L'essence fait chuter la confiance des PME

Début septembre, l’ouragan Katrina a propulsé le prix de l’essence à des niveaux sans précédent un peu partout au pays.
Photo: Agence Reuters Début septembre, l’ouragan Katrina a propulsé le prix de l’essence à des niveaux sans précédent un peu partout au pays.

La hausse vertigineuse des prix de l'énergie, et de l'essence en particulier, a eu l'effet inverse sur l'indice de confiance des petites et moyennes entreprises (PME), qui affiche ces jours-ci son plus bas niveau depuis la fin 2001, a indiqué hier la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante (FCEI).

Devant cette flambée, que 88 % des PME consultées qualifient de «source d'inquiétude majeure», la FCEI estime qu'un membre sur dix devra éventuellement procéder à des mises à pied.

Le sondage trimestriel, mené auprès de 2149 chefs d'entreprise, a été effectué du 6 au 16 septembre, dans la foulée de l'ouragan Katrina qui a propulsé le prix de l'essence à des niveaux sans précédent un peu partout au pays. Résultat: le «baromètre» de confiance, construit à partir de plusieurs critères, s'est replié à 103,0 comparativement à 107,0 en juin et à 109,8 en mars. (Le point de référence, fixé en 1988, est de 100.)

Il y a aussi le phénomène des écarts régionaux entre les provinces productrices et consommatrices de produits du pétrole. Alors que les PME de l'Ouest canadien ne craignent en rien les prochains mois, la situation est fort différente dans les lieux où le forage de pétrole — et les généreux revenus qui en découlent — ne font pas partie du quotidien. Au Québec, l'indice a laissé filer neuf points, à 97,8, pendant que le recul se faisait moins marqué en Ontario, où l'indice battait en retraite à 103,3.

«Il faudra voir comment les prix de l'énergie vont se comporter pendant le reste de l'année pour constater un impact en définitive sur la croissance économique», a dit en entrevue le vice-président de la FCEI pour le Québec, Richard Fahey. Au cours des première et deuxième semaines du sondage, l'essence se vendait respectivement à 1,36 $ et 1,17 $ le litre en moyenne au Québec.

La proportion qu'occupe le prix de l'essence dans les coûts totaux d'une PME du Québec est en hausse, a ajouté M. Fahey. En 2004, elle se situait autour de 7 %, mais a bondi à plus de 10 % au plus fort de la flambée au début septembre. La FCEI a calculé qu'en moyenne, un litre à 1,10 $ représente 8,7 % des coûts d'une entreprise, ce qui grimpe à 9,5 % pour 1,20 $, à 10,2 % pour 1,30 $, à 11 % pour 1,40 $ et à 11,8 % pour 1,50 $.

Les entreprises pourraient bien sûr transmettre au consommateur les coûts additionnels qu'entraînent les prix de l'essence, chose cependant impossible pour certaines d'entre elles. «Ça dépend du secteur et de la concurrence. Mais nos plus récentes données indiquent que 9 % de nos [100 000] membres vont devoir faire des mises à pied à cause de la flambée des prix de l'essence», a ajouté M. Fahey en se disant incapable de quantifier le nombre d'emplois que cela représenterait.

Dans ces données, que la FCEI dit avoir déposées la semaine dernière devant le comité de l'Industrie à Ottawa lorsqu'il s'est penché sur le secteur pétrolier, 32 % des entreprises de transport disent carrément perdre de l'argent en raison des prix actuels, suivies par celles du secteur primaire, de l'agriculture, des services et de la vente au détail. Toujours dans le transport, 56 % des entreprises disent leurs opérations moins rentables, alors que 11 % ne voient aucun changement.

Le sondage de la FCEI publié hier signale aussi que le pourcentage de PME qui prévoient embaucher de nouveaux employés dans la prochaine année est stable à 26 %, ce qu'elle explique en disant que les entreprises attendent de voir l'évolution des prix de l'énergie.

Les PME s'inquiètent par ailleurs des primes d'assurance dans une mesure de 61 %, et la FCEI craint qu'une hausse des primes dans le Sud américain, en raison de Katrina, ne se répercute sur le marché nord-américain au grand complet.