La croissance de l'emploi a été solide mais contrastée au Canada

L’Ontario et le Québec ont dû conjuguer avec un secteur manufacturier moribond.
Photo: Agence Reuters L’Ontario et le Québec ont dû conjuguer avec un secteur manufacturier moribond.

Malgré la somnolence observée en décembre, le marché du travail a été vigoureux en 2005. La création d'emplois a cependant été inégale d'une région à l'autre, les plus forts gains se concentrant dans l'Ouest alors que l'Ontario et le Québec ont dû conjuguer avec un secteur manufacturier moribond. Il y a contraste, qui ne devrait toutefois pas empêcher la Banque du Canada de poursuivre son resserrement monétaire.

Le marché du travail canadien a connu une fin d'année morose, avec une perte nette de 2100 emplois, alors que le consensus parmi les analystes faisait plutôt ressortir un gain attendu de 20 000. N'empêche, le choc de cette première baisse en trois mois est amoindri par le fait que celle-ci survient après un gain de 99 300 emplois en octobre et novembre. Et plus en détail, ce recul traduit une création nette de 36 000 emplois à temps plein le mois dernier, contrebalancée par une perte de quelque 38 000 emplois à temps partiel.

Cet ajustement, combiné à un accroissement de la population active, a poussé le taux de chômage à 6,5 % en décembre, en légère hausse de 0,1 point par rapport au taux record de novembre.

Par province, le Québec a inscrit un gain net de 10 200 emplois le mois dernier. Le taux de chômage est cependant passé de 8 à 8,2 % sous le coup d'une augmentation du nombre de personnes se disant à la recherche active d'un emploi. À l'opposé, l'emploi a fléchi de 18 000 en Ontario en décembre, alors que le taux de chômage s'est établi à 6,2 %, en hausse de 0,1 point par rapport à novembre.

Au total, pour l'ensemble de 2005, Statistique Canada a calculé un gain net de 232 500 emplois au pays (de décembre 2004 à décembre 2005), soit un taux de croissance de 1,4 %, semblable à celui de 2004, une année qui avait permis de générer 226 300 emplois. Une performance solide qui se veut toutefois bigarrée d'une province à l'autre. Ainsi, la Colombie-Britannique s'est classée au premier rang de la croissance de l'emploi l'an dernier avec un taux de 3,8 %.

L'Alberta a suivi avec une croissance de l'emploi de 1,8 % et le taux de chômage le plus bas, à 4,1 %. Au Québec et en Ontario, l'augmentation a été de 1,4 % et de 1,2 % en 2005, avec une création d'emplois de 51 400 et de 75 800 respectivement.

Ces deux provinces ont été frappées de plein fouet par la crise qui sévit dans le secteur de la fabrication. «C'est sans surprise que l'on retrouve les plus lourdes pertes dans le secteur manufacturier. Elles sont estimées à 100 400 pour les mois de décembre 2004 à décembre 2005 [à 152 000 du sommet au creux]. Avec un huard qui est passé en moyenne de 76,8 ¢US en 2004 à 82,5 ¢US en 2005, on devine aisément que les manufacturiers exportateurs n'ont pas eu la vie facile, malgré le bon tonus de l'économie américaine. En fait, le dollar canadien a atteint 86,1 ¢US en décembre 2005 et a démarré l'année en force, ce qui présage des difficultés accrues pour les exportateurs, au moins en début d'année», a commenté Joëlle Noreau, économiste au Mouvement Desjardins.

Moyennes annuelles

En moyennes annuelles, des données qui viennent faciliter le jeu des comparaisons d'une année à l'autre, la création d'emplois en 2005 s'est chiffrée à 228 000 à l'échelon canadien (contre 285 000 en 2004), faisant ressortir une croissance annuelle de 1,4 % (de 1,8 % en 2004) et un taux de chômage moyen de 6,7 % l'an dernier (contre 7,2 %).

Au Québec, les moyennes annuelles indiquent une création de 36 000 emplois (contre 61 000 en 2004), un taux de croissance de 1 % (contre 1,7 %) et un taux de chômage moyen de 8,2 % (contre 8,5 %). En Ontario, ces moyennes annuelles indiquent une création nette de 83 000 emplois l'an dernier (comparativement à 108 000 en 2004), une croissance de 1,3 % (contre 1,7 %) et un taux de chômage moyen de 6,6 % (contre 6,8 %).

Ces performances disparates projettent également leur contraste sur l'évolution des salaires. «En décembre, le salaire horaire moyen était de 3,8 % supérieur à ce qu'il était 12 mois plus tôt, alors que le taux de croissance sur 12 mois de l'indice des prix à la consommation s'est établi à 2 % en novembre», a souligné Statistique Canada. L'agence nationale a pointé en direction de l'Alberta qui, en raison d'un marché du travail très serré, a affiché une hausse du salaire horaire moyen de 7,5 % par rapport à décembre 2004.

Faisant fi de ces disparités régionales, la Banque du Canada retiendra les pressions qui s'exercent tant sur l'activité économique que sur les salaires, et ce, à l'échelle canadienne. «Alors que l'économie tourne pratiquement à pleine capacité et que le taux de chômage est encore près du niveau le plus bas en 30 ans [soit le taux de 6,4 % inscrit en novembre], ces statistiques conforteront la Banque du Canada dans son régime de resserrement monétaire préventif», croient les économistes Stéfane Marion et Éric Dubé, de la Financière Banque Nationale. Ces derniers tablent sur deux hausses supplémentaires d'un quart de point du taux cible de la banque centrale.

Carl Gomez, économiste au Groupe financier TD, s'inspire de la croissance des salaires, à 3,8 % en décembre, pour soutenir que la Banque du Canada poursuivra sur sa lancée. Il voit le taux cible, présentement à 3,25 %, atteindre un sommet de 4 % vers le milieu de l'année. Chez Desjardins, on ne va pas aussi loin. Tout au plus précise-t-on que «la Banque du Canada devrait continuer à court terme son resserrement monétaire et opter, le 24 janvier prochain, pour un autre relèvement de 25 points de base de la cible du taux d'intérêt des fonds à un jour».