Institut sur la gouvernance des organisations privées et publiques - Au service de la bonne gouvernance

Améliorer le savoir-faire des conseils d'administration, voilà l'objectif que poursuit l'Institut sur la gouvernance des organisations privées et publiques. Michel Nadeau, directeur général de l'organisme, fait le point.

Lancé en septembre 2005, l'institut que dirige Michel Nadeau est un centre de recherche, de formation et de diffusion en matière de gouvernance des entreprises. L'organisme sans but lucratif contribue à développer des modèles de fonctionnement à l'intention non seulement des entreprises cotées en Bourse, mais également des sociétés d'État, des organismes publics et coopératifs. Fruit d'une initiative conjointe de deux établissements universitaires — HEC Montréal et université Concordia (École de gestion John Molson) —, il confie ses mandats de recherche à des chercheurs intéressés par le sujet. Ses bureaux sont à Montréal.

En complémentarité à d'autres centres de formation, l'Institut contribue aux activités de perfectionnement des administrateurs. Et les besoins sont de taille. Au Québec, quelque 55 000 personnes siègent aux conseils d'administration d'organismes privés et publics (PME, commissions scolaires, sociétés d'État, organismes sans but lucratif, etc.). Au Canada, on compte plus de 225 000 postes d'administrateur. Pour tenir compte de leurs besoins de formation, l'Institut offre des cours et des ateliers basés sur des cas concrets. Ces activités se déroulent en français et en anglais.

De lourdes responsabilités...

Copinage, conflits d'intérêt, fraudes, etc., la mauvaise gouvernance a fait couler beaucoup d'encre au cours des derniers mois. Michel Nadeau explique qu'il est urgent de remédier à la situation. «Au Québec, comme partout en Amérique du Nord, notre vie est façonnée par les conseils d'administration. On confie à quelques personnes le soin de prendre des décisions qui orientent les institutions que l'on crée.»

Selon lui, ces individus, qui siègent à temps partiel, ont de lourdes responsabilités. «Ils font face à de gros défis. D'autant qu'ils ne disposent pas toujours de l'information nécessaire pour les relever. Il y a un déséquilibre entre les dirigeants qui connaissent très bien leurs dossiers et les administrateurs qui ne sont pas des experts dans leur domaine. Le conseil d'administration doit parvenir à prendre les bonnes décisions, même si les cadres de l'organisation en connaissent plus long qu'eux.»

Comment assurer un meilleur équilibre entre les administrateurs et les dirigeants d'entreprise? «Entre autres par la formation, répond Michel Nadeau. Les administrateurs doivent bien comprendre le mandat de l'organisation. Ils doivent également connaître leur rôle, consistant à superviser, orienter, embaucher ou congédier les membres de la haute direction et assurer la performance financière de l'organisation. Or, souvent, ce n'est pas clair pour les administrateurs, notamment dans le domaine de la santé et celui de l'éducation.»

... et divers problèmes

Le résultat? «Dans certains cas, les administrateurs veulent se mêler des opérations, explique le directeur général. Ils ne font pas confiance aux dirigeants, qui n'ont ainsi pas la marge de manoeuvre pour livrer les résultats attendus. Dans d'autres cas - notamment ceux à l'origine des grands scandales financiers -, les dirigeants dominent le conseil. En bout de ligne, ce sont eux qui choisissent les membres du conseil d'administration et imposent leurs décisions.»

À cela s'ajoute une autre difficulté, selon Michel Nadeau. «Au Canada, bon nombre de grandes entreprises sont contrôlées par un seul individu et sa famille. Il faut non seulement s'occuper des actionnaires et des cadres supérieurs, mais aussi s'assurer que l'actionnaire dominant n'opprime pas les actionnaires minoritaires.» C'est d'ailleurs pour tenir compte de toutes ces variables que l'Institut offre des formations sur mesure reflétant la réalité québécoise et canadienne.

Dans d'autres cas encore, les administrateurs n'ont pas l'indépendance voulue pour bien jouer leur rôle. «Le bassin des administrateurs potentiels est petit, poursuit-il. La tentation peut être forte de nommer des gens qui ont de l'expérience et que l'on connaît.» Voilà pourquoi l'Institut se réjouit de l'adoption en décembre dernier du projet loi 53 visant l'atteinte en cinq ans d'une parité de représentation entre les femmes et les hommes dans les conseils d'administration des sociétés d'État.

Un chef de file

En plus d'offrir des activités de formation, l'Institut accorde une place de choix à l'analyse de la gouvernance des institutions québécoises. En ce moment, deux groupes de réflexion évaluent respectivement les pratiques de gouvernance des établissements de santé et de services sociaux, ainsi que celles des universités. «Des représentants du personnel — médecins, radiologistes, etc. — siègent aux conseils d'administration des centres hospitaliers, note Jacques Nadeau. Il y a donc possibilité de conflits d'intérêt. C'est la même chose dans les universités. Il faut voir si c'est la meilleure formule.» D'ici l'automne prochain, les groupes devraient publier leurs recommandations visant à améliorer la gouvernance de ces deux types d'organisations.

Afin de diffuser son expertise auprès du grand public et des organisations du milieu de la gouvernance, l'Institut organise également des colloques et des séminaires. S'il vise surtout les entreprises du Québec et du Canada, il cherche aussi à exporter, à moyen terme, son savoir-faire en offrant des séminaires à l'intention des clientèles asiatiques et européennes voulant connaître les grands principes de gouvernance des entreprises nord-américaines. Il assure déjà la présence de Montréal à l'étranger en étant affilié à des organismes internationaux, tels le Global Corporate Governance Forum (qui favorise le développement de la gouvernance dans les pays en émergence) et le International Corporate Governance Network (qui permet des échanges sur l'évolution de la gouvernance dans différents pays).

Son but? Devenir un chef de file nord-américain en recherche et en formation sur les aspects pratiques de la gouvernance.

Collaboratrice du Devoir
1 commentaire
  • Julienne Vigneault - Inscrite 28 avril 2007 22 h 07

    La Gouvernance éthique en philanthropie

    L'Institut sur la gouvernance des organisations privées et publiques - devrait faire le tour du jardin au Québec, avant d'avoir des ambitions au-delè à l'étranger. Par exemple,le milieu de la philanthropie laisse le public et les donateurs perplexes. Certains se posent la question si toutes les fondations sont éthiques et si les dirigeants administrent sans conflit d'intérêts personnels. La Loi de Revenu Canada et la Division des organismes de bienfaisance est moins exigente et moins vigilante qu'auparavant. Le formulaire de déclarations des revenus des fondations qui était de 14 pages et diminué à 4 pages. Un Annexe est fourni pour le Contingent des versements, qui est facultatif. Revenu Canada ne consulte par la Division des organismes de Bienfaisance. Si des organismes font de fausses déclarations de leurs revenus, personne ne sait quoi que ce soit.On dirait que Revenu Canada s'en fout.C'est pourquoi il faudrait un UMBUDSMAN éthique sur la gouvernance en philanthropie au Québec.