Formation: le Québec a presque rattrapé tout son retard

Au Québec, l’un des secteurs qui investissent présentement le moins en formation est aussi celui qui en aurait le plus besoin, c’est-à-dire le secteur manufacturier.
Photo: Jacques Nadeau Au Québec, l’un des secteurs qui investissent présentement le moins en formation est aussi celui qui en aurait le plus besoin, c’est-à-dire le secteur manufacturier.

La loi dite du 1 % a pratiquement permis au Québec de rattraper tout son retard sur le reste du Canada en matière de formation en entreprise, conclut une étude d'experts. Les progrès se font toutefois encore cruellement attendre dans les plus petites entreprises, notamment, et pour les travailleurs désireux de prendre en main leur propre démarche de formation continue.

«Le progrès réalisé en quelques années seulement est tout à fait remarquable. Cela tend à prouver la pertinence du choix que le Québec a fait en faveur d'une approche qui ne soit pas seulement incitative, mais qui comprend aussi des éléments coercitifs», dit en entrevue Paul Bélanger, directeur du Centre interdisciplinaire de recherche/développement sur l'éducation permanente de l'UQAM. Le sociologue de l'éducation de réputation internationale est l'auteur, avec sa collègue Magali Robitaille, d'un rapport d'étude de 81 pages1 dressant un premier portrait d'ensemble de la formation relié à l'emploi au Québec depuis l'adoption, en 1995, de la loi 90 obligeant les entreprises à consacrer à cette cause au moins un 1 % de leur masse salariale.

La proportion de l'ensemble des travailleurs participant à des activités de formation structurée liée à l'emploi était de 21 % en moyenne au Québec en 1997 comparativement à 29 % dans l'ensemble du pays. Seulement cinq ans plus tard, ces proportions avaient déjà grimpé à 33 % au Québec et à 35 % dans l'ensemble canadien. «Le petit écart qui persiste se retrouve essentiellement chez les travailleurs qui n'ont pas d'emploi», explique le chercheur, dont la sortie de l'étude coïncide avec la tenue, du 29 mars au 4 avril, de la Semaine québécoise des adultes en formation.

Au-delà des statistiques, la loi du 1 % a eu pour effet important d'inciter les entreprises à mieux structurer leurs programmes de formation. On a créé des postes de responsable de la formation, les objectifs poursuivis ont été précisés et des mécanismes d'évaluation ont été mis en place. La création d'un Fonds national de formation de la main-d'oeuvre et la multiplication des comités sectoriels a aussi eu le grand avantage d'encourager la concertation entre les différents acteurs gouvernementaux, patronaux, syndicaux et communautaires.

Dans certains cas, la formation offerte se révèle de plus en plus pointue. D'autres fois, on aide les travailleurs à compléter leur formation de base. Dans tous les cas, il s'agit de répondre aux impératifs d'une économie en évolution de plus en plus rapide et de plus en plus exigeante en matière de compétences et de capacité d'adaptation.

Bien, mais on pourrait faire mieux

Tout ne va pas parfaitement au Québec, bien au contraire. La décision du gouvernement Charest d'exempter de l'obligation du 1 % toutes les entreprises dont la masse salariale est inférieure à un million de dollars n'était pas sa meilleure idée, estime le professeur Paul Bélanger. «Il est encore difficile pour le moment d'évaluer avec précision l'impact de cette décision, mais je ne vois pas comment cela a pu contribuer à réduire l'important retard qu'accusent en ce domaine les plus petites entreprises, au Québec comme ailleurs. Cela est d'autant plus malheureux que cette décision a pour effet concret de priver ces petites entreprises de l'accès aux ressources financières du Fonds de formation de la main-d'oeuvre.»

Un autre problème tient au fait que ce fameux Fonds, dont dépendent toutes les stratégies sectorielles, est financé par les entreprises qui n'atteignent pas le niveau minimal de dépenses en formation de 1 %. «La contradiction structurelle de cette politique est que plus elle réussit, moins le Fonds dispose de ressources, note l'expert. Le gouvernement n'aura pas le choix d'y mettre un jour de l'argent.»

Un autre phénomène paradoxal est que l'un des secteurs qui investissent présentement le moins en formation est aussi celui qui en aurait le plus besoin, c'est-à-dire le secteur manufacturier. «C'est toujours la même chose qui se produit: lorsqu'une entreprise est en difficulté, ce sont les investissements à long terme qui écopent», dit Paul Bélanger.

Un autre problème auquel devra fatalement s'attaquer le gouvernement est celui de trouver la manière d'aider les individus à choisir eux-mêmes la formation dont ils ont besoin. «On ne peut pas compter seulement sur les entreprises et les mesures sectorielles. Nous ne sommes pas dans une économie centralisée. Il faut aussi donner la chance aux individus de choisir leur propre parcours de formation.»

En Europe, certains gouvernements ont inventé les congés d'éducation payés par l'employeur, d'autres accordent chaque année aux travailleurs des crédits de formation visant à compenser les frais et les pertes de revenus subies, d'autres enfin jonglent avec l'idée d'une sorte de REER pour la formation continue. «Ces mécanismes de formation sont silencieux et émiettés, mais se sont révélés extrêmement efficaces, observe Paul Bélanger. Malheureusement, le Québec n'a encore pratiquement rien fait à ce chapitre.»

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1. L'étude intitulée La formation en entreprise au Québec: un portrait peut être trouvée à l'adresse www.ccl-cca.ca.