plus performants resteront, mais avec une réduction de leurs marges.»

Et surtout, M. Coulombe ajoute ceci: «Ce scénario pessimiste devra, de plus, être soutenu par un accroissement important de l'aide de l'État, qui entraînera assurément un questionnement majeur de la part du gouvernement, qui est d'ailleurs en cours.» En effet, le gouvernement, qui resserre systématiquement ses dépenses budgétaires, voit avec stupeur grimper les sommes qu'il doit verser pour l'ASRA. Entre 1997 et 2006, les producteurs de porcs ont reçu 663,6 millions en vertu de l'ASRA et en 2007 seulement, la somme est de 350 millions. Malheureusement, ce montant, auquel les producteurs contribuent eux-mêmes le tiers, n'a rien réglé, de l'aveu même du ministre Lessard. L'industrie porcine est menacée par des problèmes structurels que la montée rapide du taux de change a fait ressortir de manière fort douloureuse.

M. Coulombe soutient d'autre part que les abattoirs et les transformateurs sont les plus à même d'évaluer et de trouver les marchés à valeur ajoutée (la fédération en veut le contrôle), mais il rappelle que les entreprises ont besoin des producteurs pour bien servir ces marchés: «La présente situation financière des producteurs de porcs devrait mériter de la part des transformateurs une grande attention, car on ne peut espérer une forte collaboration de partenaires pris à la gorge, financièrement parlant.»

Par ailleurs, en ce qui concerne le porc vivant, qui fait l'objet d'un libre marché nord-américain, avec une dépréciation de la monnaie américaine et une productivité supérieure de l'industrie porcine américaine, les importations américaines de produits de porc au Québec augmenteront inévitablement. À cet égard, M. Coulombe cite l'exemple de Maple Leaf, qui a choisi de réduire ses activités d'élevage pour se concentrer sur ses activités de transformation à valeur ajoutée.

Tous dans le même bateau

Bref, producteurs et transformateurs sont dans le même bateau et ont tout intérêt à établir une relation de confiance. M. Coulombe a pu entendre que tous vantent les vertus d'une telle approche, sans plus: «Mais je ne peux que constater qu'il s'agit là de voeux pieux quand vient le temps d'agir. Pendant que ces luttes stériles de pouvoir se poursuivent, les décisions ne se prennent pas et les investissements stratégiques ne se font pas.» Comme l'a fait la CAAAQ, M. Coulombe avance que l'un des freins à la conclusion d'une entente découle en partie de la Loi sur la mise en marché des produits agricoles, qui accorde, dit-il, des pouvoirs très larges aux producteurs. Il y a de plus la nature des forces en présence, à savoir le collectif contre le privé et la législation contre le marché, qui ont un effet négatif sur la dynamique.

Quoi qu'il en soit, «l'avis» de M. Coulombe est visiblement considéré avec beaucoup de sérieux par les décideurs de l'industrie porcine. M. Coulombe a mené des consultations très larges. Il a entendu tous les points de vue. Sa compétence et sa crédibilité ne sont mises en doute par personne. Avant le dossier du porc, le gouvernement lui avait confié des cas problèmes très importants, le plus récent ayant été le dossier sur l'état des forêts. Avant de jouer ce rôle de conseiller, M. Coulombe a été fonctionnaire dans les sommets de la hiérarchie pendant de nombreuses années. Bref, la prochaine intervention décisionnelle dans le dossier du porc ne saurait être que ministérielle et gouvernementale. À moins bien sûr que les parties en cause s'entendent enfin.

Hier, Paul Beauchamp, vice-président chez Olymel, constatait que, dans la crise présente, il y a eu «l'échec habituel, puis le mandat à Guy Coulombe, et maintenant on est devant un mur». Cela provoque une réflexion, les gens se parlent, mais comme dans les périodes d'intenses négociations, il arrive qu'il y ait parfois un déblocage. Hier midi, il était tout à fait impossible de prévoir si un tel déblocage aurait lieu bientôt. Traditionnellement, on laissait à la Régie des marchés agricoles la tâche d'imposer une solution. Mais la CAAAQ propose aussi une certaine réforme à la Régie. Dans l'immédiat cependant, c'est la montée du prix du grain et du dollar, avec les gains de productivité à atteindre notamment au chapitre du transport des porcs de la ferme aux abattoirs, qui préoccupe Olymel.

Jean-Guy Vincent, président de la Fédération des producteurs de porcs, se dit pour sa part très confiant, en partant des huit pistes proposées par M. Coulombe, qu'on en arrive à un consensus pour faire en sorte de redresser l'industrie porcine et de ramener la rentabilité dans les fermes. «Pour y arriver, nous devons nous comprendre des deux côtés. Nous sommes condamnés à nous entendre. Nous le disons depuis un an», affirme-t-il.

L'industrie du porc se classe au deuxième rang dans l'univers agricole québécois, avec des revenus pour les fermes de 840 millions en 2006. Il y avait en 2005 1800 entreprises porcines et 4000 producteurs pour une production de 7,4 millions de porcs. Par ailleurs, on comptait 170 établissements réalisant des ventes de produits transformés du porc pour une valeur de 2,7 milliards et des exportations dans 60 pays. Environ 28 000 personnes travaillaient dans la filière porcine.
4 commentaires
  • Tim Yeatman - Abonné 29 mars 2008 09 h 03

    Le consommateur et le payeur de taxes doit faire parti de l'équation

    Comment les gros producteurs et les transformateurs vont finir par s'entendre, nous n'avons aucune idée. Mais comme consommateurs et citoyens d'une ville envahie par des porcheries de grosseurs industrielles avec des méthodes de traitement de lisier sur gestion liquide qui empoisonne notre vie, les bonnes décisions devront être prises, et rapidement, sans plonger davantage dans nos poches.

    Les côtelettes de porcs et les rotis à ,99$ la livre, à la viande insipide, probablement avec des restes d'antibiotiques et des traces de leur moulée OGM, sont trop chèrement payées pour être entourés de champs de monocultures cultivés pour les nourrir et arrosés de leur purin pour nous empester 8 mois par année.

    Ces chops de porc insipides, nous les payons aussi avec les suppléments de revenus garantis, les remboursements des taxes municipales et de pétrole, toutes les subventions directes et indirectes qui sont soutenues par l'argent du gouvernement, donc nous tous.

    Alors, pas seulement ces fermes industrielles prennent la place des petites fermes qui pourraient nous nourrir directement avec des bons légumes, des bons fruits et des animaux qui ont connu la lumière du soleil et le grand air, mais elles le font au dépend de notre qualité de vie et grâce aux fonds publics.

    Alors, de grâce, compter pas sur nous pour encourager le gouvernement à continuer de financer ce genre d'agriculture qui est vraiment une industrie! Que nos élus mettent leurs culottes et débarquent de cette volonté de faire de l'agriculture industrielle préconisée par Lucien Bouchard il y a 10 ans!

    Et entre parenthèses, ce ne sont pas les industries à viandes et à purin qui demandent 15 heures de travail par jour: ces "fermes" sont entièrement automatisées. Une fois les animaux morts sortis de la bâtisse, la moulée est distribuée automatiquement ainsi que le rincage de la bâtisse. À Richelieu, les porcheries de 5,800 bêtes sont entretenues par les deux frères uniquement: ceux-ci nous l'ont affirmé à la consultation publique.

    On sait aussi que la majorité de l'aide financière qui vient de l'ASRA va aux entreprises qui n'en n'ont pas besoin: la majorité de l'argent va aux gros intégrateurs qui se plaisent à porter leurs grosses chaines en or dans leur gros "pick-up" (voir "Bacon, le film", 2001, toujours d'actualité).

    Il est grand temps que l'argent, les terres et les fermes servent à nourrir les Québécois, pas aux producteurs de porc qui va à l'exportation et qui contribue à la pollution de nos campagnes, à la contamination des puits de surface des résidents ruraux et à l'eutrophisation de nos plans d'eau.


    Johanne Dion et Tim Yeatman
    Richelieu, Qc

  • Denis Pelletier - Inscrit 29 mars 2008 09 h 42

    une concertation de tous les intervenants de l industrie porcine serait tres favorable

    il ny a pas juste les producteurs de porc qui sont toucher tout ceux qui intervinement dans la valorisation des lisiers qui conduit a une réduction des effets sur la pollution les agronnomes vétérinaires centre de recherche et bien plus alors remettre cette insdustrie sur la bonne route a un impacts multidiciplinaire a tout les niveaux de la chaine de production

  • Denis Pelletier - Inscrit 30 mars 2008 08 h 47

    saviez vous a ce jour l industrie porcine et ces rejets sont

    avec tout les études agronomique le traitement aérobie des lisiers porc devient un outil de fertillisations de hautes valeurs agronomique pour solutionner des problématiques de nos terres agricole bien identifier et a un fort potentiel de revenue monétaires pour les producteurs de porc du quebec tout ce qui manque ces une reconnaissance des decideurs de valoriser les actions a apporter des solutions par des gens acharner depuis 20 ans ( denis Pelletier ) si autant de reconnaisance serait mentionner par les media il y aurait une autre avenue positive pour ce type de production que l on bafoue sans trop savoir ce qui en est par certain media pas toujours bien informer sur le sujet merci de votre attention djpelletier@hotmail.com

  • Raymonde Chouinard - Inscrite 30 mars 2008 16 h 54

    Pratiques barbares.

    L'élevage industriel, tel qu'il est pratiqué actuellement, relève de la barberie, de la naissance à la mort des bêtes, et il devrait être aboli.

    Que le gouvernement cesse de subventionner ces élevages et d'émettre des permis et la question va se régler d'elle-même.

    C'est un prix trop élevée à payer pour des bêtes élevées dans le stress et dont on ne connaît pas les incidences sur la qualité de la viande que nous consommons.

    Il serait temps, également, que cesse cette pollution de nos cours d'eau et de nos terres agricoles qui pourraient être employées à meilleurs escients.