Après le manufacturier, le pharmaceutique?

La Chine a 2500 compagnies de biotechnologie, et une centaine de nouvelles entreprises s’y ajoutent chaque année.
Photo: Agence Reuters La Chine a 2500 compagnies de biotechnologie, et une centaine de nouvelles entreprises s’y ajoutent chaque année.

Se pourrait-il que le scénario d'une délocalisation des entreprises et des emplois vers la Chine et autres pays en émergence, tel qu'il est vécu présentement dans le secteur industriel, se reproduise dans l'industrie pharmaceutique? Dawn Graham, présidente de Merck Frosst Canada, le laisse clairement entendre, «si le Canada s'assoit simplement sur ses lauriers».

Conférencière devant le Cercle canadien de Montréal, Mme Graham a déclaré que se rassurer en se contentant de dire «nous sommes les meilleurs» serait une erreur. «Je crois que sans aucun doute nous perdrions une part significative de notre terrain au profit de cette concurrence émergente. Et si nous prenons du retard dans cette course, nous pourrions voir nos entreprises et nos scientifiques aller chercher de meilleures chances ailleurs.»

Mme Graham a mentionné deux pays qui se sont donné pour objectifs de réussir dans le domaine de la recherche biotechnologique, la Chine et la Malaisie. La Chine a présentement 2500 compagnies de biotechnologie, et une centaine de nouvelles entreprises s'y ajoutent chaque année. Il y a 200 laboratoires, subventionnés par le gouvernement et qui ont 20 000 employés. En Malaisie, il y a un conseil d'implantation biotehnologique présidé par le premier ministre et un programme incitatif qui comprend une exemption de taxe de 100 % pendant 10 ans à partir du moment où une compagnie réalise des profits. D'autres pays sont aussi dans la course, dont l'Inde qui aurait déjà un bassin de scientifiques de qualité comparable à ceux des pays occidentaux.

La présidente de Merck Frosst Canada a une très bonne idée de ce phénomène, puisqu'avant 2006 elle a occupé le poste de vice-président de Merck & Co en Asie-Pacifique. «J'ai vu de près comment ces pays émergents concentrent leurs efforts pour construire cette nouvelle économie. Et, croyez-moi, ils sont déterminés à gagner.» Pour attirer les investissements en recherche et développement dans le secteur pharmaceutique, explique-t-elle, la Chine adopte une perspective sur un horizon de 100 ans. «Vous serez d'accord avec moi pour dire que c'est un peu différent des horizons de deux à quatre ans que les gouvernements occidentaux ont tendance à adopter. Quand les Chinois choisissent un secteur pour l'inscrire dans leur plan de 100 ans, cela veut dire qu'ils jouent pour gagner et qu'ils sont prêts à investir massivement pour assurer le succès à long terme. C'est une concurrence formidable», a expliqué Mme Graham.

Est-il possible de soutenir la concurrence de la Chine et l'Inde sur les coûts? «Pas de mon vivant», répond Mme Graham. Selon elle, il y a toutefois deux domaines où il est possible de faire concurrence. La première est la qualité de la science et la productivité des scientifiques. La seconde porte sur l'environnement politique. Présentement, la Chine et les autres pays en émergence n'appuient pas l'innovation en n'ayant pas de législation sur la protection intellectuelle. «Mais ils travaillent fort là-dessus et nul doute qu'ils vont éliminer cet écart», prévoit Mme Graham

En conclusion, elle soutient que nous avons besoin ici de voir l'urgence de s'assurer que le Canada demeure concurrentiel avec des politiques pour garantir la protection de la propriété intellectuelle et une réglementation permettant le remboursement du coût des médicaments.

«Comme industrie canadienne, ce que nous attendons est de pouvoir travailler en partenariat avec les gouvernements afin que des politiques soient développées pour refléter les nouvelles réalités concurrentielles du XXIe siècle qui sont déjà là», avance Mme Graham, avant de s'en prendre à la bureaucratie: «La bureaucratie pour le plaisir de la bureaucratie est ce qui tue l'innovation. La paperasse et des procédures déraisonnables peuvent étouffer les investissements et lancer les sociétés à la recherche de juridictions qui offrent des réglementations plus progressives.»

Au début de sa conférence, elle avait mentionné que la santé était un sujet très délicat, comme le montrent les réactions au rapport Castonguay. «Même le titre de mon exposé [Santé et prospérité pour tous les Canadiens] peut sembler controversé aux yeux de certains, puisque plusieurs pensent que c'est mal de générer des profits dans le secteur de la santé», avait-elle prévenu. Elle avait aussi certains arguments pour répondre à ces critiques. Entre 1983 et 2001, les nouveaux médicaments ont permis de réduire les taux d'hospitalisation de 75 % dans le cas des ulcères, de 71 % pour le VIH et 44 % pour le diabète et les maladies respiratoires. Enfin, elle a mentionné que chaque dollar investi dans la mise au point de nouveaux médicaments permet de réaliser une économie de l'ordre de sept dollars dans les autres secteurs des soins de santé, en réduisant le nombre d'hospitalisations et d'opérations chirurgicales.
1 commentaire
  • Dominic Pageau - Inscrit 11 mars 2008 18 h 52

    Chaque dollar investit en recherche pharmaceutique diminue de 7$ les frais du réseau de santé? BULLSHIT

    Ce que madame demande, c'est qu'on aide encore plus les pharmaceutiques hyper gatée et qui ont des pris du médicament abusif et qui font la promotion de façon démagogique de leur produit auprès de nos médecins, je demande aussi d'où viennent ses chiffres sur l'économie de 7$ en santé par dollar investit dans la recherche de médicament. Et oui, il existe un solution à la concurrence des pays asiatiques, des mesures protectionistes