Portrait - Triotech engagé dans le jeu de la croissance

Frédéric Lachance, président de Triotech
Photo: Jacques Grenier Frédéric Lachance, président de Triotech

En 1997, Frédéric Lachance ouvrait avec son frère un café Internet en face du Cégep de Joliette. Il ne se doutait pas que, quelques années plus tard, cela l'amènerait à mettre sur pied une entreprise qui se spécialiserait dans la conception et la fabrication de jeux vidéo pour arcades et de jeux d'animation en trois dimensions à sièges multiples, des produits qui allaient être vendus un peu partout dans le monde.

Triotech Amusement voyait le jour en 1999. Dans les cinq années qui ont suivi, le chiffre d'affaires a doublé chaque année, si bien qu'en 2006 les revenus se situeront entre huit et 10 millions, prévoit M. Lachance. Les objectifs sont d'atteindre 20 millions dans environ trois ans. Présentement, 70 % de la production est vendue aux États-Unis, mais il y a aussi des clients en Grande-Bretagne, au Mexique, en Russie, au Kazakhstan et dans divers autres pays, mais encore presque rien au Canada, ce que le jeune président a du mal à comprendre.

Triotech Amusement est «un petit joueur bien connu de tout le monde», dit-il avec la plus grande simplicité. Aujourd'hui âgé de 35 ans, il est l'aîné des trois jeunes qui ont fondé cette entreprise sans vraiment savoir où cela les conduirait. Auparavant, Frédéric avait quitté le Québec à 18 ans pour aller travailler aux États-Unis, à New York et à Detroit, où il prenait épouse avant de revenir deux ans plus tard à Berthierville. Pendant quatre ans il fut gérant adjoint d'un restaurant McDonald's. Puis, avec son frère David, qui avait comme lui le goût de posséder sa propre entreprise, ils eurent l'idée d'ouvrir un café Internet à Joliette dans lequel furent installés une quinzaine d'ordinateurs. Il y avait aussi des cabines de jeux avec système d'écouteurs pour permettre l'interaction entre les joueurs. Afin d'en faire la promotion dans les endroits publics, tels que les centres commerciaux, les deux frères décidèrent de construire des cabines, ce qui fut beaucoup plus ardu que prévu. «Ce n'était au début que des jeux de tirs, mais on s'est aperçus qu'on pouvait en vendre», se rappelle Frédéric Lachance, devenu président de Triotech.

Pour mettre au point ces appareils, les frères Lachance avaient fait appel à un programmeur, Ernest Yale, concepteur de jeux vidéo depuis l'âge de 12 ans. M. Yale est rapidement devenu le troisième partenaire dans l'entreprise. Ne reculant devant rien, les jeunes entrepreneurs se rendirent au Salon des jeux d'arcades qui a lieu chaque année à Atlanta pour y présenter les quatre machines qu'ils avaient construites. Celles-ci suscitèrent beaucoup d'intérêt. Néanmoins, il fallait absolument les vendre, sinon la compagnie allait devoir être dissoute. Un client s'est présenté à la dernière journée du Salon, qui a acheté les machines pour un montant de 32 000 $. Ce client est même devenu un distributeur et il a placé une commande pour 60 autres appareils. Le temps était venu de quitter le petit local de Berthierville pour s'installer dans un immeuble de 7000 pieds carrés à Lavaltrie, qui aujourd'hui est pratiquement devenu trop petit.

Cette année, Triotech va fabriquer environ 300 machines pour les arcades et de 12 à 20 salles de théâtre fixes. Les sièges de ces produits peuvent simuler différentes sensations de mouvements avec films 3D. Ce sont des produits de luxe, déclare le président. La chaise la moins chère se vend à plus de 10 000 $US. Une salle de théâtre fixe vaut 250 000 $, comprenant le système de base et une dizaine de sièges coûtant chacun 14 000 $. Le nombre de sièges peut être augmenté sans limites. Présentement, l'équipe des concepteurs s'affaire aussi à mettre au point de façon virtuelle un prototype de théâtre mobile, c'est-à-dire qui pourrait très rapidement se replier sur lui-même, les sièges y compris, et être remorqué en d'autres lieux. Un tel produit pourrait fort bien trouver preneur auprès des promoteurs sur le circuit des foires et des expositions locales et régionales, qui ont lieu dans plusieurs villes pendant la saison estivale.

M. Lachance soutient que Triotech occupe une bonne place parmi une dizaine de petites entreprises qui occupent ce marché aux États-Unis. Parmi ses clients, il y a même eu EuroDisney et aussi DisneyWorld, en Floride. «Nous voulons être un joueur mondial et nous avons l'équipe pour y arriver», affirme le président. Triotech compte actuellement 35 employés, dont une dizaine affectés à la recherche et au développement de logiciels sous la direction du partenaire Yale, qui lui est installé à Montréal avec son équipe.

Le reste de l'entreprise est à Lavaltrie; le président s'occupe principalement de la vente, du marketing et du développement du design, alors que son frère David a la responsabilité de la gestion du personnel, des aspects techniques et mécaniques, y compris le soutien technique après-vente. Alors qu'au début l'entreprise fabriquait entièrement les appareils, désormais elle fait de l'assemblage; les pièces, qu'elles soient en bois, en métal ou en plastique, lui sont pour la plupart fournies par des sous-traitants québécois. «Nous mettons autant d'efforts à développer le software que le hardware pour obtenir des produits uniques», affirme encore M. Lachance.

Comme le marché de ces divers appareils de jeux évolue, étant donné que les jeunes restent aujourd'hui davantage à la maison pour utiliser des jeux plutôt que d'aller dans les arcades, il faut inventer de nouveaux produits plus attrayants, offrant le mouvement et présentant un design irrésistible. Bien sûr, Triotech a des produits qui ont évolué depuis les premières machines. Il y a actuellement quatre produits différents sur le marché et deux autres devraient l'être dans les prochains mois.

Jusqu'à maintenant, cette petite entreprise de Lavaltrie effectue la plupart de ses ventes directement à des clients qui se présentent aux diverses foires commerciales auxquelles elle participe. À ce jour, Triotech continue de miser sur le salon d'Atlanta et deux autres événements semblables aux États-Unis, ainsi qu'à une foire en Grande-Bretagne. Pour la première fois, en avril prochain, M. Lachance participera à un salon à Dubai. Triotech mise également sur l'aide de quelques distributeurs et deux vendeurs aux États-Unis, l'un à Los Angeles, l'autre au Texas.

Triotech est une société privée qui compte présentement quatre actionnaires, soit les trois fondateurs et le Fonds de solidarité FTQ de la région, qui détient une participation de 25 %. Toutefois, pour atteindre d'ici quelques années un chiffre d'affaires de 20 millions, il faudra restructurer l'entreprise, aller chercher des professionnels additionnels (vendeurs, ingénieurs, directeur artistique) et bien sûr de nouveaux investisseurs. Il n'est cependant pas question de convertir cette entreprise privée en société ouverte.

En 2005, Frédéric Lachance, David Lachance et Ernest Yale ont remporté le prix des jeunes entrepreneurs de la Banque de développement du Canada pour le Québec.