Situation financière - Les Canadiens pessimistes

Toronto — La plupart des Canadiens estiment que l'écart entre les indices économiques nationaux et leur situation financière personnelle va en grandissant, révèle un sondage diffusé hier.

De leur côté, des économistes des cinq grandes banques s'attendent à ce que l'économie canadienne continue de prendre de la vigueur en 2006, dans l'ordre d'environ 2 % en Ontario ou même jusqu'à 5 % en Alberta.

Le niveau d'optimisme des Canadiens en ce qui a trait à l'économie n'a jamais été aussi élevé depuis 13 ans, a indiqué Michael Marzolini, président et directeur général de Pollara Inc.

Toutefois, les indices économiques sont «à la hausse au pays mais pas encore pour les individus», a-t-il déclaré lors d'une conférence prononcée devant des membres de l'Economic Club de Toronto.

Selon le sondage effectué avant Noël par Pollara, 86 % des Canadiens affirment que leur situation financière régresse ou ne fait aucun progrès par rapport au coût de la vie, a indiqué M. Marzolini. «Soixante-dix pour cent des Canadiens trouvent que l'économie est forte, mais seulement 11 % disent qu'ils font de l'argent.»

M. Marzolini a ajouté en entrevue que les Canadiens «ne sont pas sur le point d'aller manifester dans la rue, mais il existe une frustration sous-jacente».

Campagne électorale

L'une des conséquences de cette situation, a-t-il dit, c'est qu'au cours de la présente campagne électorale, les partis jouent des coudes pour présenter des réductions d'impôt qu'ils disent plus efficaces que celles de leurs opposants.

Le parti qui formera le prochain gouvernement devrait toutefois se concentrer sur l'équilibre fiscal tout en misant sur des réductions d'impôt qui visent surtout les entreprises et la productivité, ont déclaré les économistes des banques à environ 200 des principaux intervenants de Bay Street.

Globalement, l'économie sera «très similaire à l'an dernier», a déclaré Craig Wright, de RBC Groupe financier, prédisant que les prix des produits de base baisseront au fur et à mesure que les taux directeurs de la Réserve fédérale américaine et de la Banque du Canada augmenteront.

Les économistes ont tous affirmé que les progrès seront plus marqués en Alberta et en Colombie-Britannique que dans les provinces du centre, prédisant des augmentations du produit intérieur brut de 2,5 à 3,5 % à l'échelle nationale.

Avery Shenfeld, de Marchés mondiaux CIBC, a comparé l'économie canadienne à une situation où «vous avez la tête dans le four et les pieds sur la glace et, en moyenne, vous vous sentez quand même plutôt bien». Don Drummond, de la Banque TD, a dit s'attendre à «un ralentissement important» de l'économie américaine durant le deuxième semestre de 2006, ce qui donnera lieu à un relâchement des taux d'intérêt d'ici la fin du troisième trimestre.

Il est par ailleurs probable que le dollar canadien continuera de fluctuer, mais Warren Jestin, de la Banque Scotia, prévoit une tendance à la hausse vers les 90 ¢US.

«La menace no 1 aux progrès du Canada est le dollar américain», a affirmé Rick Egelton, de la Banque de Montréal. Les entreprises canadiennes, selon lui, se sont «plutôt bien ajustées» à la remontée du dollar canadien depuis trois ans, mais elles seront grandement affectées si les étrangers cessent d'investir aux États-Unis et provoquent ainsi la chute du dollar américain.

Le sondage de Pollara, qui a été effectué auprès de 1260 personnes avant Noël, comporte une marge d'erreur de 2,8 %, 19 fois sur 20.