Retour de l'optimisme au Japon

À l’image de cette jeune fille de Tokyo, les Japonais abordent 2006 dans un climat plus positif qu’au cours des dernières années.
Photo: Agence Reuters À l’image de cette jeune fille de Tokyo, les Japonais abordent 2006 dans un climat plus positif qu’au cours des dernières années.

Tokyo — Reprise apparemment durable de la croissance, déflation presque vaincue, secteur bancaire assaini, réformes structurelles en vue: l'économie japonaise, la deuxième du monde, termine l'année 2005 dans un climat d'optimisme qu'elle n'avait pas connu depuis de nombreuses années.

Le gouvernement table sur un taux de croissance de 2,7 % pour l'année budgétaire 2005, qui se termine le 31 mars, après 1,9 % en 2004. Et la chute régulière des prix à la consommation qui empoisonnait la vie économique du pays depuis plus de sept ans devrait s'achever fin 2005 ou début 2006, estime de son côté la Banque du Japon, qui songe à resserrer sa politique monétaire.

Encore incertain fin 2004, le panorama économique japonais s'annonce bien meilleur fin 2005.

La chute du yen par rapport au dollar dans les derniers mois de l'année a embelli les perspectives du commerce extérieur nippon, qui profite en outre d'un regain de la demande chinoise au dernier trimestre, à quoi s'ajoute un sensible redémarrage de la consommation intérieure.

Le problème des créances douteuses, hérité de l'éclatement de la bulle immobilière au début des années 1990 et qui avait failli provoquer l'effondrement du système bancaire nippon, s'est complètement résorbé début 2005. Les grandes banques japonaises ont pratiquement fini de rembourser les sommes injectées par le gouvernement pour éviter le désastre.

Porté par ces bonnes perspectives, l'indice Nikkei de la Bourse de Tokyo s'apprête à clore l'année sur un gain de plus de 35 %.

«2005 se termine sur une note forte», estime Jesper Koll, analyste chez Merrill Lynch, qui se dit «optimiste sur l'avenir à long terme de l'économie japonaise» et s'attend à «une hausse structurelle de la productivité grâce aux effets cumulés des réformes micro et macroéconomiques accomplies au cours des cinq dernières années».

Référendum gagné

Le triomphe historique du premier ministre libéral Junichiro Koizumi aux législatives de septembre, dont il avait fait un référendum pour ou contre les «réformes structurelles», a accru les espoirs de voir disparaître la gabegie et les lourdeurs administratives qui handicapent le géant économique nippon.

Emblème de ces réformes: la privatisation de la poste nippone, considérée comme la plus grande banque du monde, a été adoptée par le Parlement en octobre après des mois de bataille politique. Le processus sera enclenché en 2007.

Pour le moment, l'État japonais continue toutefois à vivre allègrement au-dessus de ses moyens: malgré des dépenses publiques et des émissions de bons du Trésor en diminution, la dette publique nippone augmentera encore de 0,7 % l'an prochain à 775 000 milliards de yens (environ 7595 milliards de dollars), soit 151 % du produit intérieur brut, un montant sans équivalent pour un pays développé.

Les prometteuses statistiques macroéconomiques occultent cependant une réalité plus contrastée parmi les entreprises.

Les sidérurgistes japonais ont profité à plein en 2005 de la forte demande chinoise, et les constructeurs automobiles de l'engouement des Américains pour les voitures économes en carburant: Toyota espère ainsi détrôner en 2006 General Motors, l'actuel numéro un mondial du secteur.

Mais pour certains grands noms de l'électronique nippone, 2005 aura été une annus horribilis, soit en raison d'erreurs stratégiques passées, soit de la concurrence féroce qui fait rage dans le secteur.

Le géant Sony a ainsi supprimé 10 000 emplois et a lancé un «plan de guerre» dans l'espoir de retrouver sa splendeur passée.

Et Sanyo a multiplié les avertissements sur résultat, supprimé 14 000 emplois et s'est doté d'un plan de la dernière chance aux résultats incertains.

Soumis lui aussi à la chute des prix dans l'électronique grand public, Pioneer a annoncé 2600 licenciements.