Remous en France autour de Quebecor World

Paris — L'importante restructuration entreprise en France par le groupe Quebecor suscite des remous en région parisienne, où le premier imprimeur du monde vient de supprimer une centaine d'emplois.

Il y a quelques jours, la direction d'Hélio Corbeil, à Corbeil-Essonne, au sud de Paris, a annoncé le licenciement de 133 salariés (sur un total de 250). Le groupe justifie cette décision par la mauvaise conjoncture, la faible productivité de l'entreprise et des salaires trop élevés. Fondée en 1859, l'imprimerie, qui a compté jusqu'à 2000 employés dans les années 1970, a été rachetée par Quebecor World en 2001. Aujourd'hui, elle produit principalement des catalogues et des périodiques, comme Le Figaro Magazine. Ironie du sort, celui-ci appartient au géant de l'armement et de la presse, Serge Dassault, qui se trouve à être également sénateur et maire de la ville.

Lundi dernier, M. Dassault a fait adopter par son conseil municipal une motion inspirée par la centrale syndicale CGT, exigeant que Quebecor restitue les aides «considérables» que lui a accordées l'État depuis quatre ans pour «créer les conditions favorables pour l'investissement».

Il est peu probable toutefois que le géant québécois de l'imprimerie soit contraint de rembourser ses subventions, d'autant que Serge Dassault s'est empressé de faire volte-face. «J'ai fait ça un peu pour leur faire plaisir», a-t-il dit hier sur France 3 en parlant des travailleurs. «Mais je pense que ce n'est pas de la faute de l'entreprise. C'est la conjoncture.»

Le député de la région, le socialiste Manuel Valls, également maire de la ville voisine d'Evry, ne l'entend pas de la même oreille. Jugeant inacceptables les suppressions d'emplois annoncées par Quebecor, il a dénoncé la stratégie du groupe qui consiste, selon lui, «à acheter, restructurer et vendre».

Même si ses chances de faire reculer Quebecor semblent minces, la partie syndicale (Filpac-CGT) promet une «mobilisation forte et durable» pour obtenir de la multinationale qu'elle «pérennise» l'imprimerie par des investissements. Le syndicat affirme que le groupe «n'a pas investi depuis des années» et qu'il veut «fait payer le prix de cette politique aux salariés». Il l'accuse du même souffle d'avoir «volontairement organisé une pénurie» de travail à Corbeil, pour justifier les licenciements.

Le plan de redressement mis en oeuvre par Quebecor l'a conduit au printemps à vendre une de ses usines de la région parisienne. D'autres cessions, d'autres licenciements seraient à prévoir. Dans un communiqué, la CGT se dit «très préoccupée» par l'avenir de plusieurs autres «sites», dans le Nord et à Strasbourg notamment.