Deux banques accusées de financer le terrorisme

New York — Plusieurs dizaines de victimes d'attentats ont porté plainte aux États-Unis contre les banques britannique National Westminster Bank (NatWest) et française Crédit lyonnais, accusées de fournir des services à des organisations palestiniennes considérées comme terroristes.

Les deux banques sont visées par des plaintes distinctes les accusant d'effectuer des opérations financières pour des organisations parrainant le mouvement radical islamiste Hamas, ont indiqué hier les avocats des plaignants, tous américains.

«L'Amérique ne peut permettre aux banques de faire des affaires dans ce pays en même temps qu'elles fournissent à l'étranger des services financiers aux organisations spécifiquement désignées comme terroristes», a indiqué Gary Osen, un des conseils. «En votant l'Anti-Terrorism Act, le Congrès a reconnu la menace posée par le financement du terrorisme et il a mis en oeuvre une loi destinée très précisément à empêcher ce genre de conduite.»

Une première plainte, déposée jeudi devant un tribunal de New York, accuse NatWest d'effectuer des opérations financières pour Interpal (le Fonds de secours et de développement palestinien) qui fournit de l'aide humanitaire dans les territoires palestiniens. En 2003, les États-Unis ont inscrit Interpal, dont le siège se trouve en Grande-Bretagne, sur leur liste d'organisations considérées comme terroristes.

Cette plainte en nom collectif a été déposée par plusieurs victimes américaines et proches de victimes d'attentats commis en Israël ces dernières années et revendiqués par le Hamas. Selon le texte de la plainte, Interpal sert de relais financier au Hamas.

NatWest est notamment accusé de faciliter la levée de fonds par Interpal, en gérant des transactions en-ligne permettant à l'organisation de collecter de l'argent sur son site internet via des dons par cartes de crédit.

Le Crédit lyonnais est lui visé par une plainte déposée devant un tribunal du New Jersey par Moses Strauss et sa famille. Strauss, un jeune Américain qui étudiait en Israël, avait été blessé en 2003 dans un attentat commis dans un autobus à Jérusalem et revendiqué par le Hamas.

La plainte accuse le Crédit lyonnais d'avoir effectué des opérations pour le compte du Comité de bienfaisance et de secours aux Palestiniens (CBSP), organisme basé en France et également considéré comme terroriste depuis 2003 par les États-Unis. Les plaignants affirment que le CBSP est liée au Hamas.

«Pour moi, c'est une question de responsabilité», a expliqué un des plaignants visant NatWest, Sarri Singer, blessé en juin 2003 dans un attentat à la bombe contre un bus à Jérusalem. «Aucune banque ne devrait contribuer à transférer de l'argent à des terroristes qui mutilent et assassinent des citoyens américains.»

NatWest a cependant rejeté les accusations, jugées «sans fondement»: «La Commission britannique sur les organismes caritatifs a enquêté sur les connexions présumées d'Interpal avec l'organisation terroriste Hamas, en 1996 et en 2003, et à chaque fois n'a trouvé aucune preuve de méfait de la part d'Interpal».

«Chaque fois que de telles affirmations ont été soumises à une étude approfondie [...] il a été dit qu'Interpal n'avait rien à se reprocher», a de son côté dit dans un communiqué le président d'Interpal, Ibrahim Hewitt. Le Crédit lyonnais a pour sa part indiqué avoir «rompu» depuis 2003 «toutes les relations» avec le CBSP, avant même son inscription par les États-Unis sur la liste des organisations ayant un lien avec le terrorisme.