Norsk Hydro stoppe ses activités à Bécancour

L’usine de magnésium de Bécancour est la plus importante au monde.
Photo: L’usine de magnésium de Bécancour est la plus importante au monde.

Norsk Hydro a décidé d'abandonner complètement toutes ses activités dans le domaine du magnésium, ce qui entraînera forcément une cessation de la production à son usine de Bécancour, laquelle est mise en vente. À défaut de trouver «un bon acheteur», on fermera celle-ci, «mais on va tout faire pour que cela n'arrive pas», affirmait hier au Devoir Daniel Roy, président-directeur général de Norsk Hydro Canada. Cette usine emploie présentement 380 personnes, qui habitent pour la plupart à Trois-Rivières, à Bécancour ou à Nicolet.

Il y a presque 20 ans, soit le 20 octobre 1986, Norsk Hydro, une multinationale norvégienne jusqu'alors totalement inconnue ici, décidait d'investir 400 millions pour construire une usine de production de magnésium primaire à Bécancour afin de desservir le marché nord-américain. Cela devait créer 400 emplois pour de nombreuses années, prévoyait-on alors. Pourquoi délaisser le magnésium maintenant, alors que Norsk Hydro a commencé cette production en Norvège en 1951 et qu'elle possède à Bécancour la plus importante usine de magnésium au monde?

C'est d'abord la Chine qui bouscule complètement le marché, avec une production qui équivaut à 150 % de la demande. À cela, il faut ajouter la hausse du dollar canadien et l'augmentation des coûts d'énergie. Cette usine de Bécancour, qui fonctionne à 100 % de sa capacité et est encore rentable, vend la plus grande partie de sa production aux États-Unis, au Canada et au Mexique. Son principal client est General Motor, pour des pièces d'automobile. L'usine est rentable parce qu'elle bénéficie de contrats de vente à long terme signés alors que les prix n'étaient pas ceux de maintenant. Pour ce qui est des coûts d'énergie, l'entreprise paie le tarif «L», qui est celui des industries

en général et non pas celui dont profitent les alumineries, en vertu de contrats naguère «secrets». Norsk Hydro a déjà bénéficié de ce tarif privilégié, mais, accusée de dumping par les Américains, l'entreprise a préféré laisser tomber ce tarif dans les années 1990 afin de pouvoir continuer à vendre aux États-Unis.

Le conseil d'administration de Norsk Hydro a donc décidé officiellement en juillet dernier de mettre en vente ses actifs concernant le magnésium, soit l'usine de production de Bécancour et des usines de transformation en Chine et en Allemagne. Plus tôt cette année, elle avait fermé une usine de recyclage en Norvège, après avoir fermé sa vieille usine de production à Porsgrunn, en 2002. Pour ce qui est de la vente de l'usine de Bécancour, on a commencé à explorer le marché en avril dernier. Un groupe de travail est encore à l'oeuvre pour trouver des acheteurs potentiels. «On se donne jusqu'au milieu de l'automne 2006 pour trouver un acheteur», a dit M. Roy. «Notre usine pourrait se retrouver en meilleure position avec une autre compagnie. Sinon d'autres options, y compris la fermeture de l'usine, sont envisagées», précise-t-on dans le communiqué diffusé hier matin. De quelles options s'agirait-il? «Explorer davantage le marché», répond M. Roy, qui écarte par ailleurs complètement le scénario selon lequel Norsk Hydro demeurerait l'un des partenaires de l'usine, comme cela se voit souvent dans les alumineries. Norsk Hydro détient d'ailleurs une participation de 20 % dans l'aluminerie Alouette, à Sept-Îles.

Qui pourrait bien acheter cette usine de Bécancour, qui est trop spécialisée pour qu'on puisse la convertir pour la production d'aluminium? «Nous avons une courte liste d'acheteurs», répond M. Roy, en refusant de dire qui ils sont. On sait cependant que les principaux producteurs de magnésium dans le monde sont une société chinoise, une firme américaine qui s'appelle US Magnesium et une société israélienne du nom de Dead Sea. Les Russes sont également actifs dans ce domaine. Parmi les acheteurs potentiels, il pourrait y avoir des fournisseurs. «La production de magnésium est une industrie très complexe et nous sommes le plus gros producteur», souligne M. Roy. Trouver un acquéreur pour cette énorme usine d'une capacité de production de plus de 51 000 tonnes n'est certainement pas une mince affaire, compte tenu de sa spécialité, de sa taille et de son coût.

Est-ce que, par hypothèse, Investissement Québec ou la Société générale de financement ne pourrait pas éventuellement participer à une transaction? «Nous leur avons parlé, mais leur implication serait-elle perçue comme du dumping par les Américains?» Si M. Roy se pose la question, c'est que l'hypothèse a été envisagée.

L'annonce d'hier, qui coïncidait avec la présentation des résultats du deuxième trimestre de Norsk Hydro en Norvège, n'a pas pris les milieux syndicaux par surprise, puisque des rumeurs de mise en vente circulaient déjà depuis un certain temps. En outre, en juin dernier des travaux prévus de 30 millions pour augmenter la capacité de production ont été interrompus, sous le prétexte que le marché évolue mal. Les employés syndiqués attendront d'avoir plus de précisions avant de faire des commentaires.