Honda Ridgeline - Un camion nouveau pour un nouveau siècle

Nous n'avons pas l'habitude de parler de camions ni d'utilitaires dans ces pages. Pas en termes élogieux à tout le moins. Ces véhicules n'ont bien souvent à proposer qu'une consommation d'essence déplorable, un agrément de conduite inexistant et une carrosserie étudiée pour grossir artificiellement l'ego de ceux qui les conduisent. Mais, voilà qu'arrive le Honda Ridgeline, une camionnette qui vient bouleverser toutes les conventions et les idées reçues sur ce type de véhicule.

Certaines personnes ont un mode de vie qui leur impose l'achat d'un camion: je pense à ceux qui remorquent l'équivalent d'un bungalow sur roue, ceux dont la résidence secondaire est au fin fond des bois ou encore tous ces bricoleurs impénitents qui font compulsivement l'aller-retour entre leur domicile et le magasin de matériaux de construction. La hausse récente des prix de l'essence est venue jeter une douche froide sur les habitudes de tous ces gens, et c'est là que le Ridgeline entre en scène. Ce camion offre le meilleur des deux mondes puisque sa consommation est comparable à celle de bien des berlines intermédiaires. De même pour sa tenue de route, qui n'a rien à voir avec celle des autres camionnettes dans ce segment. Un long essai de plus de 3500 kilomètres m'aura permis de découvrir les vertus du Ridgeline.

«Tabula rasa»

Les ingénieurs de Honda ont fait table rase des préceptes et des dogmes qui dictent la configuration mécanique de ce type de camions. Une recette qui a d'ailleurs très peu évolué depuis que Henry Ford s'est décidé un matin à boulonner une caisse en bois sur le châssis d'un modèle T.

Aussi innovateur que décalé, le Ridgeline est difficile à situer dans un segment précis du marché. Bien qu'il ne soit guère plus gros qu'un Nissan Frontier, il offre pratiquement autant d'espace intérieur qu'un Chevrolet Avalanche, ou qu'un Ford F-150 Supercrew, en proposant des places confortables pour cinq adultes. De plus, malgré sa faible cylindrée, son moteur V6 de 3,5 litres (associé à une boîte automatique à cinq rapports) offre autant de puissance et de couple que ceux que l'on retrouve dans les moyennes et grandes camionnettes ayant une capacité de charge d'une demi-tonne.

Ces éléments mécaniques sont une évolution de ceux qui équipent déjà les Honda Pilot et Acura MDX. L'ensemble a cependant subi de nombreuses modifications pour encaisser les abus auxquels est fréquemment soumise une camionnette. Bien sûr, pour un conducteur de pick-up traditionnel, le Ridgeline est une pure hérésie: son moteur est disposé de façon transversale et les roues avant ont la priorité dans l'application de la force motrice. Ces choix techniques innovateurs lui permettent cependant d'avoir une tenue de route plus civilisée tout en offrant plus de place aux occupants.

Double structure

La structure du véhicule nous réserve aussi quelques surprises. Pour obtenir une tenue de route précise et donner de la robustesse au Ridgeline, Honda a conçu la carrosserie la plus rigide possible. Pour ce faire, on a mis au point une autre innovation qui défie les conventions: un réseau de profilés à section rectangulaire soudés à même le plancher de la carrosserie monocoque. En intégrant ainsi l'équivalent d'un châssis en échelle à la coque du camion, déjà structurelle, on obtient une double structure sans trop ajouter de poids.

Avec autant de rigidité, pas étonnant de constater que la tenue de route soit une des forces du Ridgeline, d'autant plus que Honda s'est refusé à employer un essieu arrière rigide, comme cela se fait sur tous les pick-up. Ainsi, on a préféré concevoir une suspension arrière indépendante qui offre une plus grande douceur de roulement, tout en éliminant les sautillements qui sont habituels sur ce type de véhicule. De plus, cette suspension confronte la logique populaire voulant qu'il soit préférable d'avoir un essieu rigide pour tracter une remorque.

Dans toutes les situations, le Ridgeline se conduit avec l'aisance d'une voiture. Le freinage est puissant, mais les accélérations manquent un peu de vigueur. La conséquence positive de cet état de fait est que cela aide à garder une consommation de carburant très raisonnable. D'ailleurs, malgré de longues heures de conduite — à des vitesses qu'il ne serait pas décent de publier — et malgré le relief montagneux des routes du Nouveau-Brunswick, la consommation moyenne s'est maintenue autour de 12 litres/100.

Un vrai coffre!

L'autre atout majeur du Ridgeline est sa caisse arrière novatrice dont le fond peut s'ouvrir, révélant un immense coffre de 241 litres avec verrou. Ce coffre étanche permet de loger des outils, des bagages ou des sacs de golf à l'abri des regards indiscrets et des intempéries. À l'usage, ce coffre, qui peut être perçu au début comme un simple gadget, se révèle si pratique que l'on en vient à plaindre tous ceux qui doivent s'en passer. Le panneau de caisse, quant à lui, peut se rabattre normalement vers le bas, comme dans n'importe quelle camionnette, mais il peut aussi s'ouvrir latéralement, en pivotant à l'aide d'un système de pentures breveté. Cela permet de faciliter l'accès.

Si vous vous demandiez pourquoi le panneau de caisse semble trop bas par rapport aux flancs, c'est pour favoriser la visibilité vers l'arrière. Notez, de plus, qu'il est possible d'empiler des feuilles de contreplaqué entre les passages de roues du Ridgeline, comme cela se fait seulement dans les grandes camionnettes. Il est par ailleurs déplorable de constater que les designers de Honda n'ont pas eu la main plus heureuse quand est venu le temps de dessiner la robe du Ridgeline, car elle ne rend pas justice à son contenu innovateur.

Malgré tout l'espace disponible, l'habitacle du Ridgeline est un peu décevant: c'est très conventionnel et l'on sent que Honda essaie de ne pas trop dépayser les amateurs de camions américains. Certaines commandes sont mal situées et l'ergonomie n'est pas parfaite. Par contre, c'est vaste et confortable, et la visibilité est excellente. De plus l'intérieur du Ridgeline est truffé d'astuces pratiques: une vaste console centrale à double fond ainsi qu'un immense espace de rangement sous la banquette arrière viennent vous faciliter la vie à bord. Et la sécurité est au rendez-vous, puisque le Ridgeline est le premier camion à se voir octroyer une cote de cinq étoiles pour ses essais de collision par la NHTSA aux États-Unis.

Une solution alternative?

Mon essai du Ridgeline m'a laissé perplexe: il est offert au prix d'une bonne berline et tant sa consommation d'essence que sa tenue de route vous feraient presque oublier qu'il s'agit d'un camion. Mais sur le plan de l'utilité, le Ridgeline a tellement plus à offrir qu'une berline que si mon mode de vie ou mes loisirs l'imposaient, j'envisagerais certainement cette solution alternative. Le petit monde des pick-up ne sera plus jamais le même car, malgré sa silhouette peu engageante, le Ridgeline bouscule toutes les conventions établies et vient bouleverser les habitudes d'achat des acheteurs de camionnettes et de véhicules utilitaires sport.

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FICHE TECHNIQUE HONDA RIDGELINE
- Moteur: V6 3,5 L
- Puissance: 255 ch
- Couple: 252 lb-pi
- Charge utile totale: 1550 lb (703 kg)
- 0 à 100 km/h: 9 s
- Vitesse maximale: 200 km/h
- Consommation: 12,3 L/100 km
- Échelle de prix: 34 800 $ à 43 900 $

Collaborateur du Devoir, Pascal Boissé est un des auteurs de L'Annuel de l'automobile 2006

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