OPA amicale sur Falconbridge - Deux géants miniers s'unissent

Scott Hand, chef de la direction d’Inco, à gauche, et son homologue de Falconbridge, Derek Pannell, hier à Toronto.
Photo: Agence Reuters Scott Hand, chef de la direction d’Inco, à gauche, et son homologue de Falconbridge, Derek Pannell, hier à Toronto.

Deux géants miniers canadiens ont annoncé hier leur regroupement. Dans une transaction évaluée à 13 milliards, la plus grosse de l'histoire minière canadienne, Inco entend mettre la main sur Falconbridge et devenir le géant mondial du nickel. L'offre publique d'achat est dite amicale et toute surenchère pouvant venir d'un tiers est frappée d'un tribut de 320 millions $US.

Moins de quatre mois après sa fusion avec Noranda, Falconbridge devrait passer dans le giron d'Inco. Dans le cadre d'une OPA amicale, cette dernière entend offrir, au maximum, 7,50 $ en espèces et 0,524 de ses actions ordinaires pour chaque action ordinaire de Falconbridge. Ainsi, la somme maximale d'argent devant être versée par Inco s'élèvera à près de 2,83 milliards et le nombre maximal d'actions ordinaires d'Inco devant être émises sera d'environ 201 millions, peut-on lire dans le communiqué. La transaction accorde donc une valeur de 34 $ à l'action de Falconbridge ou l'équivalent de 0,6713 action d'Inco majorée de 5 ¢, ajoute-t-on.

En Bourse, l'action de Falconbridge a bondi de 12 % hier, ou de 3,77 $, pour clôturer à 34,59 $. Celle d'Inco reculait de 29 ¢, ou de 0,6 %, à 51,61 $.

Au terme de la transaction, qui repose sur le dépôt d'au moins les deux tiers des actions de Falconbridge, les actionnaires actuels d'Inco détiendraient environ 54 % de l'entreprise et ceux de Falconbridge, 46 %, sur la base du dépôt de la totalité des actions visées. Cette répartition, combinée au versement en espèces de 2,87 milliards aux actionnaires actuels de Falconbridge, confère à la nouvelle Inco une valeur boursière de près de 21 milliards. Combiné, le chiffre d'affaires des deux entreprises a totalisé les 11 milliards l'an dernier.

En point de presse, la direction des deux entreprises a insisté sur le fait que le regroupement des deux joueurs donnera naissance au plus grand producteur de nickel au monde, le cinquième plus important producteur de cuivre et l'un des joueurs dominants dans l'industrie du zinc. Le président du conseil et chef de la direction d'Inco, Scott Hand, «a rappelé les excellentes perspectives de croissance des secteurs du nickel et du cuivre, en grande partie en raison du maintien de la forte demande chinoise».

Dédoublements

Ce regroupement ne sera pas sans produire des dédoublements. En fait, on prévoit des gains de synergie annuels de 350 millions $US d'ici la fin de 2007. «Ces synergies et économies proviendront d'une gestion efficace d'activités qui se recoupent, d'une meilleure utilisation des installations d'extraction et de traitement canadiennes, de l'intégration des meilleures pratiques ainsi que d'économies sur le plan des dépenses en immobilisations.»

Inco et Falconbridge ayant toutes deux un siège social à Toronto, des emplois seront éliminés à ce niveau, a-t-on indiqué hier sans donner de chiffres précis. Dans la région de Sudbury, qui abrite le gros de la production de nickel, entre 100 et 150 emplois seront retranchés mais on pense pouvoir, à plus long terme, accroître l'emploi dans cette région, a indiqué Derek Pannell, chef de la direction de Falconbridge, qui conservera ce poste au sein d'une entreprise, Inco, qui, après l'absorption de Falconbridge, abritera des effectifs mondiaux de 25 000 personnes.

Au Québec, Falconbridge compte sept sites et près de 3000 employés. Plus de la moitié de ces employés se trouvent dans la région de Montréal, aux affineries de cuivre et de zinc situées à Montréal-Est et Valleyfield, en plus d'une fonderie à Lachine. L'entreprise possède également la fonderie Horne à Rouyn-Noranda, la mine de nickel Raglan dans le nord du Québec ainsi qu'une participation de 80 % dans l'usine de magnésium Magnola, près d'Asbestos.

Surenchère

La direction des deux entreprises n'a pas voulu commenter, hier, les probabilités de surenchères. On a pris soin d'indiquer, cependant, que «la convention de soutien prévoit qu'Inco versera à Falconbridge des frais pouvant aller jusqu'à 320 millions $US si l'acquisition n'est pas menée à terme pour certaines raisons.»

La Suissesse XStrata s'était portée acquéreur, en août dernier, d'une participation de 19,9 % de Falconbridge des mains de la société de portefeuille Brascan. L'entreprise de Suisse acceptait alors de verser 2 milliards, soit l'équivalent de 28 $ l'action, et ne cachait pas vouloir prendre, ainsi, une position stratégique en vue d'une éventuelle acquisition. «Nous n'avons pas l'intention de demeurer un actionnaire minoritaire à long terme», avait dit le p.-d.g., Mick Davis. XStrata, qui accordait alors une valeur marchande de 10 milliards à Falconbridge, demeurait silencieuse hier.

Cette prise de participation survenait moins de deux mois après que les actionnaires de Falconbridge et de Noranda eurent donné leur aval à la fusion de ces deux entreprises. Cette fusion visait à donner à Falconbridge sa pleine valeur marchande, Noranda estimant que sa participation de 59 % était sous-évaluée.

Elle s'inscrivait dans un contexte de vente de Noranda, offerte officiellement sur le marché en juin 2004. Brascan s'engageait alors dans une opération de recentrage de ses activités qui accordait peu de place à la composante minière du holding torontois. Cette mise en vente avait intéressé la société d'État chinoise China Minmetals le temps d'une négociation exclusive qui n'aura duré que cinq mois.

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