Le choc pétrolier occasionne une croissance très inégale au Canada

L'économie mondiale est en proie à l'un des plus grands chocs énergétiques depuis le début des années 1980, lequel menace d'accentuer l'inflation et de freiner les dépenses de consommation ainsi que l'investissement des entreprises dans les pays importateurs de pétrole, selon les économistes de la Banque TD.

Le Canada, en tant que pays exportateur d'or noir, profite des prix élevés, bien que l'impact soit très inégal d'un bout à l'autre du pays.

«La plupart des effets bénéfiques devraient se faire sentir dans les provinces riches en énergie, situées principalement dans l'Ouest canadien», écrivent les économistes de la TD dans une analyse prévisionnelle rendue publique hier.

Pendant que les provinces de l'Ouest bénéficieront en 2005 et 2006 d'une augmentation des investissements des entreprises, de redevances plus élevées sur les ressources publiques ainsi que de solides gains en matière d'emploi, le Québec et l'Ontario voient leur industrie manufacturière subir doublement l'impact négatif d'un pétrole cher. Les fabricants des provinces centrales — en premier lieu ceux qui sont les plus énergivores — doivent non seulement faire face à une augmentation de leurs coûts de production, mais ils voient aussi le dollar canadien s'apprécier encore davantage, en vertu de son nouveau statut de «pétrodollar». Les économistes de la TD croient même que le huard atteindra les 87 ¢US d'ici le début de 2006 «en raison des prix plus élevés de l'énergie».

«Comme les perspectives de profit se détériorent pour les industries manufacturières, bon nombre de ces usines devront continuer de réduire leur main-d'oeuvre et de rationaliser l'exploitation simplement pour demeurer concurrentielles», précisent les auteurs de l'étude.

Divergence régionale

Par conséquent, les taux de croissance prévus au Canada, soit 2,9 % en 2005 et 3 % en 2006, masqueront une divergence marquée entre les différentes régions. L'Alberta devrait ainsi voir son économie croître aux rythmes de 4 % cette année et de 3,6 % en 2006, alors que le Québec et l'Ontario demeureront bien en dessous de la barre des 3 % (2,4 % en 2005 et 2,6 % en 2006 pour le Québec; 2,6 % en 2005 et 2,7 % en 2006 pour l'Ontario).

À plus large échelle, les prix élevés du pétrole, s'ils se maintiennent, «freineront presque certainement les dépenses dans presque toutes les économies mondiales et pourraient faire grimper l'inflation», précise Don Drummond, économiste principal à la TD.

À court terme, ce que la TD qualifie de «pic temporaire des prix de l'énergie» pourrait avoir un effet négatif sur l'économie canadienne, en raison de ses effets défavorables sur les dépenses de consommation et parce qu'il est susceptible d'abaisser les volumes d'exportation, compte tenu de son effet négatif clair sur la demande américaine.