Montréal tire de l'arrière

Le Conference Board, constatant entre autres que l’emploi n’a fait aucun gain à Montréal d’avril à juin par rapport à 2004, s’attend désormais à ce que la croissance économique de la métropole se chiffre à 1,8 % en 2005.
Photo: Pascal Ratthé Le Conference Board, constatant entre autres que l’emploi n’a fait aucun gain à Montréal d’avril à juin par rapport à 2004, s’attend désormais à ce que la croissance économique de la métropole se chiffre à 1,8 % en 2005.

Affectée notamment par le déclin graduel mais rapide des mises en chantier résidentielles, l'économie montréalaise tirera une fois de plus de l'arrière cette année, a estimé hier le Conference Board du Canada dans les prévisions métropolitaines qu'il met à jour aux six mois. La ville afficherait ainsi une croissance non seulement plus faible que la moyenne québécoise, mais deux fois plus mince que celle de Québec.

Le groupe de recherche a revu certains éléments de la brochette de prévisions qu'il avait émises au printemps, lesquelles réservaient à Montréal une croissance de 2,9 % pour l'année. Or, en six mois, les variables ont bougé, et le Conference Board, constatant entre autres que l'emploi n'a fait aucun gain d'avril à juin par rapport à 2004, s'attend désormais à ce que la croissance économique se chiffre à 1,8 % en 2005. C'est à peine plus que le 1,6 % de 2003 et le 1,4 % de 2004. Pour 2006, il entrevoit toutefois 3,6 %, de concert avec une reprise du secteur des services.

«Après trois années époustouflantes, le nombre des mises en chantier diminue, ce qui a des répercussions sur le secteur des finances, de l'assurance et de l'immobilier», a dit Mario Lefebvre, directeur du service des notes de conjoncture métropolitaines. «Plus dynamique, le secteur de la construction non résidentielle compense en partie le ralentissement, tandis que le secteur manufacturier tient le coup malgré un dollar relativement vigoureux.»

C'est la ville de Québec qui semble avoir le plus surpris le Conference Board, qui a considérablement rehaussé les perspectives émises en avril. Alors qu'il prévoyait auparavant 2,9 % de croissance, le groupe a évoqué hier la vigueur du marché du travail et les ventes au détail pour porter sa prévision à 4,0 %. «Contre toute attente, et contre celle du Conference Board, le secteur public a créé 11 000 nouveaux emplois au cours des deux premiers trimestres de 2005», peut-on lire dans le rapport automnal. Cette augmentation de 26,8 % sur deux trimestres contribuera à la robustesse des ventes au détail, attendues en hausse de 8,6 % pour l'année, estime le groupe. Le rythme de croissance de l'économie sera toutefois impossible à maintenir et s'établira donc à 3,1 % en 2006.

Le Québec dans son ensemble connaîtra une croissance de 2,2 % cette année et 2,8 % en 2006, comparativement à 2,5 % et 2,9 % pour l'économie canadienne, a ajouté le Conference Board.

Les ventes au détail demeureront très vigoureuses au Québec en 2005. La province souffre cependant d'un creux dans la construction non résidentielle après l'achèvement de l'expansion de l'aluminerie Alouette, au coût de 1,4 milliard, et de la rénovation de l'aéroport de Dorval, qui a coûté 356 millions. On évoque une éventuelle embellie découlant du projet récréotouristique de Lac-Mirabel et de l'usine d'assemblage de la série C de Bombardier, mais l'appréciation du dollar a de nouveau affaibli certains secteurs manufacturiers. Le huard devrait toutefois redescendre vers 79 ¢US sur l'année 2006, ce qui aiderait les exportations.

Québec se classerait donc cinquième cette année au classement de la croissance des villes, un palmarès qui fluctue beaucoup d'année en année et que Saskatoon dominerait avec une croissance prévue à 7,0 %. Montréal serait 14e.