Caisse de dépôt et placement - Le départ de Jean-Claude Scraire était écrit dans le ciel

Le départ de Jean-Claude Scraire à la tête de la Caisse de dépôt et placement (CDP) était écrit dans le ciel tout comme sa proposition de scinder en deux le poste qu'il occupe présentement.

C'est du moins l'opinion de diverses sources interrogées hier après-midi par Le Devoir. Plus tôt dans la journée, Jean-Claude Scraire, qui dirigeait la CDP depuis huit ans, a demandé au conseil d'administration et au gouvernement québécois d'entreprendre un processus de recrutement en vue de son remplacement.


Dans sa lettre présentée aux membres du conseil d'administration, M. Scraire recommande, entre autres, de séparer sa fonction en deux afin qu'une personne agisse comme président du conseil et qu'une autre agisse comme président-directeur général de la CDP. «Cela fait longtemps que la chose est discutée», confirme une source du milieu. Comme la tâche est devenue plus lourde avec le temps, cette personne croit qu'il serait sage de répartir les responsabilités.


Le document déposé par Jean-Claude Scraire, qui s'intitule Moderniser pour bâtir plus fort, suggère également que le processus de nomination du président et des membres du conseil d'administration soit moins soumis au jeu politique. Notre source émet cependant des doutes, ne croyant pas que la couleur politique du président ait eu des conséquences néfastes sur la gestion de la CDP. «Ce n'est pas important que le poste soit un poste politique. L'important, c'est la gestion de la boîte», souligne-t-on.


Toujours selon cette personne, la nomination d'un nouveau président pourrait être l'occasion de rééquilibrer les investissements de la Caisse. Plusieurs reprochent en effet à l'organisation d'avoir une gestion trop conservatrice pour certains titres et trop risquée dans d'autres cas, notamment pour s'être lancé tête première dans les titres technologiques.


On ajoute aussi que la CDP devrait se concentrer sur la province. «La Caisse a un rôle important dans l'économie québécoise et devrait augmenter ses investissements dans les entreprises québécoises.»


De son côté, le président de la FTQ, Henri Massé, s'est montré surpris du départ de M. Scraire. M. Massé est membre du conseil d'administration de la CDP, mais il n'a pu assister à la réunion spéciale d'hier, ayant d'autres engagements en Abititi-Témiscamingue. «Je suis peiné et ce n'est pas parce que c'est un de mes chums. Il a été le meilleur président de la Caisse. C'est un gars très compétent.»


Il dresse un bilan des plus positifs des huit années de M. Scraire à la présidence. «La Caisse a prospéré et s'est diversifiée. Je n'endosse pas toutes les orientations prises, mais — et je le sais parce que c'est aussi le cas à la FTQ — on ne fait pas toujours l'unanimité.»


Henri Massé s'était prononcé récemment pour que le salaire du président de la CDP soit relevé. «Je me suis entretenu avec Jean-Claude cet après-midi [hier] et il m'a assuré — et je le crois — que son départ n'avait rien à voir avec sa rémunération. Il a d'autres défis à relever et il voulait proposer des changements avant la fin de son mandat.»


À ce sujet, M. Massé préfère attendre avant de se prononcer sur la teneur des recommandations. «Je peux dire que je ne suis pas d'accord avec l'ensemble des recommandations. Il est clair par exemple qu'il est important que la Caisse, avec ses 125 milliards d'actifs, ait un processus de nomination transparent et le plus dépolitisé possible.»


Les rumeurs circulent dans le milieu financier pour identifier les prétendants au poste de M. Scraire. Le nom de Claude Blanchet, actuellement à la tête de la Société générale de financement (SGF), est cependant écarté, dit-on. M. Blanchet est le conjoint de la ministre des Finances, Pauline Marois. Selon toute vraisemblance, le poste pourrait être comblé à l'interne par Claude Séguin (premier vice-président de CDP Capital) ou Michel Nadeau (président de CDP Capital).