Acier - La bataille pour Dofasco fait rage

Paris — La bataille fait rage entre les sidérurgistes européen Arcelor et allemand ThyssenKrupp pour s'emparer du canadien Dofasco, l'européen ayant encore relevé son offre d'achat hostile à plus de 5,66 milliards de dollars, des avances que, pour la première fois, Dofasco n'a pas rejetées.

Le numéro deux mondial Arcelor a augmenté hier le prix de son OPA hostile sur le numéro un canadien Dofasco de 63 $ à 71 $, dans l'espoir de battre l'offre concurrente et amicale faite samedi par ThyssenKrupp à 68 $. Dofasco a immédiatement qualifié la proposition d'Arcelor de «supérieure» à celle de ThyssenKrupp, alors qu'il avait encore recommandé samedi à ses actionnaires d'accepter les avances amicales de l'allemand. La nouvelle offre d'Arcelor, la troisième depuis le déclenchement de la bataille fin novembre, valorise Dofasco à 5,66 milliards, selon Arcelor.

«Le prix est cher mais stratégiquement [l'offre] fait sens», a commenté une maison de courtage européenne, sous couvert d'anonymat.

Pour tenter d'emporter Dofasco et le dissuader de se marier avec ThyssenKrupp, Arcelor a modifié les conditions de son OPA. Il propose maintenant de les rendre «essentiellement identiques aux conditions de l'offre de ThyssenKrupp sur Dofasco».

ThyssenKrupp, dont la proposition court jusqu'au 26 janvier, a jusqu'au 23 pour éventuellement surenchérir, a dit aussi Dofasco. Après cette échéance, le groupe canadien pourra entrer en négociation avec le groupe européen. Le patron d'Arcelor Guy Dollé a répété sa «conviction» que son groupe constituait un «excellent partenaire» pour Dofasco.

Mais le combat risque de se poursuivre, selon un analyste. «ThyssenKrupp va se réaligner [sur Arcelor]. Ils sont prêts à mettre le paquet. À chaque fois que l'un frappera, l'autre répondra», a-t-il prédit. Les numéros deux et dix mondiaux de l'acier bataillent depuis près de deux mois pour acheter Dofasco — l'un des sidérurgistes les plus rentables d'Amérique du Nord — et qui dispose de prometteuses mines de fer, notamment QCM au Québec.

ThyssenKrupp avait mis Arcelor au pied du mur samedi en relevant son offre sur Dofasco de 63 $ à 68 $, afin de s'implanter auprès du secteur automobile nord-américain, premier marché mondial. Preuve de la détermination de l'allemand, Dofasco avait accepté samedi de porter de 100 à 215 millions la pénalité qu'il paierait au cas où le mariage ne se ferait pas.

La nouvelle proposition d'Arcelor est «conditionnelle», notamment à ce que Dofasco «mette fin à la convention de soutien relative à l'opération avec ThyssenKrupp».

Après avoir échoué à l'automne 2005 dans des acquisitions en Ukraine et en Turquie, Arcelor était parti à l'assaut du canadien fin novembre. Le groupe franco-hispano-luxembourgeois avait lancé une OPA hostile à 56 $. ThyssenKrupp avait volé au secours du canadien avec une offre, cette fois amicale, à 61,50 $. Arcelor avait répondu par une surenchère à 63 $, avant que ThyssenKrupp ne s'aligne sur le même montant puis relève encore son offre samedi.

L'allemand a laconiquement indiqué hier «étudier» la nouvelle contre-attaque d'Arcelor, tout en rappelant que son offre était encore jusqu'ici soutenue par Dofasco.