L'échec d'un PPP

Un passager attend son train dans une station du métro de Londres. Metronet, le principal prestataire privé du métro de Londres, a essuyé un revers lundi en se voyant refuser par le régulateur de ces PPP la rallonge de 551 millions de livres (enviro
Photo: Agence France-Presse (photo) Un passager attend son train dans une station du métro de Londres. Metronet, le principal prestataire privé du métro de Londres, a essuyé un revers lundi en se voyant refuser par le régulateur de ces PPP la rallonge de 551 millions de livres (enviro

Londres — Metronet, principal prestataire privé du métro de Londres dont la filiale britannique d'EDF est un des actionnaires, est au bord de la faillite, un cas qui soulève au Royaume-Uni des critiques envers les partenariats publics-privés (PPP) chers au premier ministre Gordon Brown.

Metronet a essuyé un revers lundi en se voyant refuser par le régulateur de ces PPP la rallonge de 551 millions de livres (environ 1,176 milliard de dollars) qu'il réclamait à London Underground (LU), l'office public qui gère le métro de Londres sous l'égide du maire Ken Livingstone.

Chris Bolt lui a accordé au plus 121 millions de livres, en estimant que Metronet aurait eu moins de problèmes s'il fonctionnait «de manière efficace et économique». Metronet a rétorqué que LU ne cessait de lui demander des travaux non prévus par les termes initiaux du contrat.

Metronet est un consortium dans lequel figurent à part égale les groupes Balfour Beatty, Bombardier, EDF Energy, Thames Water et WS Atkins. Il a emporté deux des trois contrats PPP sur trente ans d'une valeur totale de 30 milliards de livres accordés au début des années 2000 par le ministère des Finances britannique, à l'époque dirigé par M. Brown.

Les deux contrats représentent 17 milliards de livres. Metronet doit entretenir et moderniser neuf des onze lignes du vétuste métro londonien, tâche qui occasionne régulièrement la fermeture de lignes durant un week-end entier.

Alors que le bénéficiaire du troisième contrat, Tube Lines, fait beaucoup moins parler de lui, Metronet est régulièrement montré du doigt. L'an dernier, on lui a reproché de ne pas avoir su adapter les rails à la canicule, occasionnant des retards pénibles. En début de mois, une quarantaine de personnes ont été légèrement blessées par un déraillement sur la Central Line, car un rouleau de bâche goudronnée de Metronet avait glissé sur la voie.

Le refus du régulateur d'accorder les sommes demandées dans le cadre d'un des deux contrats est de mauvais augure, alors que le consortium a besoin au total de 992 millions de livres pour ce contrat et d'un milliard de livres supplémentaires pour le second.

Du coup, la mise sous administration judiciaire de Metronet, qui emploie 5000 personnes, était sérieusement envisagée hier, la presse rapportant que le maire avait pris contact avec les spécialistes du cabinet Enst & Young pour gérer la société le cas échéant. La direction de Metronet chercherait par ailleurs à convaincre ses banques de le laisser accéder à une facilité de crédit actuellement bloquée.

Alors que les PPP ont été multipliés par le gouvernement Blair dans l'ensemble des services publics depuis dix ans, la ministre des Transports du cabinet fantôme conservateur Theresa Villiers a accusé «Gordon Brown et ses plus proches copains d'être personnellement responsables d'avoir imposé ces PPP boîteux aux Londoniens».

Le secrétaire général du syndicat des transports RMT, Bob Crow, a pour sa part estimé que les 121 millions de livres que le régulateur s'apprête à accorder à Metronet étaient «121 millions de trop». M. Crow a estimé que, «même si Metronet fonctionnait comme prévu, il ferait toujours moins bien que London Underground» quand l'office public était aux commandes, «et coûterait toujours des milliards de plus». Il a évoqué «l'arnaque des PPP».

Bombardier, WS Atkins et Balfour Beatty ont d'ores et déjà inscrit des dépréciations d'actifs dans leurs comptes trimestriels, équivalant aux 70 millions de livres qu'ils ont chacun investies dans Metronet, auxquels s'ajoutent les bénéfices déjà réalisés.

L'ensemble des actionnaires paraît peu enclin à remettre de l'argent dans Metronet.