Salon de Detroit - Deux grosses cylindrées en panne d'idées

À l'instar des grands studios de Hollywood, qui semblent condamnés à refaire inlassablement les mêmes films en les actualisant un peu et en y ajoutant des effets spéciaux plus percutants, Dodge et Chevrolet nous ont servi, la semaine dernière au salon de Detroit, deux «remakes» de mauvais goût: la Challenger et la Camaro.

Quand les constructeurs américains sont déterminés à prouver au monde entier ce dont ils sont capables, ils vont invariablement piger dans leur boîte à souvenirs pour en extraire des gloires du passé. Et depuis que Ford remporte un succès indéniable avec son clone de Mustang 1967, les «muscle cars» ont la cote, malgré le prix de l'essence qui rend ce type de voiture parfaitement anachronique.

Insouciante Amérique

Ne voulant pas être en reste, DaimlerChrysler et General Motors se sont chacun sentis obligés de faire renaître, sous forme de concept, une de leurs voitures mythiques. De ces deux prototypes, que l'on risque de voir en production d'ici trois ans, la Challenger est certainement la plus élégante puisqu'elle reprend, trait pour trait, les formes de son ancêtre de 1970. Le résultat, nostalgique à souhait, nous transporte à une époque révolue: quand l'Amérique était encore insouciante, avant l'affaire du Watergate, la retraite du Vietnam et la crise du pétrole de 1973.

La Camaro, quant à elle, se veut une évocation explicite, plutôt qu'un hommage littéral, au modèle original. En effet, cet emboîtement de volume gauche et maladroit est supposé nous rappeler les courbes sensuelles et athlétiques de la Camaro de 1966. La silhouette brutale de cette réincarnation est une agression visuelle, dans tous les sens du terme, mais peut-être était-ce l'effet recherché? À n'en pas douter, les designers qui ont travaillé sur la carrosserie sont certainement les mêmes qui s'étaient déjà fait la main sur la Pontiac Aztek. On reconnaît leur style. Il y a bien le profil du pavillon (surtout le montant arrière) qui arrive à nous remémorer efficacement la Camaro originale, mais la calandre en forme de chasse-neige et les feux arrière empruntés à une vieille Chevrolet Lumina viennent tout gâcher.

Triste constat

Ces deux sportives évoquant un passé révolu n'ont aucune réelle pertinence dans le paysage automobile actuel, si ce n'est de donner l'illusion, pour un instant, aux Américains qu'ils peuvent panser les plaies de toutes ces blessures que leur ont infligées les constructeurs asiatiques au cours des trois dernières décennies. À elles seules, la Challenger et la Camaro sont le symbole du déclin inexorable des constructeurs américains qui, faute d'idées neuves, semblent condamnés à avancer en regardant derrière eux.

Collaborateur du Devoir

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