Loto-Québec veut «prendre de l'avance» dans son projet du bassin Peel

Alain Cousineau se dit convaincu que le statu quo n’est plus acceptable: le casino actuel est trop à l’étroit dans des bâtiments conçus pour d’autres activités.
Photo: Jacques Nadeau Alain Cousineau se dit convaincu que le statu quo n’est plus acceptable: le casino actuel est trop à l’étroit dans des bâtiments conçus pour d’autres activités.

Si le gouvernement Charest donne son aval au projet d'un complexe de divertissement intégré au bassin Peel au début de 2006, comme le souhaite Alain Cousineau, président de Loto-Québec, il faudra au moins six ans avant que toutes les étapes de consultation et de construction ne soient complétées. En attendant ce feu vert, Loto-Québec cherche à «prendre de l'avance».

M. Cousineau était hier le conférencier invité au déjeuner de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain. Il a consacré une part importante de son allocution à ce projet, au coeur duquel il y a le déménagement du casino de l'île Notre-Dame sur l'île de Montréal, sur un terrain à vocation industrielle qui a longtemps servi à des activités portuaires. «Le complexe de divertissement créerait un lien naturel entre le centre-ville, le Vieux-Port et le Technoparc», fait valoir le président. Mais, auparavant, ce projet doit survivre à l'étape très délicate de rassurer une majorité de citoyens quant aux risques de contagion de la maladie du jeu dont certains craignent l'explosion si jamais le casino déménage en ville. C'est d'ailleurs ces mêmes craintes qui avaient incité le gouvernement à installer sur l'île Notre-Dame l'actuel casino en octobre 1993.

Pour l'instant, un comité interministériel se penche sur le dossier et devrait remettre son rapport au gouvernement avant la fin de l'année. M. Cousineau a obtenu l'assurance, la semaine dernière, que les négociations en cours entre le gouvernement et plusieurs syndicats majeurs n'entraîneront pas de ralentissement dans le processus décisionnel pour le projet de Loto-Québec.

Au cas où le gouvernement donnerait son accord, Loto-Québec a déjà pris certaines initiatives. Un bureau de projet a été créé de concert avec le Cirque du Soleil, en vue d'assurer l'interface avec le milieu et les parties prenantes, notamment pour répondre aux demandes de renseignements, pour se mettre à l'écoute des attentes du milieu et amorcer un dialogue avec la communauté et les organismes intéressés. On a aussi commencé à colliger des données pour alimenter le comité interministériel, on a approfondi les études de marché, des analyses financières et poursuivi des démarches préliminaires auprès de partenaires privés potentiels. Enfin, un site Internet (www.bassinpeel.com) a été mis en place, ainsi qu'une ligne téléphonique.

M. Cousineau se dit convaincu que le statu quo n'est plus acceptable. Le casino actuel est trop à l'étroit dans des bâtiments conçus pour d'autres activités. Il y a 18 000 visiteurs par jour, soit trois plus que ce qui était prévu au début, et 11 % de la clientèle vient de l'extérieur du Québec, alors qu'on s'attendait à 7 %. La salle de spectacles est trop petite. En outre, la concurrence est devenue farouche avec plus de 70 casinos dans le nord-est des États-Unis, en comparaison de 14 en 1993. En Ontario, où il n'y en avait pas du tout, on en compte maintenant 26. En plus, il y a tous les casinos virtuels, dont 18 % de la capacité mondiale loge à Kahnawake!

Bref, tout cela affecte le Casino de Montréal actuel, qui connaît même une baisse d'achalandage depuis trois ans, ce qui a entraîné une baisse du bénéfice net de 20 millions. Quelles options envisager? Soit devenir un casino strictement local ou alors relever le défi de la concurrence. Loto-Québec préfère passer à l'attaque avec un complexe intégré de 1,175 milliard au bassin Peel, comprenant un hôtel de 300 chambres, un spa spectaculaire, une salle de spectacles de 2500 places, une scène extérieure pouvant accueillir 10 000 personnes, une marina, des parkings sous-terrains et de surface et, bien sûr, un casino. Enfin, «l'âme de ce complexe sera le Cirque du Soleil», explique M. Cousineau.

Loto-Québec a facilement les moyens de financer un emprunt de 997 milliards pour investir dans ce projet, le reste de l'argent, soit 178 millions, provenant de partenaires privés. Dès la première année, le casino augmenterait ses revenus de 189 millions, selon les prévisions. La croissance annuelle moyenne serait de 4,5 % pendant les 10 premières années. Pendant la même période, le bénéfice net serait de 394 millions de plus que celui que générerait le casino actuel.

Par ailleurs, fait valoir le président, l'offre globale de jeu sur l'île de Montréal diminuerait de 8,5 %, en tenant compte de la diminution des appareils de loterie vidéo et du déménagement de l'hippodrome. Au fait, M. Cousineau mentionne que les Québécois sont moins joueurs qu'on le pense puisqu'ils arrivent au septième rang parmi les provinces canadiennes en ce qui concerne les dépenses annuelles, toutes loteries confondues, soit 559 $ per capita, ce qui est 100 $ sous la moyenne canadienne. En outre, selon Statistique Canada, le Québec aurait le plus faible pourcentage de joueurs pathologiques probables dans la population adulte, soit 1 % en 1996 et 0,8 % en 2002.