Une voix de plus pour la fusion des Bourses de Montréal et de Toronto

Barbara Stymiest
Photo: Barbara Stymiest

À la liste des partisans d'un rapprochement entre la Bourse de Toronto et la Bourse de Montréal, il faut ajouter Barbara Stymiest. L'ancienne présidente du marché de Bay Street, qui était en poste lors de la grande réorganisation boursière de 1999, estime que les deux parquets auraient tout intérêt à combiner leurs forces.

Huit ans après que Toronto eut mis la main sur les actions des grandes compagnies et que Montréal eut mis le cap sur les options et contrats à terme, cette séparation des tâches a porté ses fruits, mais il faut désormais penser à un avenir commun, estime Mme Stymiest. D'autant plus que le pacte de non-agression prend fin dans seulement deux ans.

«Je crois qu'en 2009, on observera une concurrence pleine et entière entre les deux Bourses, et il serait probablement souhaitable pour le marché canadien d'avoir une seule Bourse, qui fait à la fois des actions et des options. Alors, j'encouragerais les deux parquets à chercher des façons de travailler ensemble plus étroitement», a dit Mme Stymiest en marge d'un forum de discussion économique organisé par le Parti libéral du Canada.

Aujourd'hui chef de l'exploitation à la Banque Royale, Mme Stymiest a été présidente de la Bourse de Toronto de 1999 à 2004. De 1997 à 1999, elle en a été la présidente du conseil. Avant d'arriver à la Bourse de Toronto, elle avait travaillé à la banque d'affaires Nesbitt Burns, une filiale de la Banque de Montréal.

Lors d'un discours plus tôt dans la journée, axé entre autres choses sur la compétitivité canadienne, Mme Stymiest avait affirmé que les lois canadiennes sur les valeurs mobilières sont une «honte internationale». De plus, elle a plaidé pour une refonte des politiques gouvernementales à l'endroit des entreprises dans le but d'améliorer la productivité, et a déploré que la consolidation bancaire ne soit pas permise.

Vision commune

Dans une entrevue au magazine Finance et Investissement en 2004, le président de la Bourse de Montréal, Luc Bertrand, a affirmé que Mme Stymiest et lui avaient réglé les détails essentiels de la réorganisation en une seule rencontre, au début de 1999. «Nous partagions une vision commune, et elle comprenait très bien ce que nous cherchions à réaliser», a-t-il dit.

La suite des choses est connue. De 2000 à 2006, les revenus de la Bourse de Montréal sont passés de 32 millions à 79 millions. Elle a pris une participation de 31 % dans le Boston Options Exchange, a mis au point un nouveau système informatique et tente de le vendre à d'autres Bourses. Si le fait d'abandonner la négociation d'actions avait semé l'émoi parmi les courtiers du parquet et dans certains cercles politiques, plus personne ne se demande si la Bourse de Montréal a pris la bonne décision.

S'il faut se fier à Mme Stymiest, le contexte n'est plus le même. «Cette vision qu'on avait, de construire une expertise montréalaise pour les produits dérivés, elle s'est concrétisée. La Bourse de Montréal, aujourd'hui, est le reflet de ce qui a été construit au fil des huit dernières années. Or il faut regarder non pas dans le rétroviseur, mais vers l'avant. Il faut réfléchir à la direction qu'il faut prendre et déterminer les manières d'être plus compétitif à l'échelle mondiale, et plus efficace.»

L'actuel président de la Bourse de Toronto, Richard Nesbitt, a souvent évoqué, furtivement, un éventuel rapprochement. Il entend déjà se lancer dans les produits dérivés aussitôt que l'entente d'exclusivité prendra fin. De manière générale, toutefois, ses commentaires ont tendance à irriter la direction de la Bourse de Montréal.

L'argument qu'ont avancé certains partisans d'une fusion se résume comme suit: à défaut d'un mariage, les deux Bourses se feront acheter par des intérêts étrangers. «Je ne pense pas qu'un ou l'autre des parquets pourrait faire l'objet d'une prise de contrôle étrangère, mais cela ne veut pas dire qu'on ne peut pas changer les règlements», a dit Mme Stymiest hier. «Pour être compétitif, je pense que le Canada a besoin de son propre marché des capitaux, et qu'il soit solide. De la même manière, les Bourses seraient plus compétitives si elles travaillaient ensemble.»

À la Bourse de Montréal, une règle empêche présentement tout actionnaire de posséder plus de 10 % des actions.

Le partisan le plus bruyant en faveur d'une fusion, depuis quelques semaines, est l'investisseur torontois Thomas Caldwell. Une firme qu'il contrôle, Urbana, investit dans des Bourses. Hier, il a une fois de plus augmenté le nombre d'actions qu'il détient à la Bourse de Toronto et la Bourse de Montréal, bien que sa participation dans chacune soit extrêmement marginale.

Le Devoir

Avec Presse Canadienne